Berlusconi, encore une fois

10 décembre 2012 — Laisser un commentaire

Il était caché dans l’ombre, le Cavaliere, laissant la figure de Mario Monti satisfaire le besoin d’une stricte sobriété appliquée à l’Italie souhaitée par l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ; la voix des pays de la Méditerranée ne comptant pas pour grand-chose.

Automne 2011. L’Italie est fortement frappée par la tourmente de la crise économique. Au centre de l’attention à cause de ses déboires avec la justice, Silvio Berlusconi fait un pas de côté. Le contexte lui montre qu’il est préférable de donner les clefs de Palazzo Chigi à un sénateur modéré, habillé en gris, comptant sur un passé chez Goldmann Sachs et qui –surtout- peut insuffler aux institutions italiennes un peu de crédibilité. Le Cavaliere applique à la lettre le proverbe sicilien qui dit « calati juncu ca passa la china » et qui pourrait être traduit par « baisse-toi, jonc, puisque la crue passe ». C’est un dicton qui fait référence au monde de la mafia qui lors de périodes difficiles se plie silencieuse, mais qui réapparaît –soudainement- quand le pire semble passé.
Le Cavaliere, qui renonce aussi aux rênes de son parti, prévient pourtant que la survie du gouvernement Monti dépend de la majorité parlementaire issue des élections de 2008. Puis, pendant l’année qui vient de s’écouler, il reste en retrait. Il fait presque oublier la donne et alimente l’impression que son parcours politique est fini. Il s’agit d’une position confortable pour Silvio Berlusconi, puisqu’il a démontré plusieurs fois déjà que le sous-estimer est une grande erreur et l’oublier encore plus.

En 1994 quand il se lance en politique, Tangentopoli a effrité le Parti socialiste et la Démocratie chrétienne, c’est pourquoi le destin semble sourire à l’alliance de gauche conduite par Achille Occhetto. Cependant, sans que personne l’ait prévu, c’est Silvio Berlusconi –méprisé pendant toute la campagne électorale- qui gagne les élections de mars. Mais au même temps il fait aussi l’objet de graves accusations qui le relient à la mafia. La pression devient insoutenable, l’alliance entre le Cavaliere et Umberto Bossi se rompt et à la fin de l’année le premier gouvernement Berlusconi tombe. Ensuite Oscar Luigi Scalfaro, le Président de République, nomme Lamberto Dini à la tête d’un gouvernement technique.
Les adversaires du Cavaliere croient alors que la politique italienne vient de se dégager de sa figure, d’autant plus que la coalition de centre gauche conduite par Romano Prodi remporte les élections de 1996. Silvio Berlusconi ne sort cependant pas de la scène politique. Il reste à la tête de l’opposition et gagne les élections de 2001. Mais en 2006 il perd face à Romano Prodi. Est-ce sa fin ? Non, puisqu’au printemps 2008 le gouvernement de centre gauche tombe et qu’il remporte, de nouveau, les élections.

Aujourd’hui Silvio Berlusconi vient de retirer son soutien, et celui de son parti, à Mario Monti dont la seule option a été de présenter ses démissions, effectives dès le vote sur la stabilité budgétaire. Et au même temps le Cavaliere a annoncé qu’il sera candidat aux législatives de 2013.
Dix-neuf ans après son entrée en politique Silvio Berlusconi démontre encore une fois qu’il est intraitable et que l’Italie est dans l’incapacité de s’en défaire. Surtout, faute de l’avoir compris au cours de ces années, cela constitue une leçon supplémentaire destinée à ses adversaires et à ses ennemis; une lapalissade certes, mais qui manifestement n’a pas encore été entièrement intégrée: tant qu’il n’est pas mort, le Cavaliere n’est pas mort.

*Silvio Berlusconi annonce qu’il se lance en politique, 1994, http://bit.ly/2FVuNN

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