« Charlie Hebdo » : le business n’est qu’une pauvre explication

24 septembre 2012 — Poster un commentaire

intouchables

Au milieu du concert d’éditoriaux et d’opinions critiques à propos du dernier numéro de « Charlie Hebdo », dont le scandale s’apaisera dès que d’autres seins vont occuper la une des magazines, un instrument argumentatif a été utilisé ces derniers jours jusqu’à la nausée. Il se caractérise par un faible impact, une facile utilisation et consiste dans la critique à la publication des caricatures de Mahomet la comparant à un acte purement marchand. Si « Charlie Hebdo » a publié ces caricatures c’est afin d’en faire un coup médiatique -affirment les détracteurs- c’est pour vendre plus d’exemplaires, c’est pour faire de l’argent.

Les analystes et les éditorialistes qui ont utilisé cet argument -faute de mieux- semblent avoir oublié la nature même de l’hebdomadaire satirique qui survit uniquement grâce à ses abonnés et à ceux qui en achètent des numéros. Sauf à vouloir produire un hebdomadaire subventionné par de l’argent public ou financé par la publicité, il faut que « Charlie Hebdo » se vende pour être lu: c’est évident et c’est une lapalissade sans fin.

La religion et les intégrismes sont les filons principaux de « Charlie » dans la plus pure tradition de la satire dont les objets sont toujours les mêmes : le sexe, la religion et la mort. Or, il est désormais sans risques de s’aventurer dans une chronique qui évoque le fist-fucking. De la même manière, dire le rire au cours de funérailles n’étonne plus personne. La satire, différemment de l’humour, met le doigt là où ça fait mal. Puis elle l’enfonce et le fait tourner. Souvent le doigt devient une lame et le rire n’est qu’une des réactions à la satire dont les effets sont aussi le choc, le scandale ou alors la production de suc gastrique en excès qui précède le discours et le débat. Dès lors, souvent, c’est à travers l’ampleur du scandale et du débat que se mesure la satire. C’est pourquoi, aujourd’hui, elle ne peut se limiter à représenter le Pape en folle portant des dessous Prada. L’islam et Mahomet doivent aussi faire l’objet de ses cibles et non seulement quand il s’agit d’intégristes. Certes, les caricatures de Mahomet étaient un déjà-vu, elles étaient plutôt mauvaises, elles n’étaient pas originales. Cependant elles n’ont pas provoqué aucun désintérêt…

La question, vu que chaque semaine « Charlie Hebdo » vise les intégristes religieux dans le but affirmé de vouloir que les exemplaires imprimés puissent être vendus et lus, n’est pas tant de savoir si un numéro a été conçu pour qu’il se vende, mais de comprendre pourquoi il s’achète. Et c’est cette deuxième dimension du jeu de l’offre et de la demande qui a été oubliée par ceux qui accusent « Charlie » d’avoir voulu faire une opération marketing. Pourtant, il ne suffit pas de vouloir vendre et de promouvoir un produit pour qu’il y ait des personnes prêtes à l’acheter.

« tant qu’un tabou religieux subsistera, la satire –soit elle grivoise, pourvue de la plus grande finesse ou carrément obscène- fera l’objet d’un grand intérêt »

D’un côté la publication des caricatures de Mahomet a été utilisée par une grande partie des médias pour en faire du contenu –intégrant souvent les caricatures- avec de la pub juste à côté sans provoquer de grandes critiques. D’un autre côté : tant que la réaction sera constituée par le choc et le scandale -annoncé et alimenté- et surtout, tant qu’un tabou religieux subsistera, la satire –soit elle grivoise, pourvue de la plus grande finesse ou carrément obscène- fera l’objet d’un grand intérêt. Toutefois, si le seul but est faire de l’argent, il vaut mieux se consacrer à une autre activité, d’autant plus que parmi les prophètes en caricature seul Mahomet produit de bonnes ventes. Un point, ce dernier, que la critique omet souvent de souligner. Qu’en sera-t-il dans deux semaines quand à la une il y aura une autre religion? La routine.

« À propos des islamistes, rien ne me vient à l’esprit » aurait pu dire le satiriste. Il n’est toutefois pas certain que cette affirmation puisse intéresser les analystes et les critiques pour qu’ils en fassent un billet destiné à un espace largement financé par la publicité.

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