Claude Guéant et le concert des fleurs bleues outrées

9 février 2012 — Laisser un commentaire

En matière de stratégie utilisant la provocation comme pièce maîtresse du discours politique, Silvio Berlusconi a été un maître indiscutable. La provocation berlusconienne a toujours rempli au moins deux fonctions : l’occupation de l’espace médiatique et la conquête du terrain de l’affrontement politique. Ainsi le Cavaliere a souvent su prévoir les évènements provoqués dans l’atmosphère du camp adverse tout en gardant une longueur d’avance.

À maintes reprises, Silvio Berlusconi a fabriqué l’illusion d’attaques de longue portée. Un mouvement poussant ses adversaires à reculer, forçant leur éparpillement désordonné et ouvrant une brèche à travers laquelle pénétrer et conquérir le terrain. Déclarations, prises de positions, petites phrases. Les projectiles berlusconiens ont toujours su provoquer des tempêtes médiatiques et des ouragans de réactions. Pendant deux décennies le Cavaliere a su profiter de la faiblesse de ses adversaires, caractérisée par des plaintes et des pleurnicheries mutées -à travers des coups incessants- en indignation maladive. Pire, en scandale outré et aveugle. A chaque fois, après la première attaque, Berlusconi et ses fidèles ont nié, corrigé, revu les propos. Des banderilles sur le dos des adversaires dont la gracilité politique était directement proportionnelle à la facilité avec laquelle ils se laissaient offenser.

Claude Guéant et son camp s’inscrivent dans cette même stratégie. Piqués à vif par la déclaration du ministre de l’Intérieur, leurs adversaires se sont produits dans une pénible litanie, dans l’énième exhibition de leurs sentiments outrés. Au lieu d’une riposte lucide et solide sommant le ministre de préciser ce qu’il voulait dire par « toutes les civilisations ne se valent pas », ils ont réagi comme des adolescents naïfs pris dans le piège d’un troll de passage sur un forum. Le point Goodwin a été atteint à la vitesse de la lumière. L’ironie, l’intelligence, la lucidité et surtout des questions auraient été bienvenues à la place de cet épanouissement désossé des fleurs bleues blessées. De quelles civilisations est-ce que Claude Guéant voulait parler ? Antique ? Médiévale ? Agraire ? Romaine ? Inca ? Maya ? Est-ce qu’elles se valent ? Est-ce qu’elles sont la même chose ? L’affirmation de Claude Guéant aurait ainsi montré par elle-même à quel point elle est creuse, inutile et -dans la bouche d’un ministre- amorphe. Tandis que sans réponses aux questions posées, elle aurait eu le même effet que celui produit par une bulle dans une baignoire.

Pour ce qui est de la supériorité -prétendue par Claude Guéant- d’une civilisation sur une autre , il aurait été indispensable de l’interroger pour qu’il la contextualise, l’argumente, l’explique et la confronte aux faits historiques. À la place, le suffoquant concert des âmes outrées jouant la partition de l’indignation dirigée par la baguette de la provocation. Et entre-temps Claude Géant, suivant la voie tracée par le Cavaliere, a déjà repris la main annonçant qu’il recherche la voie de l’apaisement.

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