Le temps, la fantaisie et les grands espaces

16 novembre 2015 — Laisser un commentaire

JF-Rauzier-Angelica-2010-série-Bibliothèques-idéales-courtesy-galerie-paris-beijing

Lorsque la musique se tait, lacérée par les balles des fusils d’assauts, lorsque les voix sont suffoquées par la rage aveugle des assassins, c’est la négation de la vie qui se matérialise.

Cette rage meurtrière tue et anéantit des vies pour chercher à imposer – par la terreur et à n’importe quel prix – un principe religieux fondamentaliste, une doctrine dogmatique, idéologique et aride qui nie à la fois le temps et le fait qu’à travers le temps des êtres humains puissent imaginer, décrire, étudier, corriger, chercher à savoir, falsifier, vérifier, penser et reconduire ce même processus pour construire une histoire qui diffère diamétralement des dogmes que les assassins et leurs idéologues veulent imposer par la barbarie. Des dogmes d’une infertile doctrine fondamentaliste dont le principe idéologique se fige à un moment archaïque, abstrait, préhistorique et qui par la même occasion préconise l’arrêt du temps pour qu’il ne puisse exister aucun autre recours à la vie que cette même doctrine et l’interprétation que ses idéologues, aidés par leurs imbéciles bras armés, fournissent. C’est de cette façon qu’ils veulent asseoir leur pouvoir et c’est la seule manière pour qu’ils puissent chercher à le faire : par la barbarie carnassière selon laquelle la science n’existe pas, par l’imposition d’une peur et d’une violence qui veulent égorger tout désir d’imagination, étouffer toute fantaisie, massacrer toute ambition au savoir, lacérer toute forme de plaisir à la connaissance, assassiner toute conception de la pensée.

Lorsque les brutaux dictateurs, les régimes totalitaires sanguinaires, les ayatollahs rétrogrades, les bêtes caudillos, les chefs religieux attardés veulent imposer leur pouvoir, ils infligent la peur aux civils par le prix du sang ; ils torturent, ils violent, ils égorgent. Ils nient tout principe de vie et étouffent toute projection dans le futur car c’est la condition pour que leur doctrine infertile puisse émerger. C’est pour cela qu’ils violent les femmes. C’est pour cela qu’ils anéantissent l’enfance. C’est pour cela qu’ils balafrent la jeunesse. C’est pour cette raison qu’ils assassinent, qu’ils enferment, qu’ils persécutent et martyrisent les poètes, les scientifiques, les écrivains, les éditeurs,  les intellectuels, les musiciens, les artistes. C’est pour cela qu’ils veulent détruire toute forme construite censée évoluer dans le temps, qui laisse une trace à travers le temps pour que d’autres êtres humains puissent être les témoins de l’existence humaine à travers le temps et cultiver, à leur tour, l’ambition de la faire prospérer dans le temps. C’est pour cette raison qu’ils cherchent à étouffer les voix et la pensée, puisque lorsque la barbarie s’impose il est interdit de penser trop fort; car la seule condition pour que la barbarie avance est le martyre de la pensée dans toutes ses formes. C’est pour cela que les fondamentalistes ont peur de la joie, qu’ils ont horreur de la fête, qu’ils sont terrorisés par la connaissance et qu’ils redoutent les processus humains qui ont appris à reconnaitre les erreurs commises et qui apprennent grâce à ces mêmes erreurs.

« Lorsque les brutaux dictateurs et les chefs religieux attardés veulent imposer leur pouvoir, ils infligent la peur aux civils par le prix du sang ; ils torturent, ils violent, ils nient tout principe de vie, car c’est la seule condition pour que leur doctrine aride puisse s’imposer. C’est pour cela qu’ils violent les femmes. C’est pour cela qu’ils anéantissent l’enfance. C’est pour cette raison qu’ils assassinent, qu’ils enferment, qu’ils persécutent et martyrisent les poètes, les scientifiques, les écrivains, les éditeurs,  les intellectuels, les musiciens, les artistes. »

Cette tyrannie enragée est aussi synonyme d’une soif de pouvoir pour qui l’idéologie et la religion ne sont que des prétextes, des cache-sexes puisqu’elle veut dominer les peuples, les ressources, les biens, les territoires, les accès à la mer, les positions géostratégiques réduisant les autres êtres humains à la misère et au néant tandis que ses représentants continuent de se bâfrer, se bourrer, se gaver de ce qu’elle interdit. C’est une rage carnassière, une cupidité putride, une lâche convoitise –obnubilée par le pouvoir de régner au nom d’un dieu présumé – qui ne dit pas son nom et qui ne porte pas qu’un seul drapeau. Les livres brûlés, les civils réduits au néant, les bâtiments lacérés, les ponts détruits, les hôpitaux inexistants, les bibliothèques interdites, les ouvres d’art brûlées, les enfants à qui toute projection dans le futur a été violée et volée; la négation de la science, des arts, de la culture, de l’imagination, de la fantaisie, des rencontres libres, de la sexualité épanouie et de la pensée à la faveur d’une obscure terreur ne  se limitent ni à un seul pays ni à un seul territoire ni à un seul moment de l’histoire.  C’est pourquoi – peut-être – il y a là une raison de combattre : pour la projection dans le temps, pour la fantaisie et pour les grands espaces. Les grands espaces libres. ♦

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