Laogaï, le goulag chinois

18 mai 2012 — Poster un commentaire

Harry Woo a été vu, l’autre soir, par neuf millions de téléspectateurs italiens. Il était invité par « Quello che non ho », une série de trois émissions diffusées par la chaîne italienne La 7 et qu’il ne vaut pas la peine ici de critiquer. De toute manière l’encre a coulé sur les quotidiens de la péninsule pour commenter ce projet télévisuel conduit par Fabio Fazio et Roberto Saviano, l’auteur de « Gomorra ».

A une heure de grande écoute, malgré des longueurs inutiles et les coupures publicitaires dont la télévision italienne ne sait pas se défaire, l’histoire de Harry Woo est entrée chez les Italiens. Jeune universitaire, Harry Woo a été arrêté en 1960 pour le simple fait d’avoir prononcé une phrase critique à propos de l’occupation sovietique en Hongrie. Puis il a été emprisonné, pendant dix-neuf ans, dans un laogaï. Le laogaï est un goulag dans une déclinaison chinoise. C’est un camp de travail, un outil de répression qui englobe aussi une structure commerciale. Les prisonniers d’un laogaï travaillent, toujours et encore, réduits à la faim chronique. La production d’un laogaï devrait être destinée au marché chinois, mais il y a souvent des exceptions et ces produits sont aussi exportés.

Harry Woo raconte qu’après leur arrestation, les prisonniers destinés aux laogaïs – dissidents et opposants au régime chinois- sont forcés à une confession cohérente de leurs fautes préjugées. A travers le travail forcé et le lavage permanent du cerveau, ils sont réduits à une condition de sous-êtres humains. Le régime cherche ainsi à anéantir ces hommes pour éliminer le souffle de la dissidence en Chine.

Harry Woo est un survivant d’un laogaï. Son père, contre-révolutionnaire, avait été torturé avant de mourir. Sa mère, afin de ne pas mentir pour condamner son fils, avait choisi de se suicider. Harry Woo raconte que pendant dix-neuf ans personne ne lui a rendu visite. Personne ne s’est intéressé à lui. Puis un jour, il a été libéré et le hasard de la vie l’a porté aux États-Unis, où il vit. Il raconte qu’il voulait oublier, tourner la page, construire une nouvelle existence et laisser le souvenir du laogaï s’effacer derrière lui. Sauf qu’il n’a pas pu se défaire de sa vie. Un jour Harry Woo a été invité à témoigner de son expérience au Sénat américain. Depuis, il donne à connaître son histoire, se battant pour que le monde connaisse la réalité des laogaïs. C’est également dans un camp de travail forcé de ce type que Liu Xiaobo, le prix Nobel 2010 de la paix, est emprisonné.

Parfois, il y a des moments comme ça à la télévision. Et ça en vaut vraiment la peine. Par delà toute critique.

www.laogai.org

 

Pascal Baeriswyl, "Le goulag qui ne veut pas dire son nom", La Liberté, 10.2.2012  www.laliberte.ch/info/le-goulag-qui-ne-veut-pas-dire-son-nom

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