«Prada» et «Dolce & Gabbana» : de la passerelle au tribunal

1 décembre 2011 — Laisser un commentaire

« Le diable s’habille en Prada » n’en parle pas, emprisonné par les gros traits d’une comédie autour d’Anna Wintour -la légendaire rédactrice en chef de Vogue – et le récit d’une histoire d’amour à la guimauve. Derrière les lumières scintillantes des défilés,  sous les logos de ses griffes, dans l’ombre chétive des top models, la mode possède aussi ses zones sombres.

Depuis quelques jours, les deux patrons de « Dolce & Gabbana » -Domenico Dolce et Stefano Gabbana- sont retournés au centre de l’attention. Cette fois il ne s’agit pas d’une affiche porno-chic satinée, c’est moins glamour. La semaine passée, la Cour de cassation italienne a annulé la sentence de non-lieu qui avait été prononcée le 1er avril passé dans l’affaire de fraude fiscale pour laquelle les patrons de la griffe avaient été mis en examen. D’après la Cassation,  l’enquête devra continuer afin d’élucider si « Dolce & Gabbana » déplaçant l’adresse au Luxembourg, mais gardant le centre des opérations à Milan, s’est rendue coupable d’une fraude fiscale estimée à un milliard d’euros.

Autre zone d’ombre. Roberto Saviano l’avait écrit dans « Gomorra ». Des sous-traitants de la province de Naples, contraints par les grandes marques à une réduction extrême des coûts, emploient au noir des petites mains qui accumulent les heures de travail pour un salaire de misère.
Les journalistes Milena Gabanelli et Sabrina Giannini avaient traité de ce thème en 2009 dans un reportage intitulé « Schiavi del lusso»*. Le film montrait un atelier en Campanie sous-traitant la production de sacs Prada et dont les employés n’avaient ni contrat ni aucune protection sociale. Le coût de la production des sacs était à peine inférieur à 30 euros tandis que le prix de vente dépassait les 400 euros.

Patrizio Bertelli, le PDG de Prada, avait attaqué en justice les deux journalistes et le juge du parquet de Milan vient de prononcer un non-lieu avec la motivation suivante : « Les informations relayées par le reportage en cause correspondent à la vérité et elles sont d’intérêt public ».

Il se peut que le diable s’habille en « Prada » et qu’il porte des caleçons « Dolce & Gabbana ». Mais ces affaires à côté des deux griffes font tache, et ce n’est pas chic du tout.

*Esclaves du luxe

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