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fusil

〉     Alors, les enfants, le terrorisme c’est quoi ? Tout d’abord, il faut imaginer un faux Père Noël, avec une fausse barbe blanche parce que sa vraie barbe est noire. Et en plus il est très très fâché, le Père Noël parce que vous avez plus de jouets que lui. Alors il veut les prendre, vos jouets, et faire peur aux autres enfants qui ont tout plein plein de jouets, comme vous.

Et comme il est fâché, le faux Père Noël, sous sa veste rouge il a mis quoi? Il a mis tout plein de bombes et dans sont sac il a un fusil aussi. Alors, le terrorisme c’est quand ce Père Noël très très méchant il vient vers vous, mais vous ne savez pas que c’est un faux. Et il vous donne des sachets avec des cadeaux, du nougat, des bonbons et des fruits : sauf que les mandarines sont des grenades peintes en orange, mais vous ne le savez pas. Et le Père Noël, il fait quoi ? Et bien, par surprise, alors que vous croyez qu’il vous donne des cadeaux, il prend le fusil et il tire sur vous. Bam! Bam! Bam!  Puis il se fait exploser et fait sauter toutes les grenades en forme de mandarines. Et les explosions, ça fait quoi ? Et bien, ça fait un carnage, ça vous arrache les bras, les jambes et ça fait très très mal. Et il y a du sang partout. Puis tout le monde pleure, tout le monde est très très triste. Sauf les méchants qui ont organisé cette fausse fête avec le faux méchant Père Noël. Eux, ils veulent que tout le monde soit triste, pas content, comme eux. Alors, les enfants, la meilleure manière de réagir, c’est quoi ? Voilà, oui, un bras d’honneur, comme ça: avec la main bien au milieu du bras. Comme ça, oui, c’est bien.  Comment ? Non, non : on a encore les bras là, parce que ce n’était pas une vraie explosion hein, vous comprenez? Voilà, un très joli bras d’honneur; comme ça, c’est bien.

Tu veux dire quelque chose, toi, la petite tête blonde ? Ah, tu veux savoir pourquoi nous voulons expliquer le terrorisme aux enfants ? Cette mode de tout tourner dans un langage enfantin, c’est quoi ? C’est ça t’as question, oui ?

Alors les enfants : autrefois, tout le monde avait au moins un grand-père, un vieux oncle qui avait fait la guerre et il vous racontait que la guerre c’est mal. Mais aujourd’hui, c’est plus le cas.  Et puis, il y avait les parents qui cherchaient à expliquer les choses difficiles, comme la guerre,  à leurs enfants avec leurs mots, qui cherchaient à se débrouiller comme ils pouvaient. Souvent, il y avait aussi ici des enfants qui avaient vécu la guerre. Oui, comme ceux que vous voyez à la télé, qui dorment dehors avec leurs parents et qui cherchent un refuge. Et parfois, comme nous avons vu la dernière fois avec le petit Aylan, les enfants –quand il y a la guerre, ou le terrorisme- ils meurent aussi. Et bien oui, c’est très très triste. Vous avez oublié ? Non ? Ah, voilà : c’est bien.

« rappelez-vous, les enfants: le terrorisme c’est comme le faux Père Noël qui se fait exploser, car sous sa veste il a mis une ceinture avec une bombe »

Maintenant, les enfants : on va sortir et on va aller à la manifestation avec vos mamans et vos papas. Là, il y aura aussi des caméras qui vont vous filmer et vous poser des questions sur le terrorisme, comme ça vous passez à la télé ce soir. Comment ? Et si vous ne savez pas répondre ? Et bien, il y aura votre maman ou votre papa pour vous souffler les réponses et être très très fiers de vous, comme dans les spectacles de la télévision où il y a les enfants qui chantent, ou qui  jouent des instruments, et les mamans et les papas applaudissent avec les larmes aux yeux.  Et le public, comme ça, il va sentir très fort tout plein d’émotions. Et beaucoup de mamans et de papas vont pouvoir comprendre comment faire, parce qu’ils se disent que c’est scandaleux ce qu’il vient d’arriver et comment ils vont faire pour expliquer ça aux enfant? Et bien, maintenant vous savez, parce que j’ai tout bien expliqué. Alors, rappelez-vous, les enfants: le terrorisme c’est comme le faux Père Noël qui prend son fusil, il vous tire dessus et puis il fait exploser les grenades mandarines et se fait exploser aussi, car sous sa veste il a mis une ceinture avec une bombe, comme celle-ci que nous avons fabriqué ce matin avec le carton, rappelez-vous bien, ne me décevez pas.

