Archives de 28 June 2011

Le danger du complotisme offre un avantage car il oblige à un regard clinique qui évite à la pensée de transformer une hypothèse en réalité loufoque. Toutefois, comme d’autres mots qui véhiculent un sens accablant, souvent il mue en mur de gomme qui entrave la réflexion.
Car l’inconvénient du complotisme  réside dans le fait qu’il est devenu quasi impossible de tracer l’hypothèse d’un coup –politique ou monté par des services- sans qu’elle soit d’emblée stigmatisée et chassée du raisonnement avec son étiquette ad hoc: complotiste.

Le cas DSK est exemplaire. Une hypothèse se place du côté de la victime : c’est la tentative de viol. L’autre se situe du côté de l’accusé : un rapport consensuel. Ce sera au procès d’évaluer et de trouver l’explication –si elle voit le jour- de ce qui est arrivé.
Il ne s’agit pas de complotisme, mais d’une hypothèse à prendre en compte au vu de la pauvreté des éléments factuels qui étayent l’opinion : et s’il s’était agi d’un coup monté ?
Dans le contexte actuel, il devient presque interdit d’envisager l’hypothèse que des mandants aient pû faire tomber DSK utilisant sa désormais célèbre faiblesse. Et pourtant, les cas de coups montés dans l’histoire ne manquent pas.
Sascha Litvinienko, ancien agent de l’FSB (ex-KGB), avait été assassiné fin 2006 à Londres avec du polonium 210. Seul un hasard avait permis de découvrir la cause exacte de son décès.
Rome, automne 2009. Des policiers sans mandat d’arrestation, mais armés d’une caméra, font irruption dans une chambre et surprennent Piero Marrazzo, président de la région Latium, en compagnie d’une transsexuelle. Marrazzo démissionne.Mêlés à cette sombre affaire, Gianguerino Cafasso et la transsexuelle Brenda sont retrouvés morts quelque temps après.

29 mai 2011. Vladimir Putin s’exprime à propos de l’affaire DSK. Il évoque un coup monté, affirmant qu’il ne comprend pas les dessous politiques d’une telle opération. Putin peut être accusé de tous les maux, mais ne peut pas être inculpé de méconnaissance en la matière. Il avait été en fonction pour le KGB à Berlin, puis était devenu chef de l’FSB.

Que la déclaration du leader russe ait été quasi ignorée en faveur de mille palabres people, interroge et questionne. Dans ce contexte de crise financière mondiale les mots de Putin pouvaient déranger. Alors il a été nettement plus confortable de les destiner aux ordures dans le sac -complotiste- prévu à cet effet.

* à lire: Christian Campiche, « DSK, la vengeance du dollar », La Méduse, 27.5.2011 http://www.lameduse.ch/2011/05/27/dsk-la-vengeance-du-dollar

*Andrew Osborn, « Vladimir Putin hints at Dominique Strauss-Kahn conspiracy », The Telegraph, 29.05.2011,  http://tgr.ph/ijmFb1

merci à M. Jean-Marie pour la collaboration