Archives de juin 2011

novlangue

〉Il n’est plus du tout bluffant, pour un magazine, de traiter de vacances tendance, surtout si les solutions de logement proposent une ambiance design dans un cadre atypique. Et encore moins si les activités offertes sont  ludiques: le tout à un prix éthique.

Certes, un article ludique qui se moque des objets design ou des vacances éthiques pourrait bluffer le lecteur qui apprécie le journalisme atypique, mais celle-là n’est pas la tendance.
Au contraire, il est plutôt bluffant de constater à quel point la tendance de magazines design est plutôt à la promotion de produits éthiques dans un mélange rusé d’articles sérieux et sujets ludiques, ce qui en somme n’est pas du tout atypique.

C’est une absurdité. Pour s’opposer à cette tendance il serait plus atypique de traiter de folklore : une ceinture appenzelloise promue à objet design à condition qu’elle soit portée avec un costume, de manière ludique. Toutefois, il ne faut pas exagérer, car il serait beaucoup moins bluffant de faire le plaidoyer de la Corrida : une tradition qui n’a rien d’éthique. Car la provocation est un piège qui n’a rien de ludique. Il s’agit d’une attitude adoptée par des personnages à l’éthique douteuse dont la plus grande excentricité est de porter des lunettes design. Leur discours n’est plus bluffant : s’il il y a cinq ans leur propos était atypique, aujourd’hui il est submergé par une tendance réactionnaire bien moins ludique.
C’est que la réalité se noircit et nous la fuyons à travers l’achat compulsif d’objets design ou la consommation d’activités ludiques. Pour nous donner bonne conscience, nous choisissons les plus éthiques ; pour nous sentir différents, nous optons pour les plus atypiques.

« un article ludique qui se moque des objets design ou des vacances éthiques pourrait bluffer le lecteur qui apprécie le journalisme atypique, mais celle-là n’est pas la tendance »

Ce qui serait vraiment étonnant, c’est qu’un magazine nous propose, pour nos vacances, des destinations en vogue pour que nous puissions nous amuser dans un contexte inclassable qui nous surprenne par son style. Le tout, bien entendu, à un prix que nous jugeons juste.
Au retour, ça nous inviterait à chercher les mots qui racontent notre séjour sans vouloir bluffer personne : tendanceéthique, design et ludique n’ont vraiment plus rien d’atypique. ♦

Le danger du complotisme offre un avantage car il oblige à un regard clinique qui évite à la pensée de transformer une hypothèse en réalité loufoque. Toutefois, comme d’autres mots qui véhiculent un sens accablant, souvent il mue en mur de gomme qui entrave la réflexion.
Car l’inconvénient du complotisme  réside dans le fait qu’il est devenu quasi impossible de tracer l’hypothèse d’un coup –politique ou monté par des services- sans qu’elle soit d’emblée stigmatisée et chassée du raisonnement avec son étiquette ad hoc: complotiste.

Le cas DSK est exemplaire. Une hypothèse se place du côté de la victime : c’est la tentative de viol. L’autre se situe du côté de l’accusé : un rapport consensuel. Ce sera au procès d’évaluer et de trouver l’explication –si elle voit le jour- de ce qui est arrivé.
Il ne s’agit pas de complotisme, mais d’une hypothèse à prendre en compte au vu de la pauvreté des éléments factuels qui étayent l’opinion : et s’il s’était agi d’un coup monté ?
Dans le contexte actuel, il devient presque interdit d’envisager l’hypothèse que des mandants aient pû faire tomber DSK utilisant sa désormais célèbre faiblesse. Et pourtant, les cas de coups montés dans l’histoire ne manquent pas.
Sascha Litvinienko, ancien agent de l’FSB (ex-KGB), avait été assassiné fin 2006 à Londres avec du polonium 210. Seul un hasard avait permis de découvrir la cause exacte de son décès.
Rome, automne 2009. Des policiers sans mandat d’arrestation, mais armés d’une caméra, font irruption dans une chambre et surprennent Piero Marrazzo, président de la région Latium, en compagnie d’une transsexuelle. Marrazzo démissionne.Mêlés à cette sombre affaire, Gianguerino Cafasso et la transsexuelle Brenda sont retrouvés morts quelque temps après.

