Archives de arrestation

Blatter-Weber-Havelange(still5-full)

〉Mercredi 1er juin. La montre indique la 97e minute. Nigéria 4, Argentine 0. Le son du sifflet scinde le boucan émis par le National Stadium d’Abuja. L’arbitre indique le point de penalty. Boselli, le numéro 9 argentin, frappe fort au milieu. But. 4 à 1.Le ralenti montre qu’il n’y a pas penalty. Qu’importe : il s’agit d’un match amical et la victoire africaine est acquise. L’arbitre vient de concéder 9 minutes de temps additionnel. Ce n’est pas grave puisque c’est la fête.

Entre-temps, se frottant les mains, une quantité anormale de parieurs encaissent de très bons gains : ils ont misé au dernier moment sur un but en plus marqué après la 90e minute. Ainsi les 9 minutes et le penalty ont été leur manne d’un soir. Sauf que la densité de parieurs est trop haute. Le match est sous enquête.

« il y a quelques jours la Conclave du football mondial s’est conclue avec l’élection de Sepp Blatter, seul papable resté dans la course dans un contexte de corruption »

En 2009 une des plus grandes affaires liées à des matchs truqués avait été révélée par la justice allemande. Près de 200 rencontres suspectes, une enquête qui avait suivi les tentacules des pots-de-vin et de la corruption en Autriche, Hongrie, Croatie avec deux arrestations en Suisse.

Le scandale du « Calcioscommesse » avait secoué l’Italie en 1980 et avait été oublié avec la Coupe du Monde que les Italiens avaient conquise à Madrid. « Calciopoli » avait marqué le retour des matchs truqués en Italie en 2006. Puis les Azzurri avaient battu la France du coup de tête de Zidane. La Coupe exposée pour la joie des tifosi et les squelettes cachés dans l’armoire. Aujourd’hui, un autre scandale lié aux paris et aux parties truquées frappe l’Italie.

Il est temps de dessiner les routes du football qui portent –toutes-  à Zürich. Celles de Rome ont été déjà tracées et quand il s’agit de pédophilie et d’Église catholique, les yeux regardent la fenêtre du Vatican. Or, il y a quelques jours la Conclave du football mondial s’est conclue avec l’élection de Sepp Blatter, seul papable resté dans la course dans un contexte de corruption: une fumée blanche et immaculée qui a dégagé une odeur infecte. ♦

« La Liberté », comme d’autres quotidiens*, mentionnait lundi 16 mai «l’inculpation» de Dominique Strauss-Kahn. En effet, les agences de presse avaient employé dimanche ce terme remplacé en France, depuis 1993, par «mise en examen». Tandis que DSK, en garde à vue, attendait de comparaître face au juge de Harlem au cours de l’après-midi selon nos montres, mais le matin à l’heure de New York, plusieurs quotidiens ont publié, à tort, le terme d’«inculpation». Comment le prévenu aurait-il pu être inculpé lundi matin vu qu’il n’avait pas été entendu par le juge?

Certes, l’image était saisissante: le chef du FMI menotté, des policiers l’escortant. Une séquence d’autant plus puissante, car accompagnée par le mot «inculpation» qui véhicule l’idée de culpabilité, de coupable. En réalité, l’inculpation – la mise en accusation ou l’inculpatio – ne pourra être prononcée formellement qu’à l’issue de l’audience face à la chambre d’accusation (le grand jury) qui a lieu le 20 mai.

Si le vote est favorable, avec une majorité simple, aux chefs d’accusations imputés à DSK, il y aura inculpation ou mise en examen. Dans le cas contraire, l’instruction du dossier s’achèvera par un non-lieu. Bien des commentateurs nous ont répété pendant ces jours la différence entre le temps médiatique et le temps d’un processus judiciaire. C’est compréhensible. Par contre, inculper Dominique Strauss-Kahn avant l’heure, c’est écrire plus vite que la musique et – ce qui est pire – prononcer une sentence plus vite que la justice.

* « Le Temps », « Le Figaro », «Libération ». Ont utilisé « inculpé » : « Le Matin », « 24heures », «La Tribune de Genève », « Le Nouvelliste », « L’Express », « L’Impartial », « 20minutes »

(17 mai 2011)