David Marín

L’Italie en morceaux

DEUX

«Berlusconi, Fiorini, Parretti et une mystérieuse interview»

1992. L’aventure de Silvio Berlusconi en France se termine le 12 avril avec la fin de « La Cinq ». Appuyé par Bettino Craxi, le Cavaliere avait été choisi 17 ans plus tôt par François Mitterrand pour conduire la télévision commerciale aux côtés de Jérôme Seydoux d’abord, de Robert Hersant ensuite et de Jean-Luc Lagardère enfin. Pendant tout son trajet français, Berlusconi a été critiqué par la droite : d’abord accusé de faire une télévision Coca-Cola, puis traité de « marchand de soupe» par Jacques Chirac. Au contraire, en Italie, Silvio Berlusconi jouit de la loi « Mammí ». Votée par le parlement en 1990, elle lui permet d’émettre légalement les programmes de ses télévisions sur le territoire national.

Deux jours avant l’assassinat de Giovanni Falcone, le 21 mai, une équipe de télévision française dirigée par Fabrizio Calvi  et Jean-Pierre Moscardo a filmé une interview de Paolo Borsellino. Le matériel tourné ne sera pas montré et il faudra attendre avril de 1994 pour que la presse italienne en parle, après la victoire de « Forza Italia » et de Berlusconi aux élections.

Pendant  l’été, tandis que l’Italie est à feu et à sang, un autre homme d’affaires italien lié au Parti socialiste italien se trouve dans l’œil du cyclone. Il s’agit de Giancarlo Parretti qui en France, tandis que Berlusconi s’occupait de télévision, a cherché la gloire dans milieu du cinéma. Grâce aux prêts d’une filiale néerlandaise du Crédit-Lyonnais, au début de 1990 il a acquis Pathé, le bijou du cinéma français. Seul Pierre Beregovoy, ministre français de l’Économie, s’est opposé à l’achat. Cela n’a pas arrêté Gianciarlo Parretti qui associé avec Florio Fiorini -un ex-directeur financier de ENI (la société italienne des pétroles)- pendant la même année a aussi acheté MGM/UA (Metro Goldwin Mayer) au prix de 1.3 Mia de dollars. Toutefois, Giancarlo Parretti n’a pas remboursé les prêts et il a été mis en examen aux États-Unis. Comifinance, la nébuleuse financière qu’il a crée, s’est écroulé mettant en lumière un cratère financier au sein du Crédit-Lyonnais. Un scandale. Giancarlo Parretti a été éjecté de la tête de MGM/UA, dont le contrôle a été repris par le Crédit Lyonnais.

Au cours de l’été, la relation entre Parretti et Fiorini se casse, vu que ce dernier passe du côté du Crédit Lyonnais pour l’affaire MGM/UA. Cela ne durera pas longtemps puisque Sasea, la société établie à Genève qu’il conduit, s’écroule à la fin de l’année et donne lieu à la plus grande faillite que la Suisse et l’Europe n’aient jamais connue.

Tandis que les deux hommes d’affaires proches du Parti socialiste italien tombent, et que Bettino Craxi est mis en examen, Fininvest –la société de Berlsuconi- doit faire face à une dette qui dépasse les 3’000 milliards de lires. Le Cavaliere est en difficulté et le Parti socialiste italien ravagé par la tempête de Tangentopoli n’est plus un appui. C’est dans ce contexte, que Berlusconi prépare son entrée en politique : le seul moyen pour qu’il puisse se sauver d’une chute annoncée.

(23.11.2011)

 

 

 

UN

«Vingt ans, la crise et une croisière oubliée» 

Le 2 juin de 1992 le « Corriere della Sera » publie un article intitulé « Convegno sul Britannia, sponsor la Regina *». Le journaliste Massimo Giaggi écrit à propos d’une croisière à bord du navire anglais « Britannia ». 100 invités : des hommes d’affaires, des économistes et des opinion leaders. Rendez-vous au port de Civitavecchia. Parmi les invités, Mario Draghi –aujourd’hui à la tête de la BCE-  directeur du Trésor italien, ou Romano Prodi. Sujet du colloque flottant – organisé par « British invisibles » – les privatisations en Italie.

Pendant que le navire s’éloigne de Civitavecchia, l’Italie est en larmes. Une semaine que Giovanni Falcone -le magistrat symbole de la lutte à la mafia- a été assassiné.
Outre les larmes, la tempête. L’enquête « Mani Pulite » a mis en lumière « Tangentopoli », un système élargi de corruption qui touche les hautes sphères de l’économie et de la politique. Les suspects touchent surtout les partis de Démocratie chrétienne et le Parti socialiste. Les élections d’avril ont eu lieu dans un climat d’indignation hostile à la politique. Malgré des résultats décevants, PSI et DC ont pu garder la majorité au sein du parlement.

Le Président du conseil Giulio Andreotti et le Président de la République Francesco Cossiga ont démissionné à la fin d’avril. L’élection du nouveau Président de la République a commencé le 13 mai. Le 25 mai, tandis que les funérailles de Giovanni Falcone ont eu lieu au Dôme de Palerme, au XVI scrutin, Oscar Luigi Scalfaro a été élu Président de la République. Giulio Andreotti et Arnaldo Forlani, le secrétaire de la DC, en ont été écartés. L’élection du premier a été rendue impossible par l’assassinat au mois de mars de Salvo Lima, le député sicilien en odeur de mafia inscrit à son courant politique . Le deuxième a été cité dans « Tangentopoli » et des élus de son parti lui ont savonné la planche.

Oscar-Luigi Scalfaro confie le mandat de former le gouvernement à Giuliano Amato. Pour faire face à la crise financière, le gouvernement décide de ponctionner à hauteur de 6/1000 tout compte de dépôt italien. Tremblement de terre le 19 juillet. Le juge Paolo Borsellino, ami de Giovanni Falcone, est assassiné dans un attentat à Palerme. L’Italie est à feu et à sang. « Tangentopoli » ravage la politique, tandis qu’en septembre la lire est victime d’une opération spéculative menée par George Soros, invité lui aussi à bord du « Britannia ». Fortement dévaluée, la monnaie italienne sort du Système monétaire européen. L’Italie s’engouffre dans un puits qui semble sans fonds. 1993 ne commence pas mieux. Giuliano Amato finit par démissionner. Il lui suit Carlo Azeglio Ciampi qui forme et préside un gouvernement de crise, technique.

Entre-temps, la croisière du « Britannia », dont la presse ne s’est pas occupée outre mesure, n’est plus qu’une image floue. Une anecdote sans importance. Un souvenir qui paraît lointain.

* « Colloque à bord du Britannia, la Reine sponsorise »

(17.11.2011)

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