Lettre ouverte à un con de première classe

22 janvier 2013 — 3 commentaires

Cher Monsieur,

Tout d’abord je ne m’étais pas aperçu de votre élégance. Quand vous êtes monté dans le wagon je n’étais pas seulement à l’orée de l’éveil, mais je cherchais à me plonger dans un article que mes yeux n’ont pas encore l’habitude de lire sur l’écran de la tablette qui m’a été offerte. Je vous rassure, il ne s’agit pas de vous en mettre plein la vue à travers un objet devenu désormais banal, bien au contraire.

Vous êtes monté dans le wagon et arrivé à ma hauteur vous avez décidé d’occuper la place libre à ma gauche. Vous avez enlevé puis soigneusement plié votre manteau en laine. Vous avez pris place, appuyant votre mallette en cuir sur vos cuisses. Je n’ai pas tardé à remarquer votre montre : un objet élégamment sobre que mon salaire mensuel ne pourrait pas acheter. C’est à ce moment-là que vous avez ouvert le même journal gratuit que d’autres personnes dans le wagon étaient en train de lire. C’est bien dommage, je me suis dit. Autant de soin et d’argent consacré à votre apparence vestimentaire auraient mérité que vous dédiez aussi un zeste d’attention et de vos ressources financières dans le choix d’un quotidien payant, laissant transparaître un brin de votre personnalité et de votre prétendu style aussi à travers votre lecture matinale. Malheureusement il est bien lointain le temps où le journal intégrait activement l’ensemble des facteurs révélant une partie de la personnalité et de l’identité d’un homme. La Tribune ou Le Temps ? Le Figaro, Libération ou Le Monde ?Le Nouvelliste ou La Liberté ? Passons, vu que vous pourriez m’accuser de tenir un discours d’arrière-garde.

Ensuite vous avez pris votre plume et avez commencé à remplir les mots croisés du journal gratuit. Nous étions presque arrivés à destination. Vous vous êtes levé et avez mis votre manteau. Puis vous avez arraché la page avec les mots croisés, vous l’avez pliée pour la mettre dans votre poche. C’est à ce moment-là que vous avez regardé le siège où vous étiez assis et d’un geste dédaigneux vous avez jeté dessus le journal, le laissant là, derrière vous, où une autre personne allait s’asseoir, où le personnel de nettoyage allait le ramasser.

Malgré la coupe fraîche, le baume parfumé étalé sur votre peau et vos objets de luxe, votre geste était très parlant et il n’y a pas besoin de rajouter grand-chose. Le reste, en effet, se trouve dans le titre de cette lettre que je viens de vous envoyer.

 

Cordiales salutations,

David Marín

3 responses to Lettre ouverte à un con de première classe

  1. 

    « Ce qui ne vous coute pas, ne vaut rien » dit-on …

    J'aime

  2. 

    N’ayant pas assisté à la scène je ne puis juger de ce qu’il c’est passé, mais basé sur vos écrits je me permets de commentaire: Étonnant les cultures… Saviez-vous que dans certains pays des campagnes publicitaires sont mises en place pour pousser les gens à ne pas jeter leur journal gratuit après l’avoir lu? Et au contraire le laisser dans les transports publics? Cela permet de recycler le journal (en lui permettant d’être lu par plusieurs personnes) au lieu de recycler le papier… Alors? Quand on parle de civilité y’a t-il un bon citoyen derrière chaque con? Encore faut-il être assez ouvert d’esprit pour le voir!

    J'aime

    • 

      Nous sommes toujours le con de quelqu’un, et je suis certainement le con de quelq’un. Ce qui m’a surpris était le geste. Et surtout le fait de constater que le journal payant ne fait plus partie de l’identité d’un hommme prétendument élégant. Une autre question est relative à la qualité du journal oublié. Etait-ce la NZZ ou Le Temps? Non, il s’agissait d’un gratuit. Oublié? Non, jeté sur le siège. Avez-vous comptabilisé la quantité de gratuits -je ne dis pas oubliés- mais jetés dans un wagon?

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s