Archives de janvier 2012

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 Fathi Derder est excédé par la morale. Il l’écrit entre guillemets, faute de pouvoir les signifier avec ses doigts, pour en faire l’objet de sa tribune du lundi 30 janvier dans « Politblog ». « Attention, danger !  -écrit-il- « La Morale » est de retour ».

Fathi Derder a bien raison de s’insurger contre les donneurs de leçons qui jour après jour remplissent les pages de nos quotidiens et les couloirs de l’opinion publique avec d’étouffants préceptes moraux, c’est pourquoi il nous fait sa leçon. Le néoconseiller national s’en prend à l’UDC selon qui le mal est incarné par les élites et les nantis. L’anticapitalisme de la gauche et l’aversion pour le consumérisme des verts irritent Fathi Derder, pour qui la « question morale » n’est qu’une inutile entrave aux défis qui attendent notre société. Il faut donc la balayer d’un revers de la main.

Une oppressante moralisation ambiante qui culpabilise, assène Fathi Derder : à croire qu’il ne s’est pas lui-même débarrassé d’un principe moral qui distingue le bien et le mal sans quoi il est impossible de culpabiliser, et dont la société (et qui d’autres sinon ?) doit –selon lui- se débarrasser. La « faute morale » de Philipp Hildebrand ou « les pêchés » qui ont conduit à la crise économique écoeurent Fathi Derder qui par contre ne nous propose pas une lecture différente, pris par une logique que des indignés pourraient envier. Fathi Derder aurait pu, libéral qu’il est, utiliser la clef de lecture qui voit dans les actes de Philipp Hildebrand une erreur, la reconduire au principe de la responsabilité personnelle. Et nous tenir leçon sur ce qui la détermine, bien entendu.

Au lieu de se réduire à un prêche qui reproduit le schéma qu’il attaque, Fathi Derder aurait pu dépenser deux mots à propos de la conduite inventive et créatrice qui a amené à la conception du système des subprimes : un moteur pour l’accélération d’une croissance dont nous entendons encore l’écho de la chute. Les voix qui s’élèvent pour un retour de la morale dans l’économie répondent à l’action de ceux qui pendant des années, débarrassées de toute morale, mais surtout de toute responsabilité collective, ont contribué sinon provoqué la crise actuelle.

Si d’après Fathi Derder la morale sert pour que des politiciens drapés dans leur vertu puissent récolter des voix éloignées de toute action, son sermon antimoraliste n’est pas plus productif:  il cherche aussi à gagner des voix, et il s’excite un peu. Au fond, Fathi Derder doit penser que s’insurger contre la morale c’est vachement Bien.♦

*Fathi Derder, « Danger, la morale fait son grand retour », Politblog, 30.1.2012 http://bit.ly/w8nPpV

« Millénium » est retourné sur les écrans de cinéma et il serait intéressant de savoir si les équipes de marketing de la production de Fincher avaient prévu le contexte qui allait entourer le film à sa sortie. Ou alors, l’idée de développer un trilogie dont les héros sont un journaliste d’investigation et un hacker au féminin (pour ne pas dire hackeuse qui sonne comme auteure) était formidable et tout le mérite revient à Stieg Larsson.
Il est vrai que le phénomène de Wikileaks est dans le rétroviseur et les cheveux blancs de son protagoniste sont au deuxième plan, mais un regard aux alentours démontre que la sortie du film s’inscrit dans un mouvement particulier. Rien de nouveau : le journalisme d’investigation et les fuites d’informations ne sont pas nés aujourd’hui. Cependant, la version de « Millénium » de Fincher a été entourée de plusieurs affaires ou de cas réels qui réunissent les ingrédients qui ont fait le succès de la saga.

