Pape François, la pauvreté et un paradoxe

18 mars 2013 — Poster un commentaire

Au milieu de l’océan de marbre blanc de la Salle Paul VI, lors de sa première apparition face aux journalistes, Pape François a dit qu’il aimerait une Église pauvre pour les pauvres. Certes, il a renoncé à arborer la croix en or et, lors de son apparition au balcon des bénédictions de la basilique de Saint-Pierre, il ne portait ni la précieuse étole rouge, ni la mozette de la même couleur. Il s’est adressé à la foule avec un simple bonsoir. Il a pris congé en disant bonne nuit. Depuis lors une vague d’enthousiasme à propos de la sobriété qu’il a démontrée se forme. Dans son éditorial intitulé « En el principio fue el verbo » publié par le quotidien conservateur espagnol Abc, Ignacio Camacho souligne la qualité de la rhétorique émotionnelle du nouveau Pape, sa capacité pour caractériser son ton avec un accent qui provoque le contact avec son auditoire et avec les fidèles. Face aux journalistes Pape François a raconté par exemple une anecdote qui a eu lieu pendant le conclave pour expliquer le choix de son nom qui évoque François d’Assise, l’ami des animaux et des pauvres. Ah, qu’il aimerait une Église pauvre pour les pauvres ! Est-il raisonnable de souligner, noyés dans l’enthousiasme généralisé, que cette affirmation constitue un véritable paradoxe ?

D’un côté, il y a Jorge Mario Bergoglio, le jésuite évêque de Buenos Aires qui n’utilise pas une limousine et qui voyage en métro ; qui n’habite pas dans son appartement de fonction puisqu’il préfère son humble logis. De l’autre il y a le Pape, qui a renoncé à son statut, à ses habits, à son nom après avoir été élu.

Bien entendu, Jorge Mario Bergoglio manie parfaitement les symboles et la rhétorique et il semble prêter au Pape le verbe et les gestes pour que son peuple puisse se sentir proche du souverain pontife. Alors, le fait qu’il ait révélé un détail du conclave bien qu’il y ait juré de garder le secret n’a pas d’importance.  En effet il y a le verbe, le choix du nom et la rhétorique relative à la pauvreté. Du point de vue du discours, il est incontestable que celle-ci fonctionne, touchant la masse. Au contraire, du point de vue de l’exemple, elle matérialise le paradoxe. François d’Assise n’avait-il pas mis en pratique le principe du Christ consistant à se spolier de tout bien matériel ? Admettons qu’il ait été possible pour Jorge Mario Bergoglio d’agir de la sorte, est-ce que Pape François saura spolier l’Eglise et le Pape de ses richesses et de ses biens? Pourra-t-il un jour dévenir simplement François ?

Seule l’histoire nous dira si, afin de raccourcir la distance avec son peuple, Pape François renoncera à porter et montrer d’autres luxueux symboles qui ont été conférés au Pape pour qu’il se rapproche du divin. Il s’agit d’un paradoxe supplémentaire : à l’heure où les masses semblent désirer des biens de luxe pour pouvoir ressembler à leurs idoles, elles demandent que leurs élus renoncent au luxe qui leur a été attribué, mais qui ne leur appartient pas puisqu’il est inhérent à la position, à la fonction et au rôle que ces mêmes élus habitent.

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