Archives de 14 July 2011

Il y a des gestes de la vie qui produisent des sensations qui se situent à l’intersection du plaisir, du désagréable, du surprenant et de l’agaçant. Ils se répètent et nous semblons ne pas savoir nous en passer. C’est l’acidité du jus de pamplemousse matinal qui déforme les contours du visage, la dose excessive de wasabi et ses larmes annoncées, les doigts qui récoltent la cire d’une bougie jouant à la lisière de la brûlure et de l’amusement pour la pâte à modeler. Le plaisir défini par le risque d’évoluer à la limite de l’agréable et du désagréable dans une dimension qui éveille les sens. L’inventaire est long, à chacun le sien.
Acquérir un livre, en Suisse romande, s’inscrit dans ce mouvement. La joie exhalée par le prélude à lecture, incarnée par des doigts –excitation- qui saisissent la virginité du livre lorsqu’ils détachent l’étiquette du prix en francs suisses –énervement- qui cache le prix en euros.

Pascal Vandenberghe, directeur de Payot, a cherché plusieurs fois à nous expliquer les raisons de l’irritation produite par le taux de change excessif euros/francs découvert sous l’auto-collant appliqué aux livres. Il nous a dit son impuissance d’action vu que le prix est fixé par les diffuseurs qui détiennent aussi l’exclusivité d’éditeurs et chez qui le distributeur doit de se fournir par obligation. Le verbe de Vandenberghe, quand il s’agit de livres en Suisse romande, se change en Evangile. C’est pourquoi il est utile de situer ses mots, comme ceux du prophète, afin d’en saisir l’essence. L’Office du livre et Diffulivre sont les plus grands importateurs de livres en Suisse romande. Les deux sociétés appartiennet à Hachette qui est contrôlé par le groupe Lagardère. Par ailleurs Lagardère, à travers Hachette, détient les maisons d’édition Grasset, Stock, Calmann-Levy, Lattès, Le Livre de Poche sans compter les fascicules, les dictionnaires, la jeunesse, les illustrés…

Le groupe Lagardère est aussi actif dans un autre axe du business, la distribution. Lagardère Services détient Relay et est actionnaire de majorité (75%) de Payot. Alors, la parole de Pascal Vandenberghe peut faire l’objet de l’exégèse, prosaïque c’est accordé, suivante : Lagardère/LagardèreServices/Payot ne n’adapte pas le prix du livre à la baisse de l’euro car le prix est défini par Lagardère/Hachette/Diffulivre-Office du Livre importateurs exclusifs des maisons d’édition contrôlées par Lagardère/Hachette. C’est-à-dire: Lagardère ne baisse pas le prix d’un produit que Lagardère fabrique que Lagardère importe et que Lagardère vend. En somme : si le prix du livre chez Lagardère ne baisse pas, c’est parce que Lagardère ne veut pas.*

*Le groupe Lagardère applique ici le principe du « se la canta e se la suona » et prend ainsi plusieurs pigeons avec un livre