Le Temps en son miroir

30 novembre 2012 — Laisser un commentaire

Elles sont acérées, parfois, les coïncidences. Une mère décède peu de temps avant que sa fille mette au monde une fille. Le père ne peut pas être à la remise de diplôme de son fils parce que, le même jour, les funérailles de son frère ont lieu. Un accident de la route empêche un automobiliste de monter dans l’avion qui précipite lorsque la voiture redémarre.
Il y en d’innombrables, certaines issues de l’imagination, d’autres de faits réels. Elles réunissent à la fois l’incapacité de se réjouir entièrement et la résistance à sombrer profondément. Ou alors, elles invitent à vivre de manière pleine ce qui se passe dans une sorte d’étirement émotionnel d’où pourrait surgir une espèce d’équilibre. Va savoir.

Il ne s’agit pas d’une question de vie et de mort, cependant perdre son emploi c’est mourir un peu. Et un journal meurt un peu quand il licencie des journalistes. Le Temps réduit donc ses effectifs ou -selon une autre perspective- procède à des licenciements. Le résultat est le même: dix-huit personnes ont perdu leur emploi. Le Temps renonce aux musiques actuelles réduisant l’espace qu’il consacrera à la culture, cinéma compris.
Par un étrange dessin du destin, ou alors à cause d’une coïncidence malheureuse, jeudi passé, le 22 novembre, Le Temps a publié une chronique de Franziska Tschan, professeur de psychologie du travail à l’Université de Neuchâtel, intitulée « Comment réagir face à un ami ou à un collègue licencié ? ». Franziska Tschan écrit «Se retrouver au chômage est un événement grave au cours d’une vie. Les experts le jugent presque aussi pénible que de souffrir d’une maladie grave ou de subir une opération majeure; ils le considèrent même comme plus traumatisant que le décès d’un ami proche. »

Et puis il y a eu l’annonce du lauréat du Prix Jean Dumur 2012, Arnaud Robert. Aux micros de « Vertigo » -l’émission culturelle de La Première- Arnaud Robert a dit son bonheur et sa surprise. Le prestigieux prix l’accueille aux côtés de Roger de Diesbach, Béatrice Guelpa ou Philippe Dahinden entre autres. Touchant dans sa retenue, Arnaud Robert a dit penser beaucoup au Temps ces jours : « S’il n’y avait pas eu le Temps -quand j’avais 21 ans- c’est évident que je n’aurais pas eu ce parcours-là. C’est-à-dire, arriver dans un journal où les gens passaient par-dessus mon excentricité, mon désordre intellectuel, l’abondance de mes propositions pour dire ben oui, alors ok, s’il a envie d’aller à la fois au Caire faire un reportage sur l’islamisme et qu’en même temps il veut faire un reportage à New York sur le free-jazz et qu’en même temps il veut travailler sur la scène locale, c’est ok. Il a 21 ans, il sera peut-être maladroit, mais on va lui donner cette chance-là. »

Interviewé dans le cadre de la même émission, Louis Ruffieux -membre du collège qui décerne le prix et rédacteur en chef de La Liberté- a dit que « Arnaud Robert est un journaliste absolument magnifique, un journaliste libre -libre dans sa tête surtout- qui est capable de briller dans des sujets culturels comme dans des sujets politiques, qui fait de l’excellent grand-reportage ; qui peut –tout d’un coup- vous faire une page dans Le Monde sur Christoph Blocher et son amour de l’art pictural, une page qui est absolument magnifique. Donc je trouve que c’est un prix totalement mérité. »
Et il est vrai que l’article d’Arnaud Robert à propos de Christoph Blocher, l’art, Hodler et Anker est admirable. Il a été publié le 14 avril passé par Le Monde avec le titre « Populiste dans l’art ». Quelques jours après, Le Temps a aussi publié l’article, mais avec un titre différent : « Blocher en son miroir ».

Aujourd’hui Arnaud Robert réfléchit Le Temps, évoque le journal d’il y a presque vingt ans et qui fait émerger un souvenir qui s’éloigne. Au même temps le lauréat du Prix Jean Dumur 2012 oblige Le Temps à la réflexion puisqu’il y a publié de nombreuses et remarquables chroniques à propos de musique alors que le journal qui a donné l’impulsion à son parcours signe l’arrêt -aussi par la fin des musiques actuelles dans ses pages- d’une époque désormais révolue.

 

*Vertigo, RTS – La Première, « Arnaud Robert, Prix Dumur 2012», http://bit.ly/11mioD3

*Médialogues, RTS – La Première,  « Journalistes à la porte ! » invité: Rocco Zacheo, http://bit.ly/YiR4HQ

Pas de commentaire

Be the first to start the conversation!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s