Les banques espagnoles ont la tête dans le ballon

15 mai 2012 — Laisser un commentaire

Dimanche le stade Santiago Bernabeu était à son comble pour fêter le Real Madrid et son 32e titre de champion de la Liga, dont la première division ne s’appelle plus Primera, mais BBVA, comme Banco Bilbao y Vizcaya Argentaria.

Real Madrid et Barça continuent de vanter leurs victoires et leurs statuts puisque les deux clubs, sur le papier, appartiennent à leurs socios, c’est-à-dire à leurs membres. Les socios possèdent un sésame: la carte qui leur donne accès au stade et qui leur permet aussi d’élire le président et le conseil d’administration du club.
Pendant un match, il peut arriver que les aficionados, les supporters, manifestent leur mécontentement par rapport au jeu de l’équipe montrant leur mouchoir blanc lors d’une pañuelada. Quand le club est une SA ou quand il appartient à un cheik du Qatar, le geste n’a pas une grande valeur. En revanche, quand il s’agit d’un club comme le Real Madrid ou le Barcelone, cela reste un signe fort, car une série de mauvais résultats et de pañueladas pourraient mettre en péril la réélection du président.

La loi du football est assez simple et rien de tout ça n’arrive quand l’équipe gagne. Par contre il est vrai que l’euphorie de la victoire obnubile. Et selon les faits, voilés par les victoires, les deux plus grands clubs d’Espagne plus qu’à leurs socios appartiennent aux banques qui les financent.

Depuis 8 ans le championnat d’Espagne de la liga BBVA n’est plus que l’affaire de Real Madrid et Barcelone. C’est un tête-à-tête à force de buts et de millions dépensés pour acquérir les meilleurs joueurs. Le résultat est une surenchère sans fin: d’un côté les titres s’accumulent, de l’autre les dettes se creusent.
Au cours des 3 dernières années, le Barça a tout gagné et les socios du Real Madrid ont commencé à émettre des critiques à propos de leur club. C’est pourquoi ce titre de champion tombe sur la capitale espagnole comme de la manne.

Le fait que les clubs espagnols doivent 750 millions d’euros au fisc est passé par exemple au deuxième plan. Grisés par la victoire, les socios du Real Madrid ont oublié qu’il y a seulement 3 ans leur club avait financé grand part des 240 millions d’euros destinés à l’achat de joueurs à travers une ligne de crédit. Caja Madrid, une banque proche de Florentino Perez, le président du Real Madrid et magnat dans le domaine de la construction, avait par exemple concédé 76.5 millions d’euros pour l’achat de Cristiano Ronaldo et de Kaka.
Fin 2010, engluée dans la crise, Caja Madrid se transforme et devient l’actionnaire majoritaire de Bankia, un conglomérat bancaire formé par 7 caisses d’épargne en difficulté car toutes très exposées à la chute du marché espagnol de l’immobilier.
Bankia est un géant financier, mais avec des pieds d’argile. Et afin d’éviter son effondrement, la semaine passée l’État espagnol a décidé d’intervenir, devenant son actionnaire majoritaire.

Une année après le 15 mai des indignados, il est certain que des manifestants envisagent de retourner à Plaza del Sol pour lever leurs voix aussi contre les choix stratégiques des banques espagnoles. Les forces de l’ordre vont être aussi au rendez-vous, malgré le fait qu’il n’y aura pas autant d’indignados que de spectateurs -90’000- remplissant le Santiago Bernabeu pour fêter le Real Madrid campeón.

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