Archives de novembre 2011

Dans une récente interview à «La Sexta», l’économiste Santiago Niño Becerra a expliqué qu’à ses yeux la démocratie espagnole ne pouvait se résumer au droit au vote et à l’élection du gouvernement par le peuple. «En réalité, en Espagne, on a promu une idée de démocratie synonyme de consommation. Quand chacun peut consommer selon ses désirs, on croit obtenir une vraie démocratie». Selon l’économiste espagnol, le modèle économique qui a produit la croissance s’est achevé à la fin des années ’80. Depuis, le crédit et la dette ont été les moyens qui ont permis de nourrir et d’accélérer la croissance. Une dette qui englobe celle des privés et qui en Espagne équivaut à 400% du PIB. «Entre 1996 et 2007, les salaires réels ont augmenté du 0.7% tandis que le niveau de vie s’est radicalement amélioré. Comment? À travers le crédit, avec la dette».

L’accès généralisé aux hypothèques illustre le propos de Santiago Niño Becerra. D’un côté, cela a favorisé l’essor économique dans le secteur du bâtiment, devenu d’abord pilier de l’économie espagnole, puis bulle spéculative. De l’autre, le cadre de vie de la population s’est amélioré, mais au prix d’hypothèques sur 20-30 ans et de crédits à la consommation. L’État aussi, à travers la dette, a pu conduire un programme d’investissements et d’infrastructures qui a largement dépassé ses capacités financières.

A partir de 2007 et avec la crise, le système a commencé à s’effondrer. L’arrêt de la croissance dans le secteur du bâtiment à ouvert une brèche dans l’économie, produisant des hauts taux de chômage. L’économie à l’arrêt a pesé lourd sur le dos de citoyens à l’emploi fragile, mais endettés à long terme. Entre 2007 et 2011, 300’000 saisies de logements ont été effectuées. Malgré cela, une loi prévoit que les ex-propriétaires continuent de payer 50% de l’hypothèque, spirale sans fin.

Selon Santiago Niño Becerra le prochain gouvernement élu ne pourra pas apporter de solutions à cette crise profonde qu’il avait prévue dès le début de 2010 déjà. Il préconise plutôt un gouvernement de concertation nationale, formé de technocrates, comme en Italie avec le gouvernement de Mario Monti.

Une drôle d’époque qui montre la défaite de la politique. Après les dictateurs qui ont pensé que seule la force militaire pouvait conduire un pays, l’idée selon laquelle seuls des technocrates peuvent résoudre la crise semble s’imposer. Il est vrai que la démocratie ne peut se réduire à la consommation. En revanche, par ces temps de crise, le vote reste la seule arme dont le citoyen dispose pour décider et pour se battre contre toute sorte de despotisme. Même celui des technocrates. Même le plus éclairé.

*publié par www.lameduse.ch

*merci à M. Jean-Marie pour la collaboration

*Plataforma de afectados por la hipoteca http://afectadosporlahipoteca.wordpress.com/

*interview Santiago Niño Becerra, TVE2, 16.6.2011  http://www.youtube.com/watch?v=Z47EaPRBfIg

Italie, 1994. En janvier, Silvio Berlusconi a annoncé son intention d’entrer en politique avec une vidéo diffusée par toutes les chaînes de TV. Fin mars, sans que personne ne l’ait prévu, il gagne les élections.
 Oscar Luigi Scalfaro, le Président de la République, lui confie le mandat de former le nouveau gouvernement. C’est le début d’une nouvelle ère pour l’Italie. Paradoxalement l’entrée de Silvio Berlusconi au sein de la vie politique italienne correspond à la sortie de scène de Bettino Craxi, l’homme qui pendant des années a été le mentor politique du Cavaliere.

La tempête provoquée par «Mani pulite» a ravagé la politique italienne. Dirigée par le parquet de Milan et commencée en 1992, l’enquête a mis en lumière «Tangentopoli», un système de corruption et de financement illicite des partis. Une affaire qui a d’abord touché des personnages de l’économie, mais qui ensuite a frappé des politiciens de haut niveau comme le secrétaire du Parti socialiste Bettino Craxi. 
Depuis la mise en examen de son secrétaire fin 1992, le PSI s’est effrité. En 1993, Craxi démissionne de la tête du parti à la suite de la publication dans la presse du compte bancaire Protezione n° 633.369, ouvert à l’UBS de Lugano et utilisé pour le financement illicite du PSI. L’année suivante Craxi ne se présente pas aux élections, perdant toute immunité parlementaire. La procédure judiciaire s’accélère et le parquet de Milan ordonne la saisie de son passeport. Entretemps Craxi fuit en Tunisie, à Hammamet où il possède une maison, protégé par Ben Ali. Les studios de cinéma appartenant à Tarak Ben Ammar, un puissant producteur de cinéma qui, en 1989, s’est associé à Silvio Berlusconi pour fonder Quinta productions, se trouvent aussi à Hammamet.
 Bettino Craxi ne rentrera plus jamais en Italie où il sera condamné en 1995. Victime d’une grave forme de diabète et atteint d’une tumeur, pour éviter la justice italienne, il décide de rester en Tunisie où il décède le 19 janvier 2000.

