Archives de mars 2013

NELL'AMBITO DELLA MOSTRA LAZZI SBERLEFFI DIPINTI

Enzo Jannacci est mort. Une nouvelle qui coupe le souffle de ceux aiment l’Italie, qui apprécient l’italien et qui sont attachés à l’une des rares figures de la chanson et de la scène italiennes qui valent vraiment la peine d’être connues. Enzo Jannacci est moins connu dans le monde francophone qu’Adriano Celentano, Paolo Conte ou Lucio Battisti. Et quand il s’agit d’Italie dans l’univers francophone, bien trop souvent hélas, la musique diffusée est un exécrable morceau de Toto Cutugno. Si la chance le veut le morceau peut être « Nel blu dipinto di blu », hymne national-populaire italien que tout le monde traduit par son refrain « Volare ».

Enzo Jannacci n’est plus et l’heure n’est pas à la comparaison avec d’autres figures de la chanson italienne comme Lucio Dalla, Luigi Tenco, Roberto Vecchioni ou –pour les amants de la chanson engagée des « cantautori » de gauche- Francesco Guccini.

Né et décédé à Milan, chirurgien qui n’a pas arrêté sa profession malgré le succès, Enzo Jannacci était une figure à part dans le théâtre de la chanson italienne et son oeuvre est un univers qui vaut la peine d’être exploré par celui ou celle qui n’a jamais entendu son nom. Le qualifier et trouver des adjectifs destinés à son œuvre est très compliqué et cela est le synonyme de l’attrait de sa production artistique et de sa personnalité.

Dans un univers italien marqué par la capacité de la politique de s’accaparer les artistes, Enzo Jannacci était démarqué, insaisissable comme a pu l’être Giorgio Gaber, son copain de lycée avec lequel il a commencé sa carrière. Ses textes, sa présence scénique et son attachement pour le cabaret et le théâtre-chanson se sont inscrits souvent dans l’absurde, l’abstrait, le non-sens, la satire de la vie quotidienne et la description, toujours teintée par le rire, de la misère de la condition humaine. Une attitude volontairement brouillonne, déconstruisant des mélodies et des arrangements, laissant une place importante à la parole dite et prononcée d’abord et qui se noie –enfin- dans d’inoubliables mélodies.

Celui qui aujourd’hui ne connaît pas Enzo Jannacci est chanceux, puisqu’il a la possibilité –s’il le veut- d’entrer dans un univers unique où le jazz croise le dialecte de Milan et où les derniers de ce monde deviennent protagonistes d’histoires particulières qui ne tombent jamais dans la complaisance et qui n’oublient jamais le rire.

« Dans un univers italien marqué par la capacité de la politique de s’accaparer les artistes, Enzo Jannacci était démarqué, insaisissable comme a pu l’être Giorgio Gaber, son copain de lycée avec lequel il a commencé sa carrière »

Plusieurs chansons d’Enzo Jannacci ont le mérite de faire partie du bagage de la culture populaire italienne dans ce qu’elle a de plus noble, dans une place particulière bien différente de celle occupée par les pires produits de sa variété. Quand il était jeune, il avait composé une chanson intitulée « Sfiorisci bel fiore » qui –dès le début- avait été décrite comme une vieille chanson populaire italienne tandis que celle d’Enzo Jannacci n’était pas une reprise mais le produit de sa plume.

Au milieu de tubes de l’absurde ou surréalistes comme « El portava i scarp del tennis », « Ci vuole orecchio », « L’Armando » et encore « Vengo anch’io. No, tu no. » d’autres morceaux jonglent avec le jazz et des sublimes textes. Il est impossible de les résumer en quelques titres, mais comme il est indispensable d’essayer, « Mario », « Son s’ciopàa », « Parlare coi limoni » ou « Vincenzina e la fabbrica » peuvent servir d’exemple.

Une façon de découvrir Enzo Jannacci pourrait être celle d’écouter le magnifique concert de 1986 à la Télévision suisse italienne. «Aujourd’hui j’ai pleuré de rire, mais quelle peine de te voir faire semblant de pleurer », chantait Enzo Jannacci dans « Son s’ciopàa », dont une belle version fait partie de ce concert.
Et il est vrai que la nouvelle de la mort de Enzo Jannacci, coupant le souffle, esquisse à la fois une larme et un sourire.

Sans savoir si finalement rire ou pleurer.

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 L’expression a fait irruption dans l’espace médiatique, puis public et enfin parmi les expressions utilisées dans la vie quotidienne à une vitesse désarmante. Plus rapide et solide que l’énième version d’Harlem shake qui lui, heureusement, est en perte de vitesse. Il faut admettre qu’il est quelque peu contradictoire de consacrer du temps et des mots à une formule linguistique qui, en elle-même, ne vaut pas plus qu’un pet mouillé. Et pourtant. Il doit il y avoir une valence submergée intrinsèque à l’expression ou relative à son auteure qui dépasse l’entendement. Et en effet, des billets et des regards ont été produits à leur égard. Alors, après le barrage, l’hésitation, le désintérêt imposé force est de constater que l’expression martèle et matraque l’esprit à travers les mots, mais surtout au moyen de l’intonation et de la gestuelle exprimées au tour de nous. Il faut donc une réaction.

