Les catastrophes et nos miroirs, nos beaux miroirs

30 octobre 2011 — Poster un commentaire

Le phénomène pourrait faire l’objet d’une recherche approfondie : quand un événement se produit à l’étranger et relève de l’intérêt public –pertinent ou supposé-  le regard cherche nos semblables.
Il y a quelques ans, lors de compétitions internationales d’athlétisme, le commentateur nommait le premier blanc au classement. Pour ce qui est du drapeau, ça marche toujours : ce sont les trois compatriotes parmi les dix premiers ou le chauvinisme porté par le maillot jaune.

Même phénomène, en négatif, lors d’une catastrophe. Une tragédie aérienne paraît plus grave si des victimes possèdent le même passeport que le nôtre ; le retentissement médiatique d’une prise d’otage est plus fort quand il touche des journalistes de notre pays.
Les catastrophes naturelles n’en sont pas exemptes. Certes quand elles sont hors-norme, elles rebondissent de manière immédiate sur nos pages et sur nos écrans. Mais en règle générale, l’intérêt médiatique immédiat est proportionnel au nombre de compatriotes impliqués. Ainsi, lors du tsunami qui avait frappé le Sud-est asiatique fin 2004,  la vitesse à laquelle l’information s’était propagée était directement proportionnelle à la quantité de touristes qui avaient décidé de passer les vacances d’hiver en Thaïlande.

Il arrive aussi que la catastrophe constitue un miroir qui nous réfléchit. C’est le cas du Japon et de la catastrophe de Fukushima. En effet, la consternation pour la destinée des Japonais a été remplacée par le débat autour du nucléaire chez nous.
De même pour les inondations en Thaïlande. Elles ont lieu depuis des semaines déjà et les décès se sont multipliés. Cependant, l’information n’a que rarement escaladé le sommaire des journaux. Il n’y a pas beaucoup de touristes occidentaux en Thaïlande en ce moment, alors que d’autres informations ont rempli l’actualité.

Puis, il y a quelques jours -tandis que les files d’attente pour l’iPhone 4s enflaient- les inondations ont suscité l’intérêt des médias et des sites consacrés à la technologie. Quel rapport ? Les inondations ont provoqué l’arrêt des sites thaïlandais de production de disques durs et d’appareils photo. Les prix vont augmenter et le lancement de futurs produits a été retardé.  C’est à la fois cynique et paradoxal. Nous sommes connectés de manière permanente à l’information, mais le nouvel écran acquis brille tellement que nous y cherchons notre reflet dans un nombrilisme qui oublie le destin de ceux qui l’ont produit. L’écran, pas le nombrilisme.

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