Le corps de Kadhafi: une vengeance aveugle et aveuglante

23 octobre 2011 — Poster un commentaire

29 avril 1945, Milan. Piazzale Loreto. Les corps sans vie de Benito Mussolini, de son amante Clara Petacci ainsi que ceux de Paolo Zerbino, Alessandro Pavolino et de Achille Starace -des membres du Parti fasciste- sont exhibés à foule, pendus par les pieds sur la toiture d’une station à essence.
Une image en noir et blanc gravée pour toujours, symbole du massacre et de l’abattage des corps; de l’insulte et du carnage, perpétré avec sauvagerie et dont témoignent aussi des tristes séquences filmées.

La liesse, l’euphorie, la rage, la violence bestiale prévalant sur la raison et la justice. Une boucherie sans nom. Sanglante vengeance d’une foule anonyme dont les coups et les crachats sur les morts avaient ouvert une plaie infecte visible à jamais.  Une soif de cruelle vengeance marquée dans l’histoire qui refait surface avec le bombardement d’images et de vidéos de Kadhafi, de son corps et de son cadavre.

Le visage en sang, le corps traîné au sol. Chair exposée, filmée, imprimée. Le cadavre exhibé non seulement pour preuve de la mort du dictateur, mais surtout donné en pâture à la rancune vindicative d’un peuple qui pendant des décennies a survécu à la tyrannie de Kadhafi. L’impuissance du passé transformée en représailles, lynchage, châtiment. La foule crie, hurle, tire en l’air. Les hommes se rendent armées de téléphone portable aux pieds de la dépouille pour immortaliser le dictateur mort. Son corps gît, comme celui d’une bête chassée et tuée. Trophée et symbole de la fin d’une bataille, d’une guerre et surtout de sa dictature. C’est le néant -un demi-siècle après- d’un autre Piazzale Loreto.

Ce sont des séquences dégoûtantes, répugnantes, lugubres qui ont été saisies, relayées et renvoyées sur nos écrans et nos pages au nom d’une faim d’information qui interroge. Dans un flux continu, elles n’ont pas été seulement montrées, mais aussi exhibées au Monde. Paradoxe de l’univers médiatique qui vit de l’immédiat: d’un côté la nécessité de témoigner de l’Histoire et de l’autre le voyeurisme du macabre alimenté par l’exhibition de ces images. Avec le mitraillage du cadavre filmé de Kadhafi, c’est comme si les spectateurs du monde entier avaient pu voir et participer à la boucherie de Piazzale Loreto sans pouvoir contester l’abject spectacle. La vengeance aveugle d’un côté, et de l’autre l’éblouissement provoqué par des séquences morbides qui paralysent la réflexion. Pour penser, la distance est nécessaire. Il est impossible de ne pas voir, en revanche  la liberté peut aussi nous inviter -dans l’immédiat – au choix de ne pas regarder.

*Piazzale Loreto, 1945, http://bit.ly/nMrZT2

*Christian Campiche, « Khadafi mort, quel avenir pour la Libye ? », lameduse.ch, http://bit.ly/qit3Mm

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