Archives de janvier 2013

Depuis une dizaine de jours la presse espagnole se déchaine autour d’enquêtes à propos de corruption et de détournement des fonds publics. Il y a eu l’affaire Bárcenas* qui implique des dirigeants du parti de Mariano Rajoy. Ensuite il y a eu un scandale de corruption au sein du même parti, révélé par El Mundo. El País a donné une ultérieure impulsion à cette enquête. Point de départ, le compte de Luis Bárcenas à la Dresdner Bank de Genève. Suivant le flux d’argent, l’investigation a atterri en Argentine où -selon le quotidien- Luís Barcenas possède une exploitation agricole de 30’000 hectares en société avec Angel Sanchís, un autre ex-trésorier (jusqu’au 1988) du Partido Popular. Toujours en 2009, selon les informations publiées par différents médias espagnols, Luís Bárcenas a aussi transféré 4.5 millions d’euros depuis la Dresdner Bank sur des comptes de HSBC et de UBS Stamford Branch aux États-Unis.

Par ailleurs il y a aussi d’autres affaires impliquant des personnalités publiques comme Oleguer Pujol, le fils de l’homme politique catalan Jordi Pujol, qui selon El Mundo aurait acheté trois immeubles du « Grupo Prisa » (le groupe qui détient El País) avec de l’argent en provenance de l’île de Guersney. Ou le cas de Arturo González Panero, élu du PP, qui selon une enquête menée par le juge Antonio Pedreira peut être relié à un compte ouvert par son épouse à la HSBC de Genève et inséré dans la liste volée par Hervé Falciani.

En marge à ces affaires, où comptes bancaires, enquêtes judiciaires, accusations de détournement de fonds publics et de corruption s’entremêlent à d’importantes sommes, il y a en une autre qui provoque un rire jaune. Il concerne la Fondation Idea, liée au Parti socialiste, et Amy Martín, une pigiste de la revue de la fondation qui a reçu 50’000 euros pour ses articles, payés en moyenne 3000 euros chacun. Or, Amy Martín n’existe pas et la direction du PSOE a suspecté que Carlos Mulas, le directeur de la fondation, avait inventé le subterfuge pour encaisser des revenus supplémentaires. En réalité, Amy Martín était le pseudonyme de l’écrivaine Irene Zoe Alameda, épouse de Carlos Mulas forcé entre-temps à la démission. Ou du moins, Irene Zoe Alameda vient de sortir de l’ombre déclarant qu’elle était Amy Martín, mais que son mari, dont elle est séparée, n’en était pas au courant. Du coup, Carlos Mulas aurait engagé sa femme, via son agent, sans jamais l’avoir rencontrée au tarif de 3000 euros par article.

A l’heure où de très nombreux journalistes en Espagne perdent leurs emplois risquant de perdre aussi leur métier, cela sonne plutôt à une forme de moquerie teintée de mépris que souvent les espagnols résument par un adage populaire argentin qu’il ne vaut pas la peine ici de traduire mais qui dit « nos mean y dicen que llueve ».

*Espagne: une affaire de corruption fait trembler le parti au pouvoir, http://bit.ly/WKc1X4

11947473_719511328160489_5919979703576985728_n (1)

  Le dernier conseiller fédéral tessinois a été Flavio Cotti, mais il n’est plus évident de se souvenir de quand à quand. 1986-1999 dit le site du Dictionnaire historique de la Suisse, disponible en français, allemand, italien, mais pas en romanche. Dommage. Le site de la Conféderation, lui, propose aussi le romanche, mais les communiqués de presse de cette section linguistique sont en « tudestg *». Il est vrai que d’un point de vue national le romanche a été presque oublié. Sera-t-il bientôt suivi par l’italien ?

Bien entendu, il s’agit d’un scénario catastrophe qui aide toutefois à s’interroger à propos du Tessin, le canton qui avec une partie des Grisons donne lieu à la Suisse italienne et qui aujourd’hui paraît marginalisé au niveau fédéral. Il est probable que le Tessin, avec l’émergence et la consolidation de la « Lega dei Ticinesi », soit coresponsable de sa situation vu que ce parti a toujours mené une politique de rupture avec Berne. Une hypothèse qui n’est pas soutenue par les militants de la « Lega dei Ticinesi » pour qui la création de leur parti a été une conséquence aux décision prises par la Confédération. Aux historiens et aux politologues de résoudre le paradoxe, semblable à celui de l’oeuf et de la poule.

