Sur le précipice d’une peur vorace

20 octobre 2011 — Laisser un commentaire

Au loin, c’est l’image d’un corps qui vacille sur le fil de l’agonie et qui produit par moments des mouvements désordonnés. Violents. Puis il s’arrête, d’un coup, comme s’il avait besoin à la fois d’une piqûre d’adrénaline, d’une considable quantité de lourds médicaments et d’une longue respiration d’oxygène. Un traitement de choc pour une maladie qui n’est pas encore connue.
L’état de la Grèce produit –pour peu que les mains ne cachent pas la vue- de l’angoisse, de l’incompréhension et de la peur. Le pays se bloque, tétanisé. L’appel est à l’injection de capitaux, mais les pays qui pourraient intervenir semblent tenaillés par le doute de précipiter à cause de l’aide prêtée. Chacun d’entre eux en appelle à l’Europe, gardant la distance pour éviter l’infection. Fragilisés, ils pourraient aussi tomber dans le ravin. Nous pourrions chuter. Et remonter paraît plus qu’ardu.

Entre-temps la Grèce s’arrête. Immobile. Un plan d’austérité se dessine et sa population comprends qu’elle va beaucoup perdre, sinon tout. Puis la contestation remplit les rues. Observant les visages dans l’écran, apparaissent l’incrédulité, l’indignation et la rage. Des masques qui résistent à tomber dans la résignation. L’idéologie perdue et la politique éloignée, les manifestations répétées produisent un sentiment paradoxal. D’un côté l’impuissance induit la manifestation des voix ; de l’autre la lucidité entend ces voix comme le son produit par un corps qui chute. L’issue ne pourra pas venir de ces vagues, mais elles indiquent à quel point l’issue est lointaine et le péril proche. C’est la contestation généralisée. Parmi les forces vives, dont la réactivité est inversement proportionnelle à l’impuissance, se multiplient les gestes de destruction, comme si elles indiquaient le chemin entrepris: c’est l’annonce de la galère. Des coups donnés au vent, et reçus dans les reins.

Un continent affamé, et des peuples où la liberté de penser se réduit à mesure que la liberté d’expression est muselée, pourraient nous regarder avec la même sentiment de confusion. Il ne s’est jamais vendu autant de smartphones en quelques jours, il ne s’est jamais consommé autant d’énergie, il ne s’est jamais mangé autant de viande. Et pourtant, là où la richesse est concentrée, s’élèvent des voix indignées qui rappellent plutôt le scandale. Des cris dénonçant l’injustice dès qu’elle fait sentir ses tentacules sur le confort. Là aussi des gestes qui veulent détruire et des forces de police qui réagissent armées de matraques. Les raisons d’une véritable révolte paraissent lointaines, le sens de la signification de la rébellion semble avoir été perdu. La peur, toutefois, montre ses dents. Comme si elle voulait nous dévorer. C’est à se demander comment ce sera quand ce sera pire.

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