Vive la liberté d’expression (loin de chez nous)!

3 septembre 2012 — Laisser un commentaire

La déferlante relative à l’affaire « Pussy Riot » est derrière nous, et semble aussi lointaine que les jours de canicule qui nous avaient contraints à la ritournelle de l’hydratation, des heures de la mi-journée passées à l’ombre, voire à l’intérieur. Et de constater qu’au contraire les piscines et les cours d’eau avaient été pris d’assaut sous le soleil exactement. De la même manière, le cas « Pussy Riot » a été au centre de l’attention pendant quelques jours. Bien entendu, il y a eu la condamnation des jeunes femmes et il fallait bien exprimer une forme de solidarité à leur égard, réitérant par la même occasion la valeur de la liberté d’expression ainsi que le danger encouru lors de la répression de la dissidence. Sans surprise cela n’a pas duré longtemps et le cas des jeunes femmes a été broyé dans le zapping qui a quitté à la fois la canicule et les « Pussy Riot » pour s’arrêter –le temps d’une séquence- sur la performance de Clint Eastwood ou sur la sensation de froid produite par le mois de septembre qui -comme l’année dernière et celle d’avant- revient.

Entre-temps, il y a eu les apôtres de la liberté d’expression qui ne pouvaient pas éviter leur prêche relatif au péril encouru en Russie par ce socle fondamental de la démocratie. A ce prévisible sermon s’est ajouté le «speech » de Madonna lors de son actuelle tournée. L’inscription « Free Pussy Riot » inscrite sur le bras, la Star a épanché son envie de se battre pour la liberté d’expression, incitant son public à hurler le slogan qui en appelle à la libération des jeunes femmes russes. C’était au cours de cette même tournée qu’une vidéo montrait pendant quelques secondes une svastika  sur le front de Marine Le Pen. Une croix gammée montrée à Paris le 14 juillet, mais disparue lors du concert à Nice du 21 août; le courage de Madonna effrité sous les menaces de poursuites judiciares du FN.  C’est à se demander ce que Madonna aurait fait si elle avait porté son intérêt sur Putine au lieu de Marine Le Pen à l’occasion de son concert à Moscou…

Selon le même principe, mais à une autre échelle, la chanteuse française Jeanne Cheral a mis en ligne une chanson de soutien aux « Pussy Riot » intitulée « Tant qu’il y aura des Pussy ». Elle chante les insoumises, mais elle n’arrive toutefois pas à appeler clairement une chatte, une chatte…

Avec la fin de l’été, il y a le cas du patron d’une télévision privée tunisienne qui vient d’être arrêté. Une affaire supplémentaire pour que l’indispensable rengaine autour de la réflexion sur la liberté d’expression recommence. En effet, d’un côté ces cas démontrent à quel point il est nécessaire de continuer à les signaler là où la liberté d’expression semble être moins en péril. Mais d’un autre côté, ces cas semblent avoir acquis le statut de substitut à la liberté d’expression appliquée à notre réalité locale. S’il est évident que l’opinion paraît libérée à nos latitudes, force est de constater que les enquêtes ayant comme objet le pouvoir local se tarissent. Alors il semble que nous sommes toujours prêts à clamer la liberté d’expression quand l’objet de nos attentions se trouve à des milliers de kilomètres, laissant de côté l’utilisation que nous pourrions en faire pour en découvrir les limites dans la réalité où l’on vit. Et il est bien plus compliqué, fastidieux et parfois dangereux de s’en prendre à un élu local, plutôt qu’à un puissant dictateur qui se trouve à des milliers de kilomètres de chez nous. "Free Pussy Riot"! C’est facile.

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