Derrière nous, la fermeture de « News of the world » ou quand le journalisme se transforme en espionnage de caniveau. Les instruments du piratage informatique, ou de téléphones, utilisés pour regarder à travers le trou de la serrure.
Mais nous avons vu aussi des documents informatiques quitter les regards de la Banque Sarasin pour s’imposer à nos yeux et qui ont coûté la place à Philipp Hildebrand, feu président de la Banque Nationale Suisse. Ou encore : les mails d’Iñaki Urdangarin -le membre de la famille royale espagnole mis en examen en Espagne pour une affaire de corruption- publiés dans les pages des quotidiens ibériques. Et que dire de la conversation téléphonique échangée entre le commandant du « Concordia » et Gregorio de Falco, le chef des opérations de la capitainerie de Livourne, enregistrée et balancée dans les réseaux d’internet ?

Notre soif de savoir s’attise. Il est vrai: parfois elle peut être aveuglée et se transforme en envie de vengeance ou en jugement hâtif, mais ces cas démontrent tous que le besoin de savoir et d’être informés est toujours vivant. Parfois, il s’avère que l’information prime sur la manière dont elle a été obtenue. C’est pourquoi le cas de Novartis à Prangins étonne. Les éléments devraient être réunis pour que le Conseil d’État vaudois et Novartis présentent les informations utiles à propos du mantien du site de Prangins afin que le citoyen puisse se forger une opinion. Ce n’est pas le cas, et depuis des jours nous assistons à un étrange spectacle: la répétition du mantra « des emplois ont été sauvés et il faut être ravi ». Et pourtant, il manque un facteur : à quel prix ? Silence. Personne ne l’articule. À force de vouloir nous convaincre du sauvetage des emplois, le besoin de savoir « comment » a été alimenté. Et demain il sera trop facile d’accuser le hacker ou le voleur d’informations qui répondent à la question vu qu’aujourd’hui il est manifeste qu’elles sont connues par ceux qui veulent nous convaincre, mais qu’ils ne veulent pas les dévoiler.

*Site Novartis à Prangins: Daniel Vasella s’exprime, RSR, Forum, 25.1.2012 http://bit.ly/zidSvy

La recherche des mots pour optimiser l’expression d’une opinion n’est pas une tâche facile. D’autant plus que certains mots s’imposent par leur facilité ou alors par un étrange phénomène : leur utilisation se généralise de manière transversale, de bouche en bouche avec un effet boule de neige. Pour l’obtention de résultats probants, extrapoler des mots qui véhiculent la pensée de manière originale, l’organisation d’un brainstorming avec des acteurs issus de milieux différents s’avère utile puisque plusieurs disciplines travailleraient en synergie.

Le processus d’élaboration de concepts et d’idées véhiculées par les mots devient alors un investissement à long terme qui permet parfois de réformer le projet initial. Surtout, l’acquisition du matériel linguistique participant à l’élaboration d’un système référentiel profite au développement des mentalités.

Toutefois, avec la mise en place d’une telle stratégie, l’euphorie risque parfois de s’installer. Les acteurs qui participent à son actuation, perdant de vue la cible initiale du processus, pourraient oublier que le cœur de la mission n’est pas tant de s’adonner au plaisir du jeu de mots et des calembours, mais de fournir des outils linguistiques utiles à l’ensemble des partenaires pour la gestion de la problématique. C’est pourquoi il faut piloter ce processus. Il est impératif de constituer un agenda pour déterminer des miles stones du brainstorming, sans quoi il pourrait se prolonger au-delà de la deadline prévue. Or il ne faut pas que cette phase de recherche mette en péril la maîtrise des coûts du processus.

C’est pourquoi il est indispensable d’en optimiser le fonctionnement, tant au niveau de sa mise en oeuvre qu’au niveau de l’agenda. C’est la condition pour établir la confiance des partenaires : si le modèle est respecté, le brainstorming produit un ensemble de mots utiles pour solutionner de manière efficace la problématique que le projet ambitionne de gérer. Si le cœur de mission n’est pas respecté et sa gestion peu efficace, la phase s’avère par contre inutile. Il vaudrait mieux alors renoncer à l’actuation du brainstrorming et employer dès le début de simples mots valise. Cela est peu créatif certes, mais participe à la réduction des coûts et permet de passer sans heurts à la phase suivante.