29 mai 2011. Vladimir Putin s’exprime à propos de l’affaire DSK. Il évoque un coup monté, affirmant qu’il ne comprend pas les dessous politiques d’une telle opération. Putin peut être accusé de tous les maux, mais ne peut pas être inculpé de méconnaissance en la matière. Il avait été en fonction pour le KGB à Berlin, puis était devenu chef de l’FSB.

Que la déclaration du leader russe ait été quasi ignorée en faveur de mille palabres people, interroge et questionne. Dans ce contexte de crise financière mondiale les mots de Putin pouvaient déranger. Alors il a été nettement plus confortable de les destiner aux ordures dans le sac -complotiste- prévu à cet effet.

* à lire: Christian Campiche, « DSK, la vengeance du dollar », La Méduse, 27.5.2011 http://www.lameduse.ch/2011/05/27/dsk-la-vengeance-du-dollar

*Andrew Osborn, « Vladimir Putin hints at Dominique Strauss-Kahn conspiracy », The Telegraph, 29.05.2011,  http://tgr.ph/ijmFb1

merci à M. Jean-Marie pour la collaboration

topelement

    Costume gris. Fin. Svelte. Perçant, le regard fixe l’objectif pour la photo de la page qui lui a été consacrée la semaine dernière dans « 24Heures ».

38 ans, menton affilé et polo clair. Depuis une année Sam Stourdzé dirige le Musée de l’Elyséeé avec panache, si l’on croit les appréciations dithyrambiques exprimées à son égard.  Il provoque chez Brigitte Waridel un enthousiasme débarrassé de toute frilosité. Selon la cheffe du département des affaires culturelles de Vaud -dont l’Élysée dépend- Stourzé est formidable, c’est un rêve matérialisé. Pierre Keller qui a siégé au sein du jury qui a choisit Stourdzé pour l’Élysée, ne tarit pas d’éloges: il est excellent. Suivent d’autres louanges qui font l’article.

Mille projets et un futur qui s’annonce radieux pour ce directeur qui a commencé jeune à penser et organiser des expositions. Il a 32 ans en 2005 quand son exposition consacrée à Chaplin pour le « Jeu de Paume » à Paris connaît un succès phénoménal avec 70’000 visiteurs. Stourdzé pense les expositions et s’occupe aussi du financement. C’est pourquoi il a fondé une société qui les produit:  NBC photographie. C’est cette même société qui a produit en 2009 « Fellini, la Grande Parade » toujours au « Jeu de paume ».

Aujourd’hui « Fellini » est présentée à l’Elysée. Un directeur qui est aussi commissaire d’une exposition dans son musée c’est courant. Dans ce cas,  un détail diffère. Stourdzé, en fonction depuis le 1ermai 2010, programme une exposition qui a déjà été produite  par NBC photographie. Toutefois, cette information disparait sur le site de l’Elysée et « Fellini, la Grande Parade » devient « la nouvelle exposition du Musée de l’Elysée ».

Dans n’importe quel autre domaine, le fait que le directeur d’une institution financée par de l’argent public choisisse sa société comme prestataire de services poserait un problème de conflit d’intérêts, à éclaircir de manière impérative. Alors dans ce cas il aurait été utile d’offrir au lecteur, outre la série de flatteries qui boursouflent l’article, quelques éléments de transparence. Le spectateur aurait pu ainsi profiter de l’exposition sans être gêné par l’arrière-goût d’un doute ♦

*publié par « La Méduse » http://bit.ly/ieAW69

http://enqueteaumuseedelelysee.wordpress.com

Gilles Simond, « Avec Sam Stourdzé, l’Elysée connaît un nouvel âge d’or », 24Heures, 22.06.2011 http://bit.ly/ilHHMJ

« Fellini, la Grande Parade », 20.10.2009/17.01.2010, « Jeu de paume », Paris  http://bit.ly/lnksvO

« Fellini, la Grande Parade », 8.6.2011/28.8.2011, Musée de l’Elysée, Lausanne  http://twitpic.com/5jm117/full