Archives de septembre 2011

« Swiss mediterranean style » : tel est le nouveau slogan inventé par l’Office du tourisme de Lugano afin d’attirer le touriste en manque de sud. Mais la « Suisse façon méditerranéenne » séduit aussi beaucoup d’étrangers grâce à ses banques et ses fiduciaires.

Ainsi, avant d’être arrêté en 2008 avec ses frères Vincenzo e Gabriele au cours de l’opération « Grande Muraglia », Luigi Terenzio avait résidé à Lugano.
La « Divisione investigativa antimafia (DIA) » de Rome a confirmé cet été la saisie de biens appartenant à ce clan de la ville de Cassino à hauteur de 150 millions d’euros. Parmi ces biens, il y aurait des cossus comptes bancaires établis en Suisse. Contacté par nos soins, Pio La Forgia, commandant de la DIA , a confirmé les liaisons des Terenzio avec la camorra napolitaine ; mais secret de l’instruction oblige, il ne peut hélas pas révéler le montant saisis, ni le nom des banques.

Par ailleurs, le 14 septembre dernier, la Guardia di Finanza a rendu publique l’opération « Apogeo”. L’enquête a mis en lumière les tentacules de la camorra napolitaine en Ombrie. Des biens pour 100 millions d’euros ont été saisis. 16 arrestations, dont celle de Giuseppe D’Urso qui possédait au Tessin la société GES Global SA, au capital de 200’000 CHF et mise en faillite en juin dernier. Et qui est aussi titulaire de la société « SFA – Swiss Financial Advisors SA » domiciliée à Breganzona, près de Lugano. Cette société, au capital de 100’000 CHF dont la moitié en oeuvres d’art, aurait été utilisée par les clans des Bidognetti et des Schiavone pour mettre les mains sur 300 appartements et un hôtel à Perugia.

Là encore, le secret de l’instruction empêche Fabrizio Cuneo, le général de la “Guardia di Finanza coordonnateur de l’opération “Apogeo”, d’en dire plus pour cause de secret de l’instruction. En revanche, le Tessin reste à ses yeux une porte d’entrée en Suisse pour la camorra. Entre palmiers, soleil et lacs, une facette moins reluisante de la Suisse au « style méditerranéen ».

www.vigousse.ch

* « Blunotte » – Rai – « Il clan dei casalesi » http://bit.ly/44x7Q3

Le printemps passé semble désormais si lointain. Les odeurs de la nature qui revenait à la vie, un hiver avare de neige. Un homme, immolé au cours de l’hiver en Tunisie, surgi. Puis le printemps arabe. La révolution tunisienne. L’Égypte. Kadhafi. La crise. Et la mémoire qui recommence à courir et fuit en avant.

La timeline est devenue un instrument qui domine nos écrans. Le temps qui défile avec ses images et ses sons s’enregistre à travers un programme informatique. C’est paradoxal car la chronologie des évènements passés peine à se configurer. Dans la reconstitution, sans l’aide de supports, les séquences se mélangent et se superposent. Piles de papier désormais recyclé. Flots d’informations et impulsions audiovisuelles. Le rythme infernal de nos vies,  un marteau-piqueur qui semble effriter le temps à son passage. Tabula Rasa nécessaire à l’oubli qui permet le remplissage de nouvelles données. Un formatage permanent.

Dans la toile de fond de cet étrange mélange entre vies privées et l’exposition aux évènements médiatiques, des explosions et la peur. Au printemps, dans notre routine quotidienne, nourrie par des sources invraisemblables d’énergie, s’était engouffré le doute. La confiance avait craquelé, l’idée que notre monde puisse s’écrouler nous avait pris à la gorge. Le Japon atteint dans son ventre était un miroir que nous ne pouvions pas éluder.
Un bâtiment fait de béton armé en poussière dans le ciel. Les débats qui avaient suivi démontraient à quel point la peur d’une catastrophe nucléaire peut nous frapper. Est-ce possible de retrouver dans la mémoire, pour la situer dans le calendrier, celle de Fukushima ?

À l’heure de la crise économique actuelle, la pensée retourne souvent à celle de 2008. Les subprimes. Alors, un changement et une ère nouvelle avaient été annoncés. Rien n’aurait été plus comme avant. Aujourd’hui nous découvrons que c’était vrai, puisque c’est pire. C’est peut-être pour cela que le souvenir de Fukushima s’enfouit.

*webcam Fukushima http://pon.bex.jp/all2.html

Le vol spécial des mots

23 septembre 2011 — 3 Commentaires

L’expérience avait été réalisée au début des années ’60 par Stanley Milgram afin d’étudier la soumission aux règles et à l’autorité. Le test prévoyait un passage obligé. Les individus devaient punir d’autres personnes, dans le cas de mauvaise réponse à des questions, avec une décharge électrique. Dans le postulat cette dernière pouvait aller jusqu’à 450V. Et 2 personnes sur 3 l’avaient tout de même infligée. Est-ce que cela posait un problème d’ordre moral aux participants? Dans le 60% des cas les règles étaient suffisantes pour obtenir  l’obéissance. En réalité, le système était une simulation, mais les participants ne le savaient pas.

« Vol spécial » de Fernand Melgar fait émerger le souvenir de l’expérience de Milgram. Pas de simulation à Frambois, le centre de détention destiné aux demandeurs d’asile dont la procédure a été déboutée. Tout est réel.
L’application de la loi, votée de manière démocratique, est le premier élément évoqué par le directeur et le personnel de la prison pour expliquer leurs actes. C’est un sale boulot, mais le peuple suisse a voté. Il faut bien que quelqu’un le fasse. Comment font-ils pour résister, pour dépasser un problème d’ordre moral? Entre autres, ils volent le sens des mots.

Pour le directeur, et pour des gardiens, les détenus sont des clients ou des pensionnaires plutôt que des prisonniers. Ils prétendent ainsi faire preuve d’humanité et de gentillesse. En réalité, c’est le contraire. À travers la négation de la condition de prisonnier, le gardien oublie sa fonction de maton. Il peut ainsi rompre la distance formelle avec le détenu pour que son humanité ne suffoque pas, et continuer de tourner les clefs qui ferment les cellules. Le directeur de la prison et les gardiens se fabriquent dès lors une humanité contrefaite, vétue d’une gentillesse en toc. Leurs gestes, qu’ils prétendent de réconfort, s’apparentent plutôt aux actes qui apaisent l’animal en cage.
C’est à la fois humain et révoltant. Le sens et la signification de la dignité ont été volés à Frambois, où ce mot n’est qu’un cache-sexe qui décrit les pratiques qui détroussent sans accidents les détenus de leur dignité. A l’arrivée et au départ des prisonniers nus, fouillés, des gants cliniques. Une procédure. Le mensonge d’un choix. Le départ forcé. Les corps contraints.

Tant de politesse et d’humanité prétendues ne font que couvrir le néant humain, la couardise, la lâcheté. L’acte d’insoumission attendu tout  au long de « Vol spécial » ne viendra jamais. « Vol spécial » est un dur miroir qui réfléchit le côté sombre et misérable de la nature humaine. Le film produit le malaise. Il stimule la désobéissance et alimente le vertige. Qui parmi nous a le courage de la dissidence?

www.volspecial.ch

* »Les expériences de Milgram » http://bit.ly/oNMbmI