A l’heure où les spin-doctors de la communication cherchent à inventer chaque jour des formules linguistiques pour qu’elles soient reprises d’abord par les médias puis par la masse, l’expression de la bimbo aux seins enflées et à l’attitude d’actrice porno a voyagé de l’écran de la téléréalité, à la une de « Charlie Hebdo»; à travers les  mots de personnalités jusqu’à la bouche de nombreuses plus-ou-moins-jeunes femmes. Celles-ci ne partagent pas forcément ni l’attitude, ni le look, ni la manière de faire de l’auteure originale. Bien au contraire : il ne serait pas étonnant de les entendre traiter ce genre de jeune femme de pouffiasse ou de connasse pour n’utiliser que des termes acceptables. Il ne serait pas surprenant, non plus, d’entendre l’association entre cette jeune femme siliconée et les fantasmes, réels  ou imagés, de mecs pour qui elle constitue l’objet d’une séance gonzo, dans une singerie de Rocco Siffredi pour les uns ou de James Deen pour les autres.

Certes, il ne s’agit pas d’introduire ici une notion osseuse de féminisme associée à l’emprunt et à l’emploi de cette expression tant l’utilisation et le jonglage avec les codes font partie de la personnalité de toute personne. L’auteure de l’expression non plus ne peut être traité de peu intelligente, vu la répercussion de ses mots.

« Nous sommes immergés dans une tempête quotidienne de communication qui cherche à nous faire croire n’importe quoi pour nous vendre n’importe quoi »

Toutefois, à l’heure où des termes comme « flexibilité », « efficience », « rationalisation » et « rentabilité » se sont imposés -entre autres- dans le langage courant il n’est peut-être pas bête de s’interroger là-dessus. Les termes de novlangue ont réussi le passage depuis les laboratoires de la communication jusqu’à la prononciation. Par exemple, il est commun, hélas, d’entendre chaque jour la mise en péril de l’économie, de la croissance et de l’emploi comme argumentation pour contrer toute mesure protégeant les travailleurs, comme s’il s’agissait d’un mantra ou d’une rengaine.

Nous sommes immergés dans une tempête quotidienne de communication qui cherche à nous faire croire n’importe quoi pour nous vendre n’importe quoi. Et c’est encore pire quand des mots et des expressions s’imposent pour que nous disions n’importe quoi afin de nous faire adhérer à une idée préconçue. Et le fait que l’expression dont il est question ici ait déjà été détournée afin de vendre n’importe quoi en est la preuve. Alors, il est bien compliqué de résister à l’imitation et encore plus de se rendre imperméable à ce type de matraquage qui est reproduit l’air de rien au tour de nous, et par nous mêmes aussi.

Le refus s’avère alors nécessaire. Notre langage nous appartient et notre pensée aussi. La main droite fait le geste qui imite le téléphone, les deux doigts tendus ? Un doigt d’honneur en guise de réponse. Et dans le titre de ce billet les mots d’une nécessaire riposte. ♦

Au milieu de l’océan de marbre blanc de la Salle Paul VI, lors de sa première apparition face aux journalistes, Pape François a dit qu’il aimerait une Église pauvre pour les pauvres. Certes, il a renoncé à arborer la croix en or et, lors de son apparition au balcon des bénédictions de la basilique de Saint-Pierre, il ne portait ni la précieuse étole rouge, ni la mozette de la même couleur. Il s’est adressé à la foule avec un simple bonsoir. Il a pris congé en disant bonne nuit. Depuis lors une vague d’enthousiasme à propos de la sobriété qu’il a démontrée se forme. Dans son éditorial intitulé « En el principio fue el verbo » publié par le quotidien conservateur espagnol Abc, Ignacio Camacho souligne la qualité de la rhétorique émotionnelle du nouveau Pape, sa capacité pour caractériser son ton avec un accent qui provoque le contact avec son auditoire et avec les fidèles. Face aux journalistes Pape François a raconté par exemple une anecdote qui a eu lieu pendant le conclave pour expliquer le choix de son nom qui évoque François d’Assise, l’ami des animaux et des pauvres. Ah, qu’il aimerait une Église pauvre pour les pauvres ! Est-il raisonnable de souligner, noyés dans l’enthousiasme généralisé, que cette affirmation constitue un véritable paradoxe ?

D’un côté, il y a Jorge Mario Bergoglio, le jésuite évêque de Buenos Aires qui n’utilise pas une limousine et qui voyage en métro ; qui n’habite pas dans son appartement de fonction puisqu’il préfère son humble logis. De l’autre il y a le Pape, qui a renoncé à son statut, à ses habits, à son nom après avoir été élu.

Bien entendu, Jorge Mario Bergoglio manie parfaitement les symboles et la rhétorique et il semble prêter au Pape le verbe et les gestes pour que son peuple puisse se sentir proche du souverain pontife. Alors, le fait qu’il ait révélé un détail du conclave bien qu’il y ait juré de garder le secret n’a pas d’importance.  En effet il y a le verbe, le choix du nom et la rhétorique relative à la pauvreté. Du point de vue du discours, il est incontestable que celle-ci fonctionne, touchant la masse. Au contraire, du point de vue de l’exemple, elle matérialise le paradoxe. François d’Assise n’avait-il pas mis en pratique le principe du Christ consistant à se spolier de tout bien matériel ? Admettons qu’il ait été possible pour Jorge Mario Bergoglio d’agir de la sorte, est-ce que Pape François saura spolier l’Eglise et le Pape de ses richesses et de ses biens? Pourra-t-il un jour dévenir simplement François ?

Seule l’histoire nous dira si, afin de raccourcir la distance avec son peuple, Pape François renoncera à porter et montrer d’autres luxueux symboles qui ont été conférés au Pape pour qu’il se rapproche du divin. Il s’agit d’un paradoxe supplémentaire : à l’heure où les masses semblent désirer des biens de luxe pour pouvoir ressembler à leurs idoles, elles demandent que leurs élus renoncent au luxe qui leur a été attribué, mais qui ne leur appartient pas puisqu’il est inhérent à la position, à la fonction et au rôle que ces mêmes élus habitent.