Archives de 21 June 2011

Grégory Logean a le droit de dire que l’homosexuel est déviant. Inutile de l’obliger à ne pas tenir un tel propos, la sentence du Tribunal fédéral lui en donne le loisir. Fier de lui, il l’a répété: l’homosexualité ne se situe pas au sein de la majorité donc elle est déviante.

Cela lui a valu des coups qu’il a rendus avec hargne puisqu’il a appris à se battre. Jeune politicien déjà, il a été entraîné dans la revendication d’opinions que son parti disait agressées par la pensée unique. Un grand écart digne d’une danseuse dont la barbe nous indique qu’il n’est pas question d’Étoile, mais de Barnum.

La contradiction. Logean se dit victime d’une pensée qu’il désigne dominante : les homosexuels ont le droit de vivre pleinement leur identité sexuelle et surtout une vie sentimentale de couple protégée par les mêmes droits civiques qui abritent le couple hétérosexuel . Selon la logique de Logean (ce qui s’écarte de la majorité, dévie) son propos sur l’homosexualité est déviant, aussi. Il n’a pas à s’en offusquer, car la décision du Tribunal le protège et garantit sa liberté d’expression.

C’est que Logean utilise la pensée comme les phrases qu’il vomit : sans vergogne ni retenue. Il attribue la norme au plus grand nombre, plutôt qu’à une tendance. Autrement, il saurait que la proportion de la population homosexuelle est régulière: normale, bien que minoraire, elle n’est pas atypique et se situe autour du 10% de l’ensemble des personnes.

Au contraire, l’ampleur de porte-drapeaux de l’UDC s’envole et c’est la preuve que la parole de Logean n’est pas marginale. Cependant, sa posture reste celle du martyr offensé dans ses valeurs. Cerbère du temple d’un droit qu’il prétend chrétien, trouvant appui dans le Lévitique, il méprise la séparation de l’Église et de l’État, reproduisant sur le versant chrétien un intégrisme qu’il exècre ailleurs.  Convaincu à tort, comme il était courant de l’être pendant les plus sombres époques de notre Histoire, que l’homosexualité peut se répandre et anéantir la reproduction humaine, il nie des droits civiques à des concitoyens au nom de Dieu.

« Lettre aux homophobes qui se justifient par la bible », Le Post, 19.06.2011 http://bit.ly/kRtZ3g

Grégory Logean à « La Soupe », RSR, 29.5.2011 http://bit.ly/k2Zxjg

UDC-Valais, « Non à la banalisation de l’homosexualité » http://bit.ly/ityVeS

Jean-Yves Gabboud, « Grégory Logean persiste et signe », Le Nouvelleliste, 23.7.2009 http://bit.ly/IsGSz

On a l’impression que nous disparaissons, chaque jour, un peu plus. On s’efface, enveloppés par la brume du langage impersonnel. On se cache -peut-être- derrière la facilité de conjuguer au singulier ou alors on s’abandonne à la majorité qu’on intègre plutôt qu’à celle qui nous assimile. Nous revendiquer? Il s’agit sûrement d’une bataille d’arrière-garde ou alors d’une réminiscence de leçons apprises qu’on a oubliées pour utiliser le français plutôt que l’apprendre.

On a condamné notre identité collective, sous l’individualisme du « je », l’accusation du « tu » et la peur de « il ». Surtout, notre forme de nous dire est mise à dure épreuve par l’immatérialité du « on ». « Ils » sont responsables de notre malheur, de notre misère, de nos difficultés qu’on n’hésite pas à exprimer, manifester, car on en a ras-le-bol.
On se raconte, on se montre, on s’exhibe, on se rencontre… On a tous les outils pour nous exprimer, mais à l’heure de nous dire, nous écrire et nous regarder on préfère une dimension pour qu’on ne nous reconnaisse pas, pour qu’on ne nous accuse pas, pour qu’on ne puisse pas penser que nous avons indiqué, cité, nommé, dit.

On continue de lire tous les jours notre disparition: l’opinion souvent simpliste, parfois couarde, tantôt servile ou alors qui dissimule une fainéantise crasse. On comprend que l’auteur ne nous dit rien, nous réduisant à de simples unités de consommation de sa production impersonnelle.
On pourrait penser qu’il s’agit de langage courant, qu’on préfère parler à tous, car on a bien compris qu’on est les mêmes. C’est une noble intention, qu’on évitera de critiquer, car elle résulte de la bonté d’âme. On constate par contre que le résultat est inéluctable et qu’on nous gomme et avec nous notre identité; des personnes qui parlaient à d’autres,  nous en relation avec vous et vice versa. On dira qu’il est inutile de souligner qu’on produit ainsi une masse difforme qui ne se distingue pas. Il vaut mieux, alors, qu’on en reste là.