Le sermon contre la morale de Fathi Derder

31 janvier 2012 — 1 commentaire

Fathi Derder est excédé par la morale. Il l’écrit entre guillemets, faute de pouvoir les signifier avec ses doigts, pour en faire l’objet de sa tribune du lundi 30 janvier dans « Politblog ». « Attention, danger !  -écrit-il- « La Morale » est de retour ».

Fathi Derder a bien raison de s’insurger contre les donneurs de leçons qui jour après jour remplissent les pages de nos quotidiens et les couloirs de l’opinion publique avec d’étouffants préceptes moraux, c’est pourquoi il nous fait sa leçon. Le néoconseiller national s’en prend à l’UDC selon qui le mal est incarné par les élites et les nantis. L’anticapitalisme de la gauche et l’aversion pour le consumérisme des verts irritent Fathi Derder, pour qui la « question morale » n’est qu’une inutile entrave aux défis qui attendent notre société. Il faut donc la balayer d’un revers de la main.

Une oppressante moralisation ambiante qui culpabilise, assène Fathi Derder : à croire qu’il ne s’est pas lui-même débarrassé d’un principe moral qui distingue le bien et le mal sans quoi il est impossible de culpabiliser, et dont la société (et qui d’autres sinon ?)doit –selon lui- se débarrasser. La « faute morale » de Philipp Hildebrand ou « les pêchés » qui ont conduit à la crise économique écoeurent Fathi Derder qui par contre ne nous propose pas une lecture différente, pris par une logique que des indignés pourraient envier. Fathi Derder aurait pu, libéral qu’il est, utiliser la clef de lecture qui voit dans les actes de Philipp Hildebrand une erreur, la reconduire au principe de la responsabilité personnelle. Et nous tenir leçon sur ce qui la détermine, bien entendu.

Au lieu de se réduire à un prêche qui reproduit le schéma qu’il attaque, Fathi Derder aurait pu dépenser deux mots à propos de la conduite inventive et créatrice qui a amené à la conception du système des subprimes : un moteur pour l’accélération d’une croissance dont nous entendons encore l’écho de la chute. Les voix qui s’élèvent pour un retour de la morale dans l’économie répondent à l’action de ceux qui pendant des années, débarrassées de toute morale, mais surtout de toute responsabilité collective, ont contribué sinon provoqué la crise actuelle.

Si d’après Fathi Derder la morale sert pour que des politiciens drapés dans leur vertu puissent récolter des voix éloignées de toute action, son sermon antimoraliste n’est pas plus productif:  il cherche aussi à gagner des voix, et il s’excite un peu. Au fond, Fathi Derder doit penser que s’insurger contre la morale c’est vachement Bien.

*Fathi Derder, « Danger, la morale fait son grand retour », Politblog, 30.1.2012 http://bit.ly/w8nPpV

One response to Le sermon contre la morale de Fathi Derder

  1. 

    « L’anticapitalisme de la gauche »…
    J’aimerais bien savoir de quelle gauche… celle des Maillard et Levrat qui passent pour gauchistes dans le ton, mais qui dans les actes ne révèlent qu’une différence insignifiante avec celle de leurs « ennemis » de droite? Un PS reconnu pour sa gestion des affaires financières (Calmy-Rey, Studer & Co)… ou un POP ou SolidaritéS s’alliant automatiquement au PS au 2ème tour, ou gérant les affaires des capitalistes, à l’exécutif de Genève et de Neuchâtel (et agissant de façon complètement opposée à leurs beaux discours)? L’anticapitalisme se doit d’être cohérent, et nécessite d’accorder discours et actes. C’est ce pour quoi se bat la gauche anticapitaliste (taper sur google pour tomber sur le site).

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s