« Aujourd’hui les points de contact entre le Tessin et la Suisse romande paraissent aussi plus fragiles qu’il y a vingt-cinq ans. Pendant les années ’80, par exemple, les résultats des votations fédérales au Tessin ont été souvent semblables à ceux de la Suisse romande »

Aujourd’hui les points de contact entre le Tessin et la Suisse romande paraissent aussi plus fragiles qu’il y a vingt-cinq ans. Pendant les années ’80, par exemple, les résultats des votations fédérales au Tessin ont été souvent semblables à ceux de la Suisse romande, dans un élargissement du « Röstigraben » au sud des Alpes qui alimentait l’idée d’une Suisse latine. La « Lega dei Ticinesi » a vu le jour en janvier 1991 et le 6 décembre 1992, refusant l’adhésion à l’Europe, le Tessin a marqué une espèce de rupture avec la Suisse romande, confirmée par le refus des accords bilatéraux avec l’UE exprimé par les Tessinois lors des votations de mai 2000.

La récente décision de la Commission de la santé publique du Conseil des États, qui a refusé d’entrer en matière sur la compensation des primes d’assurance maladie payés en trop par huit cantons, pourrait être une occasion pour que le Tessin et la Suisse romande renforcent leurs relations. En effet, les Tessinois ont payé 192 millions en trop – 576 CHF par habitant- dans une condition qui évoque celle de Genève -880 CHF/hab- et de Vaud avec 955 CHF/hab. C’est pourquoi le canton au sud des Alpes suit avec un vif intérêt les démarches qui se dessinent à ce sujet dans les deux cantons romands. Il y aura-il une alliance entre ces trois cantons relative aux primes maladies excessives? Il sera en tout cas intéressant de suivre les évènements jusqu’au mois de mars, quand le Conseil des États prendra une décision.

A ce moment-là ce sera presque le printemps, et une fois la décision du Conseil des États connue l’idée du Tessin pourra titiller les esprits romands pour une escapade plutôt qu’au sujet des primes maladie, et cela jusqu’à la fin de septembre. Tandis que pour le prochain conseiller fédéral tessinois il faudra encore attendre et personne ne sait jusqu’à quand. Une seule chose est sûre : il y en aura un dans « un certain temps ». ♦

*allemand

Cher Monsieur,

Tout d’abord je ne m’étais pas aperçu de votre élégance. Quand vous êtes monté dans le wagon je n’étais pas seulement à l’orée de l’éveil, mais je cherchais à me plonger dans un article que mes yeux n’ont pas encore l’habitude de lire sur l’écran de la tablette qui m’a été offerte. Je vous rassure, il ne s’agit pas de vous en mettre plein la vue à travers un objet devenu désormais banal, bien au contraire.

Vous êtes monté dans le wagon et arrivé à ma hauteur vous avez décidé d’occuper la place libre à ma gauche. Vous avez enlevé puis soigneusement plié votre manteau en laine. Vous avez pris place, appuyant votre mallette en cuir sur vos cuisses. Je n’ai pas tardé à remarquer votre montre : un objet élégamment sobre que mon salaire mensuel ne pourrait pas acheter. C’est à ce moment-là que vous avez ouvert le même journal gratuit que d’autres personnes dans le wagon étaient en train de lire. C’est bien dommage, je me suis dit. Autant de soin et d’argent consacré à votre apparence vestimentaire auraient mérité que vous dédiez aussi un zeste d’attention et de vos ressources financières dans le choix d’un quotidien payant, laissant transparaître un brin de votre personnalité et de votre prétendu style aussi à travers votre lecture matinale. Malheureusement il est bien lointain le temps où le journal intégrait activement l’ensemble des facteurs révélant une partie de la personnalité et de l’identité d’un homme. La Tribune ou Le Temps ? Le Figaro, Libération ou Le Monde ?Le Nouvelliste ou La Liberté ? Passons, vu que vous pourriez m’accuser de tenir un discours d’arrière-garde.

Ensuite vous avez pris votre plume et avez commencé à remplir les mots croisés du journal gratuit. Nous étions presque arrivés à destination. Vous vous êtes levé et avez mis votre manteau. Puis vous avez arraché la page avec les mots croisés, vous l’avez pliée pour la mettre dans votre poche. C’est à ce moment-là que vous avez regardé le siège où vous étiez assis et d’un geste dédaigneux vous avez jeté dessus le journal, le laissant là, derrière vous, où une autre personne allait s’asseoir, où le personnel de nettoyage allait le ramasser.

Malgré la coupe fraîche, le baume parfumé étalé sur votre peau et vos objets de luxe, votre geste était très parlant et il n’y a pas besoin de rajouter grand-chose. Le reste, en effet, se trouve dans le titre de cette lettre que je viens de vous envoyer.

 

Cordiales salutations,

David Marín