L’Italie, la matraque et l’oubli de Carlo Giuliani

2 mars 2012 — Laisser un commentaire

Les images sont saisissantes. La séquence filmée a été visionnée des milliers de fois. Il s’appelle Luca Abbà, il a 37 ans. Le jeune homme porte un sac à dos et une casquette noire. Il est en connexion audio avec une radio indépendante. La séquence montre le jeune homme qui escalade un pylône de la haute tension. A la radio il explique que des policiers s’apprêtent à le poursuivre. Un policier commence à escalader le même pylône. Ensuite la connexion audio s’interrompt. Les images montrent le jeune homme qui -suit à une chute d’une dizaine de mètres- gît au sol.
Luca Abbà est un agriculteur de produits biologiques qui exploite un terrain qu’il a hérité. Depuis des années, il est un des leaders du « No Tav », le mouvement qui s’oppose depuis plus que dix ans à la construction d’une ligne ferroviaire à grande vitesse censée traverser la Vallée de Susa, sur la ligne Turin-Lyon.

Un groupe de contestataires faisait obstruction à la venue de policiers italiens venus libérer une maison qui leur sert de siège. En vue, l’expropriation de terrains prévue pour que le chantier de la Tav avance et dont Luca Abbà sera aussi victime. Connaisseur de la zone, le jeune homme réussit à échapper aux forces de l’ordre et décide d’opposer une résistance passive, sur le pylône. Poursuivi, il monte trop haut, trop près des câbles. Puis il tombe. Depuis 3 jours, il est plongé dans le coma, hors danger de mort. Une histoire qui a attisé des manifestations dans plusieurs villes italiennes.

Depuis des années, le projet de cette ligne ferroviaire à grande vitesse fait l’objet d’un conflit qui depuis une semaine s’est embrasé. Le 25 février dernier, une grande manifestation a réuni des milliers d’habitants de la Vallée de Susa, opposés à l’immense chantier. La contestation des opposants depuis quelques semaines s’est radicalisée: des traits d’autoroute ont été bloqués avec des braisiers et des flammes.
Les autorités ont riposté avec l’envoi massif de forces de l’ordre. Le conflit est dès lors exacerbé.

L’Italie a la mémoire courte. D’un côté les autorités politiques semblent ne pas avoir lu une seule page du livre que le juge Imposimato a dédié à la corruption liée aux chantiers ferroviaires, mais en plus elles organisent une riposte qui fait émerger le souvenir des jours noirs du G8 de 2001, à Gênes. Il y a dix ans, le bilan avait provoqué la mort de Carlo Giuliani, les massacres de l’école Diaz et de la caserne de Bolzaneto.

Étrange et douloureux destin pour un pays qui semble avoir perdu toute sa splendeur, et qui -laissant pourrir les conflits- dans les moments délicats préfère encore et toujours l’affrontement et la matraque plutôt que le dialogue.

*Luca Abbà, sur le pylône  http://bit.ly/xI5cw5

*Val Suisa, Chianocco, blocage autoroute et intervention des forces de l’ordre  http://bit.ly/zwSr7m

*Val Susa: forces de l’ordre vs. journalistes http://bit.ly/zxrGTL

*Irruption de la Police dans un restaurant de Chianocco http://bit.ly/yxRyMm

*F. Imposimato, « Corruzione ad alta velocità », Koiné, 1999

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