Archives de 3 June 2011

Il était censé être un train nommé désir, tant les supporters sédunois tiennent à gagner leur Coupe. Finalement, il s’est transformé en un convoi pour lequel il est compliqué de trouver un adjectif sans tomber dans un lyrisme scandalisé.
Car la séquence filmée à la gare de Neuchâtel frappe l’esprit à la même vitesse qu’une bouteille de Fendant lancée par la fenêtre d’un train en pleine course. Alors l’adjectif reste muet.
Plus facile, que de trouver le bon mot, c’est croire à l’explication fournie par Oskar Freysinger dans le  « 24heures » du 31 mai:  « on peut être Valaisan et c…. ». La Coupe en jeu et le Valaisan devient chaud, un match de cette portée fait émerger des esprits canailles.  Il faut l’admettre, il n’est pas exclu que parmi les supporters se soient nichés des cancres, voire quelques crétins.

Au contraire, il est à espérer qu’aucun train transportant des supporters étrangers ne passe par Sion à l’avenir. Parce-ce qu’il se pourrait qu’une pluie de bouteilles de gnôles méconnues s’écrasent sur le trottoir de la gare, provocant la rageuse indignation de Freysinger.  Un bombardement provoqué par des criminels du stade ! Des caïds de l’affrontement footballistique ! Des cannibales violant l’art de vivre en Suisse !  C’est pourquoi, il est dès maintenant nécessaire que l’UDC propose une loi qui oblige le supporter étranger à jeter les ordures dans la poubelle du train prévue à cet effet. En aucun cas, le lancement d’objets par la fenêtre ne sera toléré. Le cas échéant, la facture de remise en état sera adressée au club étranger.  Il vaut mieux prévoir puisqu’il est impossible que Freysinger ait voulu dire « con » pour qualifier l’acte de la gare de Neuchâtel. Comme le disait Coluche, « être con, c’est tout un art », et d’en demander autant à ces supporters, c’est vraiment con.

( 1er juin 2011)

« La Liberté », comme d’autres quotidiens*, mentionnait lundi 16 mai «l’inculpation» de Dominique Strauss-Kahn. En effet, les agences de presse avaient employé dimanche ce terme remplacé en France, depuis 1993, par «mise en examen». Tandis que DSK, en garde à vue, attendait de comparaître face au juge de Harlem au cours de l’après-midi selon nos montres, mais le matin à l’heure de New York, plusieurs quotidiens ont publié, à tort, le terme d’«inculpation». Comment le prévenu aurait-il pu être inculpé lundi matin vu qu’il n’avait pas été entendu par le juge?

Certes, l’image était saisissante: le chef du FMI menotté, des policiers l’escortant. Une séquence d’autant plus puissante, car accompagnée par le mot «inculpation» qui véhicule l’idée de culpabilité, de coupable. En réalité, l’inculpation – la mise en accusation ou l’inculpatio – ne pourra être prononcée formellement qu’à l’issue de l’audience face à la chambre d’accusation (le grand jury) qui a lieu le 20 mai.

Si le vote est favorable, avec une majorité simple, aux chefs d’accusations imputés à DSK, il y aura inculpation ou mise en examen. Dans le cas contraire, l’instruction du dossier s’achèvera par un non-lieu. Bien des commentateurs nous ont répété pendant ces jours la différence entre le temps médiatique et le temps d’un processus judiciaire. C’est compréhensible. Par contre, inculper Dominique Strauss-Kahn avant l’heure, c’est écrire plus vite que la musique et – ce qui est pire – prononcer une sentence plus vite que la justice.

* « Le Temps », « Le Figaro », «Libération ». Ont utilisé « inculpé » : « Le Matin », « 24heures », «La Tribune de Genève », « Le Nouvelliste », « L’Express », « L’Impartial », « 20minutes »

(17 mai 2011)