Archives de juillet 2011

Mario Borghezio, piémontais,  député européen  élu de la Ligue du Nord italienne, n’a jamais fait dans la demi-mesure, du moins face aux siens. Parfois il a adopté une attitude moins radicale, invité sur les plateaux de télévision ou en contact avec les institutions. Récemment à Pontida, comme à chaque fois qu’il s’exprime face à ses militants, Mario Borghezio a hurlé ses harangues xéno et islamophobes les rythmant d’insultes, dans un lyrisme ponctué par des phallus et des anus. Bon élève, il a suivi le pas de Umberto Bossi -son maître à penser- qui  n’a jamais éprouvé de gêne quand il a pris à coups de pieds les limites de la rhétorique politique. Une manière de vêtir une idéologie d’un sale bleu de travail pour parler au peuple et évoquer l’imaginaire de la bataille.  Umberto Bossi avait promis de marcher sur Rome avec des fusils ; Mario Borghezio a menacé d’aller débusquer les musulmans qui habitent en Italie un à un, chez eux. Ou alors, il a adopté la tactique d’actions abjectes au message saisissant. Par exemple, un jour il est monté dans un train italien armé de chiffon et vaporisateur pour faire irruption dans un compartiment où voyageaient des femmes nigériennes.

Le rouge et le blanc séparés par une croix, Mario Borghezio connaît. Pour ses apparitions à la télévision ou pour décorer son bureau à Strasbourg, il choisit la croix de Saint-Jean -le drapeau de l’Ordre de Malte- tandis qu’au cours des rassemblements de la Ligue du Nord il se mélange sans rechigner aux Croix de Saint-Georges. C’est que la Ligue du Nord a su mélanger les images mythiques -de Alberto da Giussano au lion de Venise- pour rassembler les régions et les militants sécessionnistes de l’Italie du Nord sous une bannière verte. De la même manière, Mario Borghezio a su adopter la stratégie dans son discours dans un nauséabond double langage. Le documentaire «Europe, ascenseur pour les fachos » l’a démontré. Invité par « Nissa Rebella » -le bloc identitaire niçois- Mario Borghezio a été filmé lorsqu’il invitait les militants à entrer dans les institutions locales utilisant un discours fondé sur le régionalisme. Une manière d’amadouer l’opinion et de ne pas se faire taxer de fascisme, avait-il dit.

L’attentat et l’acte de terreur d’Oslo n’ont été qu’une occasion supplémentaire pour que Mario Borghezio fasse preuve de son immonde tactique. Dans une interview concédée à une radio italienne, le député européen de la Ligue du Nord a affirmé que les théories d’Anders Behring Breivik étaient bonnes, voire excellentes si « évaluées au net de la violence ». Il a alors souligné que d’après lui la croisade doit continuer dans un énième mouvement de double langage. L’idéologue Mario Borghezio dit, attise et alimente la violence, mais à l’heure de se salir les mains, il les cache derrière le dos.

 

Mario Borghezio, « les idées de Anders Behring Breivik étaient bonnes », http://bit.ly/onA7hl

Mario Borghezio invité par « Nissa Rebella », Bloc identitaire, http://bit.ly/uzIw7

Mario Borghezio, « El Burghez », Blob, Rai 3, http://bit.ly/p7hM23

*publié par www.lameduse.ch

 

Ils sont décédés pendant la même semaine, à l’intervalle de cinq jours. D’abord Sean Hoare, un journaliste de 47 ans spécialisé dans le show-business. En surpoids, il fumait ses cigarettes jusqu’au filtre, d’après une photo donnée en pâture un jour après sa mort.  Son corps sans vie a été retrouvé au matin du 18 juillet. Dès l’après-midi, ses problèmes de drogues et alcool ont été soulignés dans la presse. Il avait travaillé au sein du groupe de Murdoch et avait été le premier à avoir dénoncé -à visage découvert- les pratiques de piratage et d’écoutes téléphoniques illégales qui sévissaient au sein de « News of the world ».

Quelques heures après la mort du journaliste, Rupert Murdoch se rendait à l’audience devant une commission parlementaire britannique. Le magnat australien des médias a toujours nié les révélations de Sean Hoare, affirmant que si le journaliste accusait « News of the World » c’était par vengeance puisqu’il avait été éloigné de la rédaction à cause de ses problèmes de drogues et d’alcool. De son côté, le journaliste avait expliqué que boire était une conséquence parmi d’autres, provoquées par le poids de sa profession. Une violente pression qui poussait par exemple d’autres journalistes à fondre en larmes ou à tenir debout à coups de médicaments. Une culture d’entreprise qui sommait aux employés de produire des informations à tout prix : un coût qui aujourd’hui commence à être chiffré. Une semaine avant sa mort, le journaliste avait expliqué les méthodes utilisées par « News of the World », affirmant que les logiciels de piratage étaient acquis à travers la corruption de policiers de Scotland Yard.  À propos du décès de Soan Hoare, la police s’est empressée lundi déjà d’affirmer qu’elle était « inexplicable, mais pas suspect », un facteur qui alimente de sombres supçons, vu que Sean Hoare avait dénoncée la corruption au sein des forces de l’ordre.

