Espagne: une affaire de corruption fait trembler le parti au pouvoir

19 janvier 2013 — Poster un commentaire

Ils étaient à peu près mille, vendredi soir, lors d’une manifestation contre la corruption devant le siège du Partido Popular, à Calle Génova à Madrid. En fin de soirée les manifestants ont été délogés de manière pacifique, mais le message envoyé pendant quelques heures était fort.
Cette manifestation a été organisée à la suite d’une semaine qui a vu émerger une affaire de détournement de fonds publics et un scandale de corruption liés à Luis Bárcenas, un ancien cadre -ex-trésorier et ex-sénateur- du Partido Popular.

L’affaire Bárcenas a éclaté mercredi passé au sein de l’opinion publique espagnole et a vu le jour suite à l’affaire « Gürtel », une importante enquête relative à la corruption et au détournement de fonds publics qui touche de manière particulière le Partido Popular. Le « Caso Gürtel » a été initié en 2008 par le juge Baltasar Garzón, aujourd’hui écarté de l’enquête puisqu’il a été suspendu de ses fonctions suite à sa condamnation de février 2012 pour un cas d’écoutes téléphoniques relatives à la même affaire. À ce jour, paradoxalement, Baltasar Garzón est le seul a avoir été condamné pour cette affaire dont les ramifications touchent en particulier les régions de Valence, de Madrid et de Galice et qui a forcé Francisco Camps, le président de la région de Valence, a démissionner de son poste bien que, à la stupeur générale, il ait été jugé non-coupable.

L’enquête est aujourd’hui dirigée par le juge instructeur Pablo Ruz qui a ouvert en 2009 une branche investigative supplémentaire. À la fin de l’année passée, après que les autorités suisses ont remis des commissions rogatoires à l’« Audience nationale », le haut tribunal espagnol, Pablo Ruz a découvert que Luis Bárcenas était le titulaire jusqu’en 2009, via une société panaméenne, de quatre comptes à la Dresdner Bank de Genève, dont le solde en 2007 était de 22.1 millions d’euros. Suite à la mise en examen de Luis Bárcenas en 2009, des fonds auraient été transférés depuis les comptes à la Dresdner Bank sur des comptes chez Lombard Odier au nom de la société Tesedul S.A. Ces éléments ont éclaté le mercredi 16 janvier dans la presse espagnole, et le vendredi 18 il y a eu un ultérieur rebondissement. Le quotidien El Mundo a en effet révélé, à l’appui de cinq sources ayant été des cadres du Partido Popular, que Luis Bárcenas aurait géré pendant vingt ans un système de comptabilité parallèle au sein du parti. L’argent, issu d’un système de corruption, aurait été utilisé, entre autres, pour le payement au noir des cadres du Pardido Popular en plus de leurs rémunérations officielles. Des sommes allant de 5000 à 15’000 euros par mois par dirigeant selon la position hiérarchique occupée au sein du parti.

Le dessein paraît clair, puisque s’il devait tomber Luis Bárcenas ne semble  pas disposé à le faire tout seul. Aussi, à l’heure où le gouvernement annonce des coupes budgétaires supplémentaires, son président Mariano Rajoy, le leader du Partido Popular, risque de se faire sérieusement éclabousser par cette affaire qui par ailleurs attise la rage de la société civile espagnole, lourdement touchée par la politique d’austérité menée par le gouvernement espagnol.

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