Bordel ! Non, mais bordel quoi !

28 mars 2013 — Poster un commentaire

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 L’expression a fait irruption dans l’espace médiatique, puis public et enfin parmi les expressions utilisées dans la vie quotidienne à une vitesse désarmante. Plus rapide et solide que l’énième version d’Harlem shake qui lui, heureusement, est en perte de vitesse. Il faut admettre qu’il est quelque peu contradictoire de consacrer du temps et des mots à une formule linguistique qui, en elle-même, ne vaut pas plus qu’un pet mouillé. Et pourtant. Il doit il y avoir une valence submergée intrinsèque à l’expression ou relative à son auteure qui dépasse l’entendement. Et en effet, des billets et des regards ont été produits à leur égard. Alors, après le barrage, l’hésitation, le désintérêt imposé force est de constater que l’expression martèle et matraque l’esprit à travers les mots, mais surtout au moyen de l’intonation et de la gestuelle exprimées au tour de nous. Il faut donc une réaction.

A l’heure où les spin-doctors de la communication cherchent à inventer chaque jour des formules linguistiques pour qu’elles soient reprises d’abord par les médias puis par la masse, l’expression de la bimbo aux seins enflées et à l’attitude d’actrice porno a voyagé de l’écran de la téléréalité, à la une de « Charlie Hebdo»; à travers les  mots de personnalités jusqu’à la bouche de nombreuses plus-ou-moins-jeunes femmes. Celles-ci ne partagent pas forcément ni l’attitude, ni le look, ni la manière de faire de l’auteure originale. Bien au contraire : il ne serait pas étonnant de les entendre traiter ce genre de jeune femme de pouffiasse ou de connasse pour n’utiliser que des termes acceptables. Il ne serait pas surprenant, non plus, d’entendre l’association entre cette jeune femme siliconée et les fantasmes, réels  ou imagés, de mecs pour qui elle constitue l’objet d’une séance gonzo, dans une singerie de Rocco Siffredi pour les uns ou de James Deen pour les autres.

Certes, il ne s’agit pas d’introduire ici une notion osseuse de féminisme associée à l’emprunt et à l’emploi de cette expression tant l’utilisation et le jonglage avec les codes font partie de la personnalité de toute personne. L’auteure de l’expression non plus ne peut être traité de peu intelligente, vu la répercussion de ses mots.

« Nous sommes immergés dans une tempête quotidienne de communication qui cherche à nous faire croire n’importe quoi pour nous vendre n’importe quoi »

Toutefois, à l’heure où des termes comme « flexibilité », « efficience », « rationalisation » et « rentabilité » se sont imposés -entre autres- dans le langage courant il n’est peut-être pas bête de s’interroger là-dessus. Les termes de novlangue ont réussi le passage depuis les laboratoires de la communication jusqu’à la prononciation. Par exemple, il est commun, hélas, d’entendre chaque jour la mise en péril de l’économie, de la croissance et de l’emploi comme argumentation pour contrer toute mesure protégeant les travailleurs, comme s’il s’agissait d’un mantra ou d’une rengaine.

Nous sommes immergés dans une tempête quotidienne de communication qui cherche à nous faire croire n’importe quoi pour nous vendre n’importe quoi. Et c’est encore pire quand des mots et des expressions s’imposent pour que nous disions n’importe quoi afin de nous faire adhérer à une idée préconçue. Et le fait que l’expression dont il est question ici ait déjà été détournée afin de vendre n’importe quoi en est la preuve. Alors, il est bien compliqué de résister à l’imitation et encore plus de se rendre imperméable à ce type de matraquage qui est reproduit l’air de rien au tour de nous, et par nous mêmes aussi.

Le refus s’avère alors nécessaire. Notre langage nous appartient et notre pensée aussi. La main droite fait le geste qui imite le téléphone, les deux doigts tendus ? Un doigt d’honneur en guise de réponse. Et dans le titre de ce billet les mots d’une nécessaire riposte. ♦

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