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Pauvre Oskar Freysinger

14 novembre 2012 — 1 commentaire

calimero

Pauvre Oskar Freysinger. Bien sûr, il n’est résolument pas nazi. Son âme de poète vulnérable et de chansonnier sensible a dû être brutalement heurtée par la vision, il y a un an, de sa caricature dans les pages de « Vigousse », l’hebdomadaire satirique romand. Il ne s’agissait pas à proprement parler d’un point Godwin de la loi qui porte le même nom, selon laquelle lors d’une discussion enflammée l’un des intervenants finit par citer le nazisme. Il ne s’agissait pas non plus d’une simple reductio ad Hitlerum, et pourtant. Il y a un an Oskar Freysinger avait dû affronter une caricature signée par le dessinateur Pitch. Son cœur s’était probablement agité, l’émotion montant depuis le torse jusqu’aux premiers sanglots de quelques larmes se formant à la vue de la caricature d’un homme affublé d’un uniforme gris, d’un brassard rouge et qui grâce ou à cause d’une queue de cheval semblait le représenter. Oskar Freysinger devait sentir son sensiblerie percée par ce dessin qui –malgré l’absence d’une croix gammée ou d’une moustache caractéristique- pouvait évoquer le nazisme dans les yeux du lecteur.

"Oskar Freysinger devait sentir son sensiblerie percée par ce dessin qui –malgré l’absence d’une croix gammée ou d’une moustache caractéristique- pouvait évoquer le nazisme dans les yeux du lecteur"

Le personnage de la caricature envoyait des enfants à la douche. Dans le fond du dessin, un bâtiment, dont la cheminée laissait échapper une dense fumée noire. Du mauvais goût ? Bien entendu. Mais selon Oskar Freysinger c’était bien plus, il s’agissait d’une insupportable insulte. C’est pourquoi, à la suite du dessin, il a attaqué le dessinateur Pitch en justice. Il aurait pu inviter le dessinateur à un débat. Cependant, ainsi, il aurait dû entendre que le dessin n’était pas uniquement une offensive du dessinateur à son égard, mais aussi une réflexion du caricaturiste à la lecture de l’idée de l’UDC: écarter les élèves en difficulté, car handicapés ou étrangers, de la filière de l’enseignement obligatoire.

Une poursuite et un jugement auraient –dans les yeux et dans l’âme fragilisée d’Oskar Freysinger- dû régler le différend. Sauf que le martyr vice-président de l’UDC vient de perdre, les infractions de diffamation et de calomnie n’ayant pas été retenues par le Ministère public vaudois. Et Oskar Freysinger de dire son désarroi hier soir à Forum, sur les ondes de la Première. Il est un enseignant -il a expliqué- et il a été obligé d’affronter le regard de ses élèves. En plus, un exemplaire de « Vigousse » contenant la caricature posé sur son bureau : ça fait mal au cœur, ça blesse l’âme. Il faut le comprendre. D’autant plus qu’Oskar Freysinger, il l’a dit dans la même émission, n’a jamais attaqué personne de la sorte. Les nombreuses affiches de l’UDC à l’encontre des étrangers et des migrants -exposées partout dans les villes, dans les gares- les représentant soit comme des criminels, soit comme des hommes violents ou des voleurs de passeport helvétique, n’ont jamais été destinées à une personne en particulier. L’UDC a toujours choisi d’en attaquer cent pour en éduquer un plutôt que s’approcher de manière trop risquée à la diffamation ou à la calomnie individuelle. Il faut le croire, pauvre Oskar Freysinger. En Suisse la possibilité d’un recours collectif n’existe pas. Si un jour un étranger a trouvé des exemplaires d’affiches de l’UDC sur sa place de travail, il n’en est pas responsable. C’est la faute de l’étranger, car il n’était pas reconnaissable dans l’affiche. D’autant plus que les migrants et les étrangers se ressemblent et se confondent.

La justice est parfois injuste et surtout coûte chère. Oskar Freysinger aurait pu faire appel à l’encontre de la décision du Ministère public et poursuivre le processus judiciaire. Toutefois, il a déjà dépensé pas mal d’argent pour ce jugement en première instance et ne désire pas continuer au risque d’en perdre encore plus. Pauvre Oskar Freysinger, il a trois enfants aux études -a-t-il dit à l’antenne- et il faut bien le comprendre. D’autant plus que Christoph Blocher, multimillionnaire, ne lui a même pas offert le cadeau d’un jugement en appel. Et dire que pour Christoph Blocher ça aurait été peanuts. Quelle ingratitude après tout ce qu’Oskar Freysinger a fait pour l’UDC, alors qu’il est vice-président du parti. Pauvre Oskar Freysinger, il fait presque de la peine. ♦

Il était censé être un train nommé désir, tant les supporters sédunois tiennent à gagner leur Coupe. Finalement, il s’est transformé en un convoi pour lequel il est compliqué de trouver un adjectif sans tomber dans un lyrisme scandalisé.
Car la séquence filmée à la gare de Neuchâtel frappe l’esprit à la même vitesse qu’une bouteille de Fendant lancée par la fenêtre d’un train en pleine course. Alors l’adjectif reste muet.
Plus facile, que de trouver le bon mot, c’est croire à l’explication fournie par Oskar Freysinger dans le  « 24heures » du 31 mai:  « on peut être Valaisan et c…. ». La Coupe en jeu et le Valaisan devient chaud, un match de cette portée fait émerger des esprits canailles.  Il faut l’admettre, il n’est pas exclu que parmi les supporters se soient nichés des cancres, voire quelques crétins.

Au contraire, il est à espérer qu’aucun train transportant des supporters étrangers ne passe par Sion à l’avenir. Parce-ce qu’il se pourrait qu’une pluie de bouteilles de gnôles méconnues s’écrasent sur le trottoir de la gare, provocant la rageuse indignation de Freysinger.  Un bombardement provoqué par des criminels du stade ! Des caïds de l’affrontement footballistique ! Des cannibales violant l’art de vivre en Suisse !  C’est pourquoi, il est dès maintenant nécessaire que l’UDC propose une loi qui oblige le supporter étranger à jeter les ordures dans la poubelle du train prévue à cet effet. En aucun cas, le lancement d’objets par la fenêtre ne sera toléré. Le cas échéant, la facture de remise en état sera adressée au club étranger.  Il vaut mieux prévoir puisqu’il est impossible que Freysinger ait voulu dire « con » pour qualifier l’acte de la gare de Neuchâtel. Comme le disait Coluche, « être con, c’est tout un art », et d’en demander autant à ces supporters, c’est vraiment con.

( 1er juin 2011)