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El Jinete

2 juillet 2014 — Poster un commentaire
bunburyeljinete

Enrique Bunbury, ‘El Jinete’, Pequeño Cabaret Ambulante, 2000  

 
*El Jinete* 
Por la lejana montaña Va cabalgando un jinete Vaga solito en el mundo Y va deseando la muerte 
Lleva en su pecho una herida Va con su almá destrozada Quisiera perder la vida Y reunirse con su amada
La quería más que a su vida Y la perdió para siempre Por eso lleva una herida Por eso busca la muerte
Luego se pierde en la noche Y aún que la noche es muy bella El va pidiéndole a dios Que se lo lleve con ella
La quería más que a su vida Y la perdió para siempre Por eso lleva una herida Por eso busca la muerte
En su guitarra cantando Se pasa noches enteras Hombre y guitarra llorando A la luz de las estrellas.
Después se pierde en la noche Y aunque la noche es muy bella El va pidiéndole a dios Que se lo lleve con ella
La quería más que a su vida Y la perdió para siempre Por eso lleva una herida Por eso busca la muerte
 

version originale, José Alfredo Jiménez

 

Combien de moyens il y a de rendre actuelle une histoire comme « Gatsby le magnifique » ? Pour commencer, une possibilité serait de ne prononcer le titre qu’en anglais. « The Great Gatsby » sonne vraiment mieux. À l’heure où nous sommes overbookés et consultons notre smartphone, utiliser la traduction française paraît vraiment out et le charme suranné des puristes du français ne fonctionne plus. En plus, dans le titre original, il y a le double « G » qui évoque à la fois l’univers visuel de Gucci et celui de Tom Ford : un double avantage pour attirer un large public qui s’inscrit dans une continuité stylistique qui a traversé les derniers dix ans.

Baz Lhurmann, le réalisateur du dernier « Great Gatsby », a apporté un style et une touche non indifférente à sa version. Les plans et les couleurs du film transpirent les heures passées à la postproduction et une esthétique à mi-chemin entre Dolce&Gabbana et Dior. Un processus sans fin qui d’un côté a retardé la sortie du film ; de l’autre un heureux concours de circonstances qui l’a amené à la présentation cannoise de la semaine passée, en contemporaine à la sortie dans les salles.

Alors, il est vrai que le style de Baz Lhurmann ne laisse pas indifférent et qu’il y a chez le réalisateur australien une très nette volonté d’insuffler dans le film des éléments en accord avec notre époque. Le travail d’actualisation de l’histoire publiée en 1925 a certes été salué par de nombreuses critiques, mais aurait pu aller nettement plus loin. Il est incompréhensible, par exemple, que les personnages utilisent des vieux téléphones et que les appels soient annoncés par des majordomes: n’auraient-ils pas pu utiliser des smartphones ? Inacceptable que les voitures utilisées par les protagonistes du film ne soient pas équipées de jantes chromées 19’’ avec des pneus surdimensionnés. Jay Gatsby roule avec un spider jaune construit sur mesure qui n’a même pas été rabaissé.

Il n’aurait pas dû s’arrêter au milieu du chemin Baz Lhurmann. Leonardo DiCaprio est fit et bronzé, mais dans le film Gatsby n’utilise pas de lampe UV et ne fait pas de footing . Le film ne le montre jamais, à  travers les fenêtres de sa maison, lors du travail de ses abdos.
Pour les somptueuses fêtes chez Gatsby, le pari de Baz Lhurmann semble prendre corps, mais ne parait pas achevé . Tout le monde danse, s’amuse, tandis que la bande sonore crache de la musique en pur style Ibiza fin des années ’90. Les basses à fond, tandis que l’image montre des musiciens de jazz. N’aurait-il pas été mieux d’engager David Guetta pour le montrer derrière les platines plutôt que ces musiciens ?

