Audrey Pulvar, ce n’est pas le ministre qui renonce

21 mai 2012 — Poster un commentaire

C’était il y a huit mois et la primaire socialiste arrivait à sa fin. Lors d’une interview, Audrey Pulvar avait été très dure face à Segolène Royal, invitée à « On n’est pas couchés », l’émission de Laurent Ruquier. Alors, l’attitude de la journaliste avait alimenté des questions relatives à un éventuel conflit d’intérêts médiatico-sentimental, vu qu’elle avait dévoilé sa relation avec Arnaud Montebourg. Une question légitime et pertinente que la journaliste avait balayée d’un revers de la main. Depuis, la réponse qu’Audrey Pulvar consacre à ceux qui soulèvent publiquement cette question s’abreuve à la sempiternelle source du sexisme.

Le résultat de la primaire socialiste, avec le très bon score d’Arnaud Montebourg, avait porté une pierre supplémentaire à la construction de ce conflit d’intérêts. Ségolène Royal battue par Arnaud Montebourg, Audrey Pulvar n’avait pas su renoncer à s’afficher aux côtés de son compagnon pour fêter un résultat qui était pour ce dernier  synonyme de victoire.
Bien entendu, il est légitime de croire à l’indépendance de la journaliste malgré sa liaison sentimentale, et il serait bête de penser que le travail d’une journaliste  pourrait être influençable seulement parce qu’elle est une femme. C’est que la question du sexisme, pour ce sujet, n’est pas pertinente et s’engouffrer dans ce type d’argumentation revient non seulement à déplacer le débat, mais à reproduire une logique machiste. Car le problème reste le même avec un journaliste homme et une femme politique.  Si Éric Zemmour avait été le compagnon de Nadine Morano et l’interviewé un adversaire politique de cette dernière, la question soulevée aurait été identique. Élisabeth Kopp, la ministre radicale suisse, avait dû démissionner du Conseil Fédéral parce qu’elle avait appelé son mari, l’informant qu’il était sous enquête, et non parce elle était la première conseillère fédérale suisse.

Arnaud Montebourg est aujourd’hui un ministre du gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault, tandis qu’Audrey Pulvar, après avoir interviewé il y a deux semaines Marielle de Sarnez, samedi passé, lors d’ « On est pas couché », a interrogé le N° 2 du Parti socialiste et Louis Aliot, du FN.
La question d’un conflit restant à l’ordre du jour, malgré l’adieu sirupeux d’Audrey Pulvar à FranceInter, le journaliste Jean Quatremer l’a soulevée via Twitter. D’autant plus qu’ « On n’est pas couché » est diffusée par France Télévisions, donc par le service public.  Et Audrey Pulvar d’entonner le même refrain : chasse aux sorcières, accusations, sexisme. Une ritournelle qui apparemment n’a pas été entendue par France Télévisions qui -selon « Le Point»-  entend mettre la journaliste à l’écart de la politique.

L’occasion était pourtant belle de faire preuve -pour une fois- d’une vraie démarche antisexiste ou du moins inhabituelle. Personne ne demandait à Audrey Pulvar d’abandonner le journalisme politique puisque pour résoudre ce conflit d’intérêts médiatico-sentimental Arnaud Montebourg aurait pu renoncer à la fonction de ministre.

 

Emmanuel Berretta, "France 2 écarte Audrey Pulvar de la politique", lepoint.fr, 20.5.2012 http://goo.gl/8XH7e

unristretto.net/2011/10/11/audrey-pulvar-un-conflit-d%E2%80%99interets-mediatico-sentimental/

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