Novembre 2011. La crise a eu raison de Berlusconi sur qui pend toujours l’épée de Damoclès du procès Mills. Est-ce qu’un jour le Cavaliere sera condamné? Suivra-t-il le destin de Craxi? En tout cas, il pourra difficilement se réfugier en Tunisie. Le régime Ben Ali est tombé et surtout Mediaset – l’empire médiatique qu’il a fondé – est copropriétaire avec Tarak Ben Ammar de Nessma TV, la télévision qui a été attaquée par des islamistes après la diffusion du film d’animation “Persepolis”.

*Berlusconi annonce son entrée en politique  http://www.youtube.com/watch?v=3OlQ762Qh-A

*Berlusconi en visite à Nessma TV http://www.youtube.com/watch?v=Se3yqycsMyg

*la foule indignée vs. Berlusconi / vs.  Craxi  http://www.youtube.com/watch?v=XY2Ktj6IqgM

alisyed

La ville n’est pas située au bord d’un lac, mais sur la côte de la mer Cantabrique. Son stade de football ne porte pas le nom d’un quartier où autrefois étaient soignés les malades, mais celui de sa plage plus connue: celle du Sardinero. Il n’y a rien -en principe- qui relie Santander et Neuchâtel, sauf leurs clubs de football. Les deux portent un nom composé, Racing Club de Santander et Neuchâtel Xamax, mais l’analogie ne s’arrête pas là. Comme Xamax, le Racing est un club dans la tempête.

Juin 2010. À la fin du championnat, le Racing est au bord de la faillite. Les employés du club et les joueurs exigent le payement des salaires arriérés : 13.3 millions d’euros. Le club doit aussi 15 millions au fisc. La crise fait qu’aucun investisseur ne frappe à la porte du club. La procédure de faillite peut commencer, la dette frôle 50 millions d’euros.
Puis l’homme d’affaires indien Ahsan Ali Syed arrive en sauveur. Méconnu en Espagne, il se dit milliardaire. Il avait cherché -sans succès- d’acquérir le club anglais des Blackburn Rovers. À la recherche d’un club de football jouant en première division, Ahsan Ali Syed se tourne vers le Racing. Il ne parle pas espagnol, mais promet d’éponger les dettes. En plus, il affirme vouloir investir 50 millions d’euros dans le club. Les doutes à propos de sa fortune s’éclipsent. Ahsan Ali Syed est à la tête de la société « Western Gulf Advisory », active entre autres en Océanie et en Afrique. Un de ses sièges se trouve à Zoug.

« Interpol enquête sur Ahsan Ali Syed pour une fraude de 72.3 millions d’euros. Les 15 millions pour l’achat du club n’ont pas été versés. Vendredi passé, le conseil de direction du Racing à démissionné »

Début 2011. Le Racing a le couteau sous la gorge. Ahsan Ali Syed finit par acquérir 80% de ses actions pour 15 millions d’euros. Un accord signé  au Crédit-Suisse de Zürich.
Le championnat a recommencé, mais l’argent tarde à arriver. Puis une première tranche est versée et jusqu’à fin septembre, le club reste à flot. Par contre, depuis des semaines, l’homme d’affaires a disparu de la tribune du Sardinero. Le 20 octobre passé, la nouvelle explosive. Interpol enquête sur Ahsan Ali Syed pour une fraude de 72.3 millions d’euros. Les 15 millions pour l’achat du club n’ont pas été versés. Vendredi passé, le conseil de direction du Racing à démissionné. Convoqué au Palais de justice de Madrid, Ahsan Ali Syed ne s’est pas présenté et à l’heure actuelle il est introuvable. L’ancien propriétaire du club a porté plainte contre l’homme d’affaires et prétend la restitution des actions. Entre-temps, le Racing a été mis sous tutelle.

Une affaire qui raccourcit la distance entre Neuchâtel et Santander. Une idée? Les deux villes pourraient envisager de se jumeler, et les deux clubs projeter de jouer un match amical aller-retour. Histoire de renflouer, au moins, le moral.