C’est surtout la musique qui porte l’actualisation de « The Great Gatsby ». Par exemple, pour les scènes romantiques il y a Lana Del Rey, pour celles de banlieue Jay-Z. Ne pouvait pas manquer will.i.am.
Alors, pourquoi s’arrêter là ? C’est bien dommage que Baz Lhurman n’ait pas osé plus. Les costumes sont inspirés par l’époque et personne ne porte de jean ni du cuir; la maison de Gatsby est un château plutôt qu’une villa minimaliste en béton aux grandes baies vitrées. L’alcool coule à flots, mais il n’y a pas de vodka mélangée à une boisson énergisante. Surtout, malgré le style de musique, le risque de montrer des fêtards sniffer de la coke n’a pas été pris. Dans le film il n’y a pas de dealer qui traite Jay Gatsby de big motherfucker. Et comme il n’y a rien de tout ça, au fond, c’est à se demander ce que la musique choisie par Baz Lhurmann vient faire là.

Johnny-Hallyday-vieux-con-et-con-reac

    Il y a quelques années déjà, Johnny avait annoncé sa dernière tournée.  Mais toute la musique qu’il aime l’a de nouveau appâté, le poussant vers le seul endroit où il vit: la scène. Que ce soit pour des titres sombres, ou alors des airs de blues, ou encore pour chanter le refrain que des centaines de milliers de fans connaissent par coeur. Un mystère diabolique, Johnny, pour toute personne qui n’a pas été immergée dans la francophonie pendant les dernières décennies. À chaque tournée, les séquences et les morceaux choisis par les médias s’accumulent dans la mémoire, et donnent l’impression au profane d’avoir assisté un jour à l’un de ses concert même s’il n’en est rien. Un corps à la fois torturé, tatoué, massacré et soigné. Des cheveux teints, la peau qui cède par endroits, trahissant l’impuissance à freiner les marques du temps. Johnny est une bête de scène qui rugit sur des instrumentations denses. Du cuir, du noir et des accessoires qu’il est l’un des rares à pouvoir porter sans paraître grotesque.

Puis il y a l’autre côté du miroir. Hors de la scène. La voix qui marmonne et le regard encadré par des yeux qui luttent entre la lourdeur du passé et le lifting qui force leur contour. Quand il sort de la scène pour s’offrir à la fusillade d’une caméra – lors d’un entretien filmé – le corps à la fois balafré et sculpté, Johnny incarne l’image de la variété mélangée au rock qui ne veut pas mourir bien que sa mort ait été plusieurs fois annoncée. Descendu de la scène, Johnny ressemble à un demi-zombie dont la puissance est bien plus crue que celle, factice, exhibée par les danseurs de «Thriller».

Freddy Mercury, Michael Jackson, Donna Summer, Robin Gibb. Tandis que les stars d’hier sont projetées sur les écrans – bien trop souvent lors d’un malheureux biopic – celles qui ont survécu et qui ont rythmé la jeunesse des baby-boomers s’éteignent. Leur mort induit des tempêtes de R.I.P. à travers internet, se pose en borne routière de l’histoire de la musique pop et met à dure épreuve la créativité lyrique des journalistes qui s’attellent à la confection des crocodiles, ces sujets médias qui rendent hommage à la star disparue.

« Le vieillissement souvent masqué des post-soixante-huitards indique l’inexorabilité de la suite: la fin physique des idoles de jeunesse »

Le vieillissement souvent masqué des post-soixante-huitards indique l’inexorabilité de la suite: la fin physique des idoles de jeunesse, les Paul McCartney, Jimmy Page, Bob Dylan ou Mike Jagger. Comme s’il nous rappelait l’issue fatale évoquant aussi la faux, Johnny résiste stoïque, sur une lame entre la vie et la mort, tel un Elvis de l’Hexagone.

Celui qui n’a jamais compris l’univers de Johnny – mais qui espère un jour l’appréhender – devra attendre le rugissement ultime, les lumières qui s’éteignent; le dernier accord s’étouffer, l’aiguille caresser le sillon final. Il y aura un silence assourdissant. Puis ce sera l’apothéose.  ♦

*publié par http://www.lameduse.ch