Puis, samedi 23 juillet, la mort d’Amy Winehouse. Drogue et alcool. Un décès qui relègue la mort de Sean Hoare dans une zone de moindre intérêt pour les news. Et pourtant, un fil lie les deux destins : l’intense sensation que la cause de leurs décès évolue sur la scène du show-business. Au « Guardian », Sean Haore avait expliqué : «J’étais payé pour sortir et aller prendre de la drogue avec des rockstars, pour me bourrer, prendre des pilules et de la cocaïne avec eux. C’est un milieu tellement compétitif. […] Tu te retrouves à faire des trucs qu’aucune personne saine ne ferait.»

Des histoires malsaines peut-être, mais qui ont été achetées pendant des années par des lecteurs dont le voyeurisme a été provoqué, excité, alimenté. Une logique de business cruelle, cynique et incroyable selon laquelle la mort de Sean Hoare et Amy Whinehouse n’est qu’un funeste dommage collatéral.

Sean Hoare, BBC, Panorama, 14 mars 2011

http://www.bbc.co.uk/news/uk-14195574

http://www.youtube.com/watch?v=w_cnYHW82pw

*publié par www.lameduse.ch

L’appel des grands espaces, les routes sinueuses qui longent une côte immergée dans l’azur. La ligne blanche indique la route, les doigts touchent le cuir du volant.  La musique augmente,  la profondeur et la ligne de fuite attirent le regard, le siège conducteur enveloppe le dos, l’assise de la berline rassure les fesses qu’elle transporte.  La route est dégagée, les jambes de madame sont lisses, son sourire blanc et coquin, le moteur ronronne sans se faire entendre. Le contrôle et l’évasion. Te gusta conducir ?

Mini-jupe rouge, rouge à lèvres rouge comme la carrosserie de la belle. Féline. Ses lignes sexy et provocantes appellent les caresses. Son décolleté enivre. Le moteur griffe, les pneus saisissent. La musique donne le ton, l’accélération et ses courbes produisent l’adrénaline de l’érotisme et du charme italien. Son prénom nous attire, le rouge du vin et la chambre d’hôtel d’un village italien attendent. La nuit tombe, le plaisir au pinacle.

Le toit est transparent, le ciel bleu taché par des nuages blancs. Maman se tourne et chantonne avec les enfants. Papa pousse le moteur qui cache sous le capot assez de chevaux pour qu’il sente encore sa virilité bander. La route est droite, dégagée, la nature verdoyante, la musique apaisante. Aucun camion dans le point de fuite. Le bonheur est à l’horizon, le monospace le véhicule pour le rejoindre et le cocon pour le vivre en totale sécurité.

Petite, colorée, sympathique. Sa conduite est drôle. Le même modèle d’une couleur plus sobre ou électrique satisfait le jeune homme qui a quitté son scooter pour s’offrir quatre roues. Rapide, agile, dynamique. Il n’existe pas de trafic assez dense pour l’empêcher de se faufiler. Quand elle abandonne la ville, elle se pose au bord de la falaise pour des baisers passionnés. Musique hype, toit ouvrant, son technologique, air conditionné. Tout compris dans un petit prix. Même à crédit.

Imposant, massif, sûr. La route se dégage sous son emprise. Ses roues dominent. Musique impériale. La force. Résistant, solide, inusable. Seul au monde. Aucune autre voiture ne sait lui résister: pourquoi en montrer ? Classiques, sobres, ou plus rebelles. Tenaces. Sa puissance transmet le pouvoir des mains qui le conduisent. Montagne, routes exigeantes. Safari. Rien ne peut se poser en obstacle, il épouse le pouvoir et l’escapade.

L’écran brille. Le gaz, l’odeur d’essence, les bouchons, l’attente, les péages, le risque, les pannes, les devis, les stress, les accidents, le changement d’huile, les pneus d’hiver, la recherche d’une place de parc, les assurances et les expertises du véhicule attendront. Conduire, assis sur le fauteuil devant la TV c’est mieux:  c’est virtuel, mais au moins c’est un vrai plaisir.