Enzo Jannacci, entre rires et larmes

30 mars 2013 — Laisser un commentaire

NELL'AMBITO DELLA MOSTRA LAZZI SBERLEFFI DIPINTI

Enzo Jannacci est mort. Une nouvelle qui coupe le souffle de ceux aiment l’Italie, qui apprécient l’italien et qui sont attachés à l’une des rares figures de la chanson et de la scène italiennes qui valent vraiment la peine d’être connues. Enzo Jannacci est moins connu dans le monde francophone qu’Adriano Celentano, Paolo Conte ou Lucio Battisti. Et quand il s’agit d’Italie dans l’univers francophone, bien trop souvent hélas, la musique diffusée est un exécrable morceau de Toto Cutugno. Si la chance le veut le morceau peut être « Nel blu dipinto di blu », hymne national-populaire italien que tout le monde traduit par son refrain « Volare ».

Enzo Jannacci n’est plus et l’heure n’est pas à la comparaison avec d’autres figures de la chanson italienne comme Lucio Dalla, Luigi Tenco, Roberto Vecchioni ou –pour les amants de la chanson engagée des « cantautori » de gauche- Francesco Guccini.

Né et décédé à Milan, chirurgien qui n’a pas arrêté sa profession malgré le succès, Enzo Jannacci était une figure à part dans le théâtre de la chanson italienne et son oeuvre est un univers qui vaut la peine d’être exploré par celui ou celle qui n’a jamais entendu son nom. Le qualifier et trouver des adjectifs destinés à son œuvre est très compliqué et cela est le synonyme de l’attrait de sa production artistique et de sa personnalité.

Dans un univers italien marqué par la capacité de la politique de s’accaparer les artistes, Enzo Jannacci était démarqué, insaisissable comme a pu l’être Giorgio Gaber, son copain de lycée avec lequel il a commencé sa carrière. Ses textes, sa présence scénique et son attachement pour le cabaret et le théâtre-chanson se sont inscrits souvent dans l’absurde, l’abstrait, le non-sens, la satire de la vie quotidienne et la description, toujours teintée par le rire, de la misère de la condition humaine. Une attitude volontairement brouillonne, déconstruisant des mélodies et des arrangements, laissant une place importante à la parole dite et prononcée d’abord et qui se noie –enfin- dans d’inoubliables mélodies.

Celui qui aujourd’hui ne connaît pas Enzo Jannacci est chanceux, puisqu’il a la possibilité –s’il le veut- d’entrer dans un univers unique où le jazz croise le dialecte de Milan et où les derniers de ce monde deviennent protagonistes d’histoires particulières qui ne tombent jamais dans la complaisance et qui n’oublient jamais le rire.

« Dans un univers italien marqué par la capacité de la politique de s’accaparer les artistes, Enzo Jannacci était démarqué, insaisissable comme a pu l’être Giorgio Gaber, son copain de lycée avec lequel il a commencé sa carrière »

Plusieurs chansons d’Enzo Jannacci ont le mérite de faire partie du bagage de la culture populaire italienne dans ce qu’elle a de plus noble, dans une place particulière bien différente de celle occupée par les pires produits de sa variété. Quand il était jeune, il avait composé une chanson intitulée « Sfiorisci bel fiore » qui –dès le début- avait été décrite comme une vieille chanson populaire italienne tandis que celle d’Enzo Jannacci n’était pas une reprise mais le produit de sa plume.

Au milieu de tubes de l’absurde ou surréalistes comme « El portava i scarp del tennis », « Ci vuole orecchio », « L’Armando » et encore « Vengo anch’io. No, tu no. » d’autres morceaux jonglent avec le jazz et des sublimes textes. Il est impossible de les résumer en quelques titres, mais comme il est indispensable d’essayer, « Mario », « Son s’ciopàa », « Parlare coi limoni » ou « Vincenzina e la fabbrica » peuvent servir d’exemple.

Une façon de découvrir Enzo Jannacci pourrait être celle d’écouter le magnifique concert de 1986 à la Télévision suisse italienne. «Aujourd’hui j’ai pleuré de rire, mais quelle peine de te voir faire semblant de pleurer », chantait Enzo Jannacci dans « Son s’ciopàa », dont une belle version fait partie de ce concert.
Et il est vrai que la nouvelle de la mort de Enzo Jannacci, coupant le souffle, esquisse à la fois une larme et un sourire.

Sans savoir si finalement rire ou pleurer.

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