Les immigrés italiens de Niederurnen, victimes oubliées de l’amiante

24 février 2012 — Poster un commentaire

Le 13 février dernier, le Tribunal de Turin a prononcé un verdict qui condamne le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis de Cartier à 16 ans de réclusion. Jugés coupables d’une « catastrophe sanitaire et environnementale intentionnelle » qui a provoqué la mort de 2000 personnes, les deux actionnaires majoritaires d’Eternit Italie ont été condamnés à dédommager les 6000 parties civiles, la région du Piémont et la ville de Casale-Monferrato qui jusqu’en 1986 abritait un site de production « Eternit » et dénombre à elle 1600 victimes à ce jour.

Au cours l’entière procédure judiciaire, Stephan Schmidheiny n’a jamais daigné se présenter. Mais tandis que la chaise du soi-disant philanthrope milliardaire était honteusement vide à cause de son choix , des centaines d’autres personnes ont été exclues de ce procès bien malgré elles. Il s’agit des parties civiles liées aux travailleurs victimes de l’amiante immigrés en Suisse entre les années ’60 et ’80 à Niederurnen (Glaris), berceau del’empire des Schmidheiny.
Et dire que le commencement de ce procès a été intimement lié à ces travailleurs immigrés victimes de mésothéliome pleural, la maladie mortelle due à l’amiante. En effet, le procureur Raffaele Guariniello avait utilisé une recherche conduite par le Dr Enzo Merler de Padoue démontrant une concentration anormale de cas de mésothéliome touchant les travailleurs du Nord-est italien émigrés à Niederurnen pour travailler chez Eternit. Dans son instruction, Raffaele Guariniello avait donc lié les cas des victimes de Casale-Monferrato avec ceux de Niederurnen. Dès lors, pourquoi les victimes italiennes de l’usine suisse, ou leurs parties civiles, ont-elles été exclues du procès ? Les dossiers médicaux de ces derniers étaient aux mains de la SUVA, organe suisse de prévention et d’assurance contre les accidents professionnels. Et depuis le début de l’enquête, la SUVA a opposé une forte résistance aux requêtes du procureur Guariniello.

Après 5 ans d’insistance et de vaine attente, le magistrat n’avait plus guère le choix vu qu’il lui fallait mener à bon port le procès concernant Casale-Monferrato quitte à ne pas prendre en compte le cas de travailleurs italiens intoxiqués en Suisse. Ceux-ci, par ailleurs, provenaient de plusieurs régions de la Péninsule. Celle du Salento, dans les Pouilles, compte des milliers de travailleurs décédés ou malades. Et des villages entiers, comme celui de Corsano, ont été décimés à cause de l’amiante. Entre-temps, le procureur Guariniello a reçu les dossiers médicaux de la SUVA et il instruit le dossier en vue du procès Eternit bis. Ainsi, peut-être, ces travailleurs oubliés pourront obtenir un jour justice puisque ce n’est pas de l’œuvre prétendument philanthropique de Stephan Schmidheiny qu’elle va venir.

www.vigousse.ch

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