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« Millénium » est retourné sur les écrans de cinéma et il serait intéressant de savoir si les équipes de marketing de la production de Fincher avaient prévu le contexte qui allait entourer le film à sa sortie. Ou alors, l’idée de développer un trilogie dont les héros sont un journaliste d’investigation et un hacker au féminin (pour ne pas dire hackeuse qui sonne comme auteure) était formidable et tout le mérite revient à Stieg Larsson.
Il est vrai que le phénomène de Wikileaks est dans le rétroviseur et les cheveux blancs de son protagoniste sont au deuxième plan, mais un regard aux alentours démontre que la sortie du film s’inscrit dans un mouvement particulier. Rien de nouveau : le journalisme d’investigation et les fuites d’informations ne sont pas nés aujourd’hui. Cependant, la version de « Millénium » de Fincher a été entourée de plusieurs affaires ou de cas réels qui réunissent les ingrédients qui ont fait le succès de la saga.

Derrière nous, la fermeture de « News of the world » ou quand le journalisme se transforme en espionnage de caniveau. Les instruments du piratage informatique, ou de téléphones, utilisés pour regarder à travers le trou de la serrure.
Mais nous avons vu aussi des documents informatiques quitter les regards de la Banque Sarasin pour s’imposer à nos yeux et qui ont coûté la place à Philipp Hildebrand, feu président de la Banque Nationale Suisse. Ou encore : les mails d’Iñaki Urdangarin -le membre de la famille royale espagnole mis en examen en Espagne pour une affaire de corruption- publiés dans les pages des quotidiens ibériques. Et que dire de la conversation téléphonique échangée entre le commandant du « Concordia » et Gregorio de Falco, le chef des opérations de la capitainerie de Livourne, enregistrée et balancée dans les réseaux d’internet ?

Notre soif de savoir s’attise. Il est vrai: parfois elle peut être aveuglée et se transforme en envie de vengeance ou en jugement hâtif, mais ces cas démontrent tous que le besoin de savoir et d’être informés est toujours vivant. Parfois, il s’avère que l’information prime sur la manière dont elle a été obtenue. C’est pourquoi le cas de Novartis à Prangins étonne. Les éléments devraient être réunis pour que le Conseil d’État vaudois et Novartis présentent les informations utiles à propos du mantien du site de Prangins afin que le citoyen puisse se forger une opinion. Ce n’est pas le cas, et depuis des jours nous assistons à un étrange spectacle: la répétition du mantra « des emplois ont été sauvés et il faut être ravi ». Et pourtant, il manque un facteur : à quel prix ? Silence. Personne ne l’articule. À force de vouloir nous convaincre du sauvetage des emplois, le besoin de savoir « comment » a été alimenté. Et demain il sera trop facile d’accuser le hacker ou le voleur d’informations qui répondent à la question vu qu’aujourd’hui il est manifeste qu’elles sont connues par ceux qui veulent nous convaincre, mais qu’ils ne veulent pas les dévoiler.

*Site Novartis à Prangins: Daniel Vasella s’exprime, RSR, Forum, 25.1.2012 http://bit.ly/zidSvy

Il y a des orages qui se déchaînent de manière soudaine et qui cachent leur origine dans la surprise. D’autres sont prévus, mais nous étonnent par la quantité de pluie qu’il peuvent déverser. Certains se forment et se déclarent à la vitesse du son, tandis que d’autres évoluent en fonction du débit des connexions Internet.

Depuis le début du fin de semaine, il y en a eu trois. En apparence, rien ne les associe, mais un fil les unit. Il y a eu d’abord la répétition ad libitum de la même question. « Où étiez-vous le 11 septembre? » Il se peut que l’attentat du World Trade Center ait arrêté le temps au point qu’il est nécessaire – dix ans après – de situer toute personne interrogée là-dessus. Il est possible que le 11 septembre soit un marqueur de l’histoire de chacun, outre que de l’Histoire. Seulement, la répétition de la même question, partout dans les médias, a fait que les réponses s’alignent, se mélangent, s’amassent suffocant le sens de la question et des réponses.

D’un orage à l’autre. Le passage du 11 septembre aux mallettes remplies de millions par des dictateurs d’Afrique destinées à des politiciens français. Les révélations et les accusations de Robert Bourgi à l’encontre de Dominique de Villepin et Jacques Chirac. Puis la réaction de Bernard Houdin, conseiller en France de Laurent Gbagbo et la sortie de "La République des mallettes", le livre de Pierre Péan. Une occasion pour revenir avec lucidité sur la Françafrique ?  De la confusion plutôt, des coups et des répliques. : une bagarre qui empêche la compréhension.

Et ensuite le cinéma aussi, avec l’affrontement des deux versions de « La Guerre des boutons ». Le même film ou deux films. La même sortie, des sous-entendus,  des accusations sous-jacentes, des clans qui s’affrontent.

L’impression est que ces tempêtes d’informations enchaînées entre elles sans transition étourdissent. Elles empêchent l’attention de se focaliser et la compréhension de se construire. Un orage chasse l’autre remplacé par le suivant.
À la fin, il ne reste que l’illusion d’un choix qui n’en est pas un : s’éloigner et éviter de se laisser envahir ou s’exposer aux cascades  qui submergent. Ainsi, il devient compliqué de s’informer. Surtout qu’un tonnerre annonce le prochain orage, déjà.