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La recherche des mots pour optimiser l’expression d’une opinion n’est pas une tâche facile. D’autant plus que certains mots s’imposent par leur facilité ou alors par un étrange phénomène : leur utilisation se généralise de manière transversale, de bouche en bouche avec un effet boule de neige. Pour l’obtention de résultats probants, extrapoler des mots qui véhiculent la pensée de manière originale, l’organisation d’un brainstorming avec des acteurs issus de milieux différents s’avère utile puisque plusieurs disciplines travailleraient en synergie.

Le processus d’élaboration de concepts et d’idées véhiculées par les mots devient alors un investissement à long terme qui permet parfois de réformer le projet initial. Surtout, l’acquisition du matériel linguistique participant à l’élaboration d’un système référentiel profite au développement des mentalités.

Toutefois, avec la mise en place d’une telle stratégie, l’euphorie risque parfois de s’installer. Les acteurs qui participent à son actuation, perdant de vue la cible initiale du processus, pourraient oublier que le cœur de la mission n’est pas tant de s’adonner au plaisir du jeu de mots et des calembours, mais de fournir des outils linguistiques utiles à l’ensemble des partenaires pour la gestion de la problématique. C’est pourquoi il faut piloter ce processus. Il est impératif de constituer un agenda pour déterminer des miles stones du brainstorming, sans quoi il pourrait se prolonger au-delà de la deadline prévue. Or il ne faut pas que cette phase de recherche mette en péril la maîtrise des coûts du processus.

C’est pourquoi il est indispensable d’en optimiser le fonctionnement, tant au niveau de sa mise en oeuvre qu’au niveau de l’agenda. C’est la condition pour établir la confiance des partenaires : si le modèle est respecté, le brainstorming produit un ensemble de mots utiles pour solutionner de manière efficace la problématique que le projet ambitionne de gérer. Si le cœur de mission n’est pas respecté et sa gestion peu efficace, la phase s’avère par contre inutile. Il vaudrait mieux alors renoncer à l’actuation du brainstrorming et employer dès le début de simples mots valise. Cela est peu créatif certes, mais participe à la réduction des coûts et permet de passer sans heurts à la phase suivante.

« Le diable s’habille en Prada » n’en parle pas, emprisonné par les gros traits d’une comédie autour d’Anna Wintour -la légendaire rédactrice en chef de Vogue – et le récit d’une histoire d’amour à la guimauve. Derrière les lumières scintillantes des défilés,  sous les logos de ses griffes, dans l’ombre chétive des top models, la mode possède aussi ses zones sombres.

Depuis quelques jours, les deux patrons de « Dolce & Gabbana » -Domenico Dolce et Stefano Gabbana- sont retournés au centre de l’attention. Cette fois il ne s’agit pas d’une affiche porno-chic satinée, c’est moins glamour. La semaine passée, la Cour de cassation italienne a annulé la sentence de non-lieu qui avait été prononcée le 1er avril passé dans l’affaire de fraude fiscale pour laquelle les patrons de la griffe avaient été mis en examen. D’après la Cassation,  l’enquête devra continuer afin d’élucider si « Dolce & Gabbana » déplaçant l’adresse au Luxembourg, mais gardant le centre des opérations à Milan, s’est rendue coupable d’une fraude fiscale estimée à un milliard d’euros.

Autre zone d’ombre. Roberto Saviano l’avait écrit dans « Gomorra ». Des sous-traitants de la province de Naples, contraints par les grandes marques à une réduction extrême des coûts, emploient au noir des petites mains qui accumulent les heures de travail pour un salaire de misère.
Les journalistes Milena Gabanelli et Sabrina Giannini avaient traité de ce thème en 2009 dans un reportage intitulé « Schiavi del lusso»*. Le film montrait un atelier en Campanie sous-traitant la production de sacs Prada et dont les employés n’avaient ni contrat ni aucune protection sociale. Le coût de la production des sacs était à peine inférieur à 30 euros tandis que le prix de vente dépassait les 400 euros.

Patrizio Bertelli, le PDG de Prada, avait attaqué en justice les deux journalistes et le juge du parquet de Milan vient de prononcer un non-lieu avec la motivation suivante : « Les informations relayées par le reportage en cause correspondent à la vérité et elles sont d’intérêt public ».

Il se peut que le diable s’habille en « Prada » et qu’il porte des caleçons « Dolce & Gabbana ». Mais ces affaires à côté des deux griffes font tache, et ce n’est pas chic du tout.

*Esclaves du luxe