Archives de 22 August 2011

Les Espagnols l’appellent la resaca. Littéralement c’est le ressac: « le retour violent des vagues sur elles-mêmes, lorsqu’elles ont frappé un obstacle ». De manière plus triviale, il s’agit de la gueule de bois qui suit la fête.
Le Pape parti de Madrid, l’immense esplanade de l’aérodrome de Cuatro Vientos qui a accueilli la messe de dimanche, souffre aujourd’hui de resaca. Les fidèles et pèlerins ont rempli l’interminable terrain, attendant entre chants et prières l’apparition de leur idole qui allait célébrer la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse.

Un million de personnes ont veillé pendant la nuit et acclamé dès le matin l’arrivée de Benoit XVI. Le Vatican et la Cadena Cope, la radio qui appartient  à la Conférence épiscopale espagnole, selon le principe de comptage typique des syndicats, ont prétendu qu’il y avait un million et demi de fidèles.
Une grande scène de 200 mètres de long où trônait une gigantesque structure, simulacre d’un arbre, a été le théâtre de la célébration. Un énorme iceberg blanc dont la construction a pris six semaines. Une démesure qui pourrait faire pâlir d’envie n’importe quelle pop-star, de U2 à Madonna.

Une liesse qui a chanté, jubilé sous le soleil cuisant et qui pour le pape a aussi affronté  un violent orage. Les fidèles ont campé des heures, arrosés par les camions des pompiers comme des fans qui attendent les concerts d’un énorme festival rock.
Puis, finalement, la messe. Le Pape a incité les jeunes à faire preuve de leur catholicisme par la pratique. La seule croyance ne suffisant pas, il a prôné le retour aux églises.

Comme il l’a fait les jours précédents, le Pape s’est aussi exprimé à propos de la crise actuelle, du chômage des jeunes et a déploré l’excès d’individualisme qui préfère le profit au bien commun. Transporté par la joie et l’exaltation qui l’ont accompagné, le Pape a par contre oublié un prêche final qui aurait pu se révéler très utile, bien que terre-à-terre. Il aurait pu inviter les fidèles à faire preuve de moins d’égoïsme par l’exemple, les exhortant à ramasser leurs ordures avant de partir. L’immaculé théâtre du début n’était plus à la fin qu’une mer de déchets. Et puisque ce n’est pas par la prière que Cuatro Vientos sera nettoyé, ni par un miracle divin, il faudra au moins une semaine de travail aux ouvriers pour éponger la sale resaca. Amen.

*Cuatro Vientos, une immense esplanade de déchets: http://twitpic.com/69x8su   http://twitpic.com/69x8g0

*Le botellón de la jeunesse du Pape: http://bit.ly/piNE4D

Pris dans la tenaille formée par la chute quotidienne des bourses, la nouvelle l’arrêt de Seif al-Islam et par une surprenante canicule, l’intérêt pour la série de l’affaire DSK s’essouffle, malgré les tentatives pour qu’elle procure encore quelques frissons. Pendant l’été, il y a eu l’apparition larmoyante de Nafissatou Diallo devant les caméras, puis la plainte au civil au début du mois d’août. Kenneth Tohmpson, l’avocat de Nafissatou Diallo, a tout essayé pour maintenir la pression, pour que l’affaire ne plonge pas dans l’oubli au même rythme que l’euro pendant les derniers mois. D’abord il n’a pas hésité à utiliser des images et des mots plutôt crus, puis il a dirigé un changement de stratégie qui a mis au premier plan sa cliente.

Il y a eu la recherche du rebondissement pour dynamiser l’affaire. Par contre, le feuilleton et l’intérêt provoqué se sont enlisés et la flamme du début s’est consumée dès que la crédibilité de la présumée victime a commencé à s’effriter. Comme si c’était il y a un siècle déjà, au début du mois de juillet, la remise en liberté de DSK a été le dernier épisode qui a provoqué la surprise. Puis plus rien, ou pas grand-chose. L’audience attendue a été renvoyée. Sur le visage des présentateurs de JT, une expression presque désabusée a accompagné les quelques nouvelles prononcées à propos de DSK. Un dossier médical, quelques fuites d’informations, mais l’excitation du début n’y était plus.

Le duo Sarkozy-Merkel a donné un coup d’épaule à l’affaire DSK, déclassée par la dette des pays occidentaux et l’euro au plus mal, mais aussi par un mois de juillet frileux et même par le décès d’Ami Winehouse. Les mots grandiloquents, les opinions tranchées et les premières pages ont été consommés au début de l’affaire quand les informations à propos des faits étaient rares. Une explosion d’opinions, avis, hypothèses . Puis avec la démission de DSK, le soufflé est retombé.

La piste d’un coup monté n’a malheureusement jamais passé la rampe de l’intérêt des médias, malgré le fait que tous les ingrédients étaient présents : ça aurait pu produire quelques chapitres de plus. Nafissatou Diallo a été convoquée ce lundi 22 août et demain ce sera le tour de Dominique Strauss-Kahn. Le New York Post, prévoit un abandon des poursuites. Ce sera peut-être le dernier balbutiement de cette affaire dont l’intérêt sera dépassé par l’évolution du conflit en Libye et même par la canicule qui se prolongera jusqu’à mercredi.

Puis, il y aura une autre information à consommer pour oublier la précédente. Et ainsi de suite, jusqu’à l’hiver dont la neige et les rudes températures vont donner encore de quoi parler.