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Pharma.com

16 juin 2011 — Poster un commentaire

« Temps Présent » vient de diffuser un excellent reportage d’Isabelle Ducret et Philippe Mach à propos des failles des systèmes de pharmacovigilance. Une enquête qui a mis en lumière le problème des conflits d’intérêts auxquels sont confrontés les experts de « Swissmedic » et qui a interrogé le processus qui fait que des scandales tels le Vioxx ou le Médiator puissent voir le jour. L’actualité des deux dernières semaines démontre la pertinence de ce film.

« On en Parle » a révélé que le Buflomédil, un médicament contre l’artérite, est encore disponible en Suisse malgré sa suspension en France et bien que l’Autorité européenne du médicament ait recommandé de ne plus le prescrire. Également suspendu en France, le Nizoral administré par voie orale : un médicament contre les infections dues à des mycoses qui est encore enregistré dans le compendium suisse. Largement utilisé en Afrique pour lutter pour traiter les infections vaginales, il induirait un risque trop élevé de graves problèmes au foie.

Et puis l’Actos et le Competact, deux antidiabétiques. Le 9 juin l’Afssaps a suspendu les deux médicaments en France : en cause l’augmentation du risque de cancer de la vessie.
Et pourtant. Il y a tout juste un mois et demi, le 23 mars passé, plusieurs médias avaient relayé les résultats d’« Act Now »*, une recherche démontrant les bienfaits d’Actos, produit par les laboratoires Takeda. Un marché très juteux : 40 millions de personnes affectées par le diabète2 aux États-Unis et plus que 140 millions dans le monde. Un médicament miracle, des résultats époustouflants. Une recherche conduite par le Dr. Ralph DeFronzo et publiée par le « British Journal of Medecine ». Dans l’agence de l’AFP du 23 mars, par contre, aucune information à propos de la bourse de recherche que le Dr. DeFronzo a reçu des laboratoires Takeda pour diriger « Act Now ». Et aucune mention non plus -pour la joie de la communication pharmaceutique- du fait qu’Actos était déjà sous enquête en France.

Temps Présent, Tsr, « Faut-il avoir peur des médicaments? » http://bit.ly/koWR1E

*France24 : les bienfaits d’Actos http://f24.my/ffdVLL

*L’Affsaps suspend Actos: http://bit.ly/mKUIvI

C’était il y a vingt ans : les italiens s’apprétaient à voter un référendum qui aurait permis de changer la loi électorale. Le Président du Conseil était alors Giulio Andretotti qui devait une partie de son succès au pacte qu’il avait soudé au début des années ’80 avec Bettino Craxi,  le secrétaire du Parti socialiste.

Symbole de l’Italie progressiste, Craxi  avait déjà été Président du Conseil et avait bâti son pouvoir au cours des années ’80. A cette époque, Silvio Berlusconi était un homme proche du leader socialiste. Le Cavaliere avait fait fleurir ses projets urbanistiques et médiatiques avec l’appui du PSI.  Un succès qui dépassait les frontières : en France -Mitterrand était Président- Berlusconi avait conduit « La 5 » avec Jérôme Seydoux.

Juin 1991. Bettino Craxi invite les Italiens à aller à la plage plutôt que voter le référendum, mais ils ne l’écoutent pas. Au contraire. Le taux de participation est de 67% et la loi électorale change. C’est le début de la fin pour Craxi.
Quelque temps après, la plus grande affaire italienne liée à la corruption éclate: Manipulite découvre un système de corruption tentaculaire qui implique grande part de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste. Craxi vacille, tombe et fuit en Tunisie.

Entre 1992 et 1993, le panorama politique italien change radicalement. La DC et le PSI s’effritent, le contexte est favorable pour que le Parti démocrate de gauche, né des cendres du Parti Communiste dissout en février 1991, puisse gagner les élections de mars 1994.  C’est sans compter avec Silvio Berlusconi qui se lance en politique, occupe le terrain et –sans que personne l’ai prévu- gagne les élections.

Vingt ans après, Silvio Berlusconi a oublié : comme Craxi, il a boudé le référendum invitant les Italiens à l’imiter. 57% des italiens ne l’ont pas écouté marquant une lourde défaite pour le Cavaliere.

Le sociologue Ilvo Diamanti a récemment souligné* que les référendums réussis ont toujours marqué la destinée de l’Italie. Est-ce que Berlusconi aura le même destin que Craxi?

* Gigi Riva, « Così può cambiare l’Italia », L’Espresso, 10.6.2011  http://bit.ly/kWZR4o