« The lives of others »: souris, on t’écoute

10 juillet 2011 — Laisser un commentaire

«Thank you & goodbye» est la une de «News of the world» qui ferme boutique 168 ans après son lancement. Un arrêt d’activité dû à une sombre affaire d’écoutes téléphoniques. Englué dans un style de presse de plus en plus ordurier, le newspaper  anglais était devenu  addicted  aux informations brûlantes, surtout de people et  football players , obtenues par le piratage téléphonique. Des informations données en pâture à la faim – alimentée par ces mêmes informations – de lecteurs boulimiques. Un cercle vicieux et une forme de toxico-dépendance à laquelle -pourquoi le cacher-  « un ristretto! » est addicted  aussi.

Une évolution particulière des écoutes téléphoniques qui conservent par ailleurs une valeur qui dépasse toute imagination. Une valence d’une amplitude gigantesque au sein de laquelle s’inscrit l’action du journaliste wannabe  détective qui s’adonne à la production de trash news imprimées dans des tabloïds de caniveau. Un type de journaliste muté en  huele-braguetas  – celui qui renifle les braguettes – épithète à travers lequel les commissaires barcelonais méprisaient le détective de Vazquez-Montalbàn Pepe Carvalho.

Cette affaire d’écoutes téléphoniques fait émerger le souvenir de la Stasi écoutant les habitants de Berlin-Est dans «Das Leben der Anderen», le film de Florian Henckel von Donnersmarck sorti en 2006. Ou alors, il remet au goût du jour «Le journaliste et le président», trilogie d’Edwy Plenel, où est racontée l’affaire de la cellule de Mitterrand qui dirigeait les écoutes illégales dont Plenel aussi avait été victime.

Il s’agit d’un curieux détournement de situation:  le journaliste objet d’écoutes illégales, car retenu dangereux pour l’establishment par le pouvoir en place d’un côté; le journaliste qui reproduit le même système pour alimenter le flux d’infos caniveau de l’autre.

Il serait convenable aussi de dire quelques mots à propos du Patriot Act ou de la manière dont les écoutes téléphoniques arrivent dans la presse italienne. Ou alors, il serait utile de rappeler comment des entreprises privées – comme Google ou Facebook – se sont organisées pour récolter les informations qui nous concernent sans avoir besoin de les saisir de manière illégale, car nous les fournissons en échange d’un service: si un service d’espionnage nous les avait volés, nous aurions crié au scandale, mais là, la dépendance est aux outils qui nous permettent de regarder par la fenêtre de notre ordinateur la vie des autres. Intéressant, certes, pourquoi pas. Mais le temps est un tyran et le ristretto, ça fait un moment qu’il a été bu.

*publié par  www.lameduse.ch

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