Un futur assommé

11 juin 2011 — Poster un commentaire

Espontaneo était le jeune homme, souvent sans le sou, motivé par l’ambition de devenir matador. Il se déplaçait d’arène en arène, à la recherche d’une opportunité. Il était armé de l’insolence nécessaire pour s’arroger le droit de se lancer dans la piste, prenant la place du torero. La rigide hiérarchie de la Corrida ne pouvait tolérer pareille irruption. Après quelques passes, la destinée de l’espontaneo était la matraque de la police qui le sortait de force de la Plaza de Toros. Il recommençait alors son périple. La valise qui lui servait pour transporter l’épée et le tissu qui faisait office de muleta mutant en surnom du jeune homme et de sa destinée: maletilla.

Aujourd’hui, le jeune espagnol est souvent contraint à un rôle de maletilla, mais n’est pas seul.  Ils sont nombreux et agissent ensemble. Souvent au chômage, ils revendiquent leur chance. C’est pourquoi ils ont fait irruption dans les places d’Espagne. La présidence catalane n’a pas toléré, évacuant Place de Catalunya à coups de matraque. À Madrid, Plaza del Sol, les indignados ont pu faire quelques passes,  toutefois l’injonction de quitter les lieux vient de tomber, les coups de la police comme épée de Damoclès.

À Valence les espontaneos indignés se sont regroupés devant le Parlement de la Région pour faire obstruction à son fonctionnement.  Alors la Présidence a fait recours à la force. Il a raison Pietro Ingrao* -l’ancien Président du Parlement italien- quand il affirme que l’indignation seule ne suffit pas. Il faut qu’elle aille de pair avec la politique. Sauf, qu’à Valence, le président de la Generalitat Francisco Camps, récemment réélu, est depuis longtemps englué dans l’affaire de corruption « Gürtel ». En l’absence de politique, d’un côté comme de l’autre, le réflexe reste le même, connu en Espagne depuis longtemps : le coup de matraque.

Le jeune espontaneo, risque, comme ses grands-parents, de devoir s’en aller chercher sa chance ailleurs. C’est le destin des maletillas.

 

*Pietro Ingrao, « Indignarsi non basta », Aliberti Editore, Roma, 2010  http://www.alibertieditore.it/?pubblicazione=indignarsi-non-basta

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