L’info en continu n’existe pas

16 juillet 2016 — Poster un commentaire

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〉   L’information en continu est comparable à ce type de publicité qui nous montre l’image d’un met prêt à être mangé et qui à l’air d’être succulent, exquis, délicieux, mais qui– à l’heure de la vérité – ne correspond jamais ni à l’image projetée ni à celle qui a été perçue. Des images d’un hamburger, de lasagne, de frites ou de pizzas mitraillées de partout qui s’insinuent dans la mémoire tandis qu’elles provoquent le désir d’engloutir, de bouffer, de se remplir la panse. Un état de boulimie permanent qui doit nous emmener à consommer le produit représenté par son image. Souvent, le besoin d’étancher la pulsion boulimique provoquée par les images écrase la déception éprouvée lors du triste constat qui a lieu à l’heure de le consommer.
En réalité, cela ne ressemble en rien à ce qui a été présenté. Le goût n’est pas du tout celui qui a été imaginé. Ni la consistance, ni l’odeur, ni la composition, ni la texture. Et pourtant, le besoin d’engloutir devient si impérieux que le constat n’a plus aucune importance pourvu que nous bouffions, que nous engloutissions, que nous ingurgitions de suite et au plus vite de quoi satisfaire ce besoin.

L’information en continu fonctionne de la même manière, selon le même mécanisme. Elle nous fait croire qu’elle pourra satisfaire le besoin  qu’elle induit afin de nous pousser à la consommer bien qu’en réalité, à la fin, nous ne retenons pas grand-chose parce qu’elle ne nous apprend pas grand-chose non plus. Si ingurgiter les préparations qui font l’objet de matraquages publicitaires donne l’illusion de satisfaire un besoin, tandis que cela répond à une pulsion que les images elles-mêmes provoquent, l’information en continu donne lieu à une pulsion qui se confond avec le besoin de savoir plus, mais qui n’est jamais vraiment satisfait.

Le processus est construit sur une base qui s’efface d’elle même, c’est-à-dire sur des informations qui s’accumulent et s’empilent les unes sur les autres et qui se chassent entre elles. Des succédanés d’information qui nient les précédents, dans l’attente que d’autres suivent, alimentant ce cycle vicieux. La pulsion de savoir plus, de façon continue – induit par l’information en continu elle-même – n’est qu’un besoin illusoire, puisqu’il s’appuie sur un fondement qui s’effrite et qui se dématérialise à chaque fois, laissant la place à un nouveau mirage qui nécessite de la matière supplémentaire pour prendre forme. Et, tandis que le mirage s’approche, il disparaît, supplanté par l’illusion du mirage suivant.
Ainsi, l’information en continu produit, satisfait,  efface et remplace à la fois l’illusion d’un besoin et celui de sa satisfaction, s’alimentant d’elle même, comme dans les pires cauchemars bureaucratiques.

« En réalité, il s’agit de publicité mensongère, d’une arnaque qui ne dit pas son nom. L’information en continu n’existe pas, puisque l’information nécessite du temps pour qu’elle puisse prendre forme et pour qu’elle accède à son rang »

En réalité, il s’agit de publicité mensongère, d’une arnaque qui ne dit pas son nom. L’information en continu n’existe pas, puisque l’information  exige du temps pour qu’elle puisse prendre forme et pour qu’elle accède à son rang. Il faut évaluer, croiser plusieurs sources, vérifier pour que des données, des mots, des affirmations puissent être présentés comme de l’information. Et bien que l’information soit toujours provisoire, susceptible d’être corrigée et revue, elle exigé du travail et par conséquent du temps préalable nécessaire à sa condition. Le temps que l’information en continu, par définition, ne peut pas lui consacrer parce que c’est le temps, justement, qu’elle efface pour se déterminer et se suffire à elle même. L’information en continu doit produire la matière destinée au remplissage de l’espace et du temps médiatiques qu’elle fabrique et dans lesquelles elle s’inscrit. Le temps qui pourrait être consacré, autrement, à une véritable production d’informations.

L’information en continu n’existe pas : en  réalité il s’agit de bruit continu, où même quelques informations pertinentes, plausibles et intéressantes se noient, suffoquées par la pression que la production exigée par l’information en continu exerce. Il s’agit d’abord et surtout de provoquer de la boulimie d’informations, sans laquelle l’information en continu ne pourrait pas fonctionner. Et qu’importe si à l’heure de la satisfaire le produit a un goût exécrable, une odeur infecte et qu’il est dégoûtant. C’est la seule manière qui permet de rassasier à la fois cette pulsion et ce besoin si singuliers, induits par la fabrication du produit qui est censé les satisfaire. La condition pour que cela marche – et pour empêcher que la réflexion émerge – est que le processus ne s’arrête pas. Il faut que l’usine de l’information en continu ne cesse de faire marcher ses lignes de montage dont la produit n’est que le bruit qu’elles émettent.
La seule prétendue interruption, le seul simulacre d’une pause, n’est destiné qu’à la publicité. Après la pub ça recommence. Ou alors, en réalité, cela ne s’arrête jamais.  ♦

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