L’impossibilité du Deuil 2.0

20 mars 2012 — Laisser un commentaire

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〉L’inventaire est long, très long, interminable. Le dater paraît compliqué, mais quelque part il y a sûrement une équipe de spécialistes qui pourrait remonter le flux électronique des données émises pour en déterminer la genèse. Il est probable que la mémoire accumulée par les serveurs de Google ou ceux de Facebook puisse permettre de repêcher la première séquence numérique alignant les trois lettres: R.I.P. « Rest in peace », forme anglo-saxonne qui a reduit à l’oubli l’expression latine « Requiescat in pace » . L’italien étant désormais délimité par la péninsule, « Riposa in pace » pour le monde n’est plus.
Il n’y aura ici aucune tentative de retracer la liste puisque l’oubli d’une personnalité plutôt que d’une autre pourrait faire du tort à celle ou à celui qui en détecte l’absence. Personne ne sera blessé, chacun pourra retrouver les noms et composer son souvenir.

Ainsi, en plus de remplir la fonction qui rappelle les dates d’anniversaires parfois oubliées, les réseaux sociaux ont fait émerger, l’incluant dans les fils des évènements, l’expression du deuil online signifié par les trois lettres : R.I.P. Dans ces moments, ne pas dire la douleur éprouvée, le sentiment de vide ressenti face à l’écran, pourrait signifier que l’internaute n’est pas concerné par le décès d’une personnalité plutôt que d’une autre. En revanche, inscrire les trois lettres pourrait exprimer à la fois le sentiment de vide ressenti et la nécessité de communion -dans le deuil- avec ceux qui l’expriment. Un acte qui renforce l’appartenance à un groupe ou une communauté. Un geste qui affirme un trait d’un caractère ou d’une personnalité. Cela donne lieu à une étreinte collective se formant sur les circuits qui relient nos machines et qui nous met en contact -par écrans interposés- les uns avec les autres.

« inscrire les trois lettres pourrait exprimer à la fois le sentiment de vide ressenti et la nécessité de communion -dans le deuil- avec ceux qui l’expriment »

Puis, à un autre niveau, il y a le bouleversement collectif dont la nature est différente. Plus profonde. Le chagrin éprouvé ces derniers jours, qui touche et qui inonde. Un sentiment de douleur et d’impuissance qui semblent avoir trouvé dans le réseaux des réseaux, surtout dans sa dimension sociale, un espace inédit d’expression. La parole publiée véhiculant à la fois les larmes, la douleur. Les mots s’alignent, les émoticons se forment, les citations se répètent. Et parfois cela se transforme en exutoire. La technologie nous offre mille possibilités pour nous unir dans une participation à laquelle -peut-être- nous ne sommes pas préparés. Parmi les instruments de communication dont nous disposons, aucun ne prévoit l’indicible ; aucune fonction, parmi ces innombrables nouveautés techniques du nouveau millénaire, ne conçoit le silence. ♦

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