Comment, la petite tête blonde ? Tu n’as pas envie d’aller devant les caméras de la télévision et dire tout ça ? Tu trouves qu’infantiliser tout le monde de cette manière est une insulte soit pour les adultes que pour les enfants ? Comment ça, c’est con et indécent?  Mais nous avons passé toute la matinée en classe pour ça! Alors, on peut savoir qui t’a enseigné ceci ? Tes parents ? Et ce bras d’honneur, que tu me fait, c’est quoi ? Alors là, tu vas avoir des problèmes ! Demain, tu apporteras une lettre d’excuses, signée par tes parents ! C’est intolérable, ça! Pourquoi? Et bien, parce que d’abord il faut de la politesse, de l’éducation et du respect dans la vie. Tout d’abord, c’est le respect. Et le respect, c’est quoi? Et bien, ceci nous allons le voir une autre fois. ♦

La mort d’un enfant

3 septembre 2015 — 4 Commentaires

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〉   J’ai vu la photo d’un enfant mort. J’ai vu la photo d’un enfant mort et je n’aurais pas voulu la voir. J’ai revu la photo d’un enfant mort, poursuivi par la sensation que je l’avais déjà vue; que je l’avais déjà vue et revue.

J’ai vu la photo d’un enfant mort et je n’avais aucun besoin de la voir. Je l’ai regardée, puisque je l’avais déjà regardée. J’ai vu et observé la photo d’un enfant mort commencer à apparaître plusieurs fois sur l’écran qui me connecte à la cruauté du monde, lisant – en même temps – le cri des voix indignées. J’ai vu la photo d’un enfant mort par dizaines de fois, selon plusieurs angles de vue, accompagnée par plusieurs légendes, soulignée par de nombreux commentaires.

J’ai vu la photo d’un enfant mort et j’ai décidé de regarder ailleurs, cherché à penser à autre chose, essayé de laisser l’esprit vagabonder, recherché de la joie dans les méandres de la fantaisie. Puis j’ai fermé les yeux et sur la surface de leurs rétines est apparue la photo d’un enfant mort.

J’ai vu la photo d’un enfant mort et j’ai pensé aux centaines de fois que j’ai lu la mort d’êtres humains dans la Méditerranée, vu les photos de barques échouées au large de l’Europe, écouté les récits à propos des personnes fuyant la guerre, regardé les reportages de villes et des personnes réduites au néant; lu des articles et des reportages qui disaient le massacre, la torture, l’abominable. L’exode d’êtres humains fuyant l’indicible. Les chemins, les barques, les trains les camions. Les morts. Noyés, écrasés, asphyxiés.

J’ai vu la photo d’un enfant mort et j’ai décidé de ne pas la montrer. J’ai vu la photo d’un enfant mort et j’ai tout éteint. J’ai vu la photo d’un enfant mort et je pense qu’elle n’a rien apporté à ma réflexion, qu’elle n’a pas enrichi ma pensée et qu’elle n’a pas changé mon opinion.

J’ai vu la photo d’un enfant mort et j’ai décidé de réfléchir devant cette page blanche, comme si elle était un miroir. Je me suis regardé et j’ai vu l’image de la mort d’un enfant. ♦

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〉 Une coccinelle et un titre qui invite à connaître les raisons qui font que les optimistes ont raison dans leur démarche. La une de la Weltwoche de cette semaine choque et il est incompréhensible que les amateurs de la presse hebdomadaire qui sait attiser la veine polémique ne s’insurgent pas contre le titre « Warum Optimiste recht haben ». Comment peuvent-ils ne pas signifier leur profond mépris pour le choix d’une illustration à ce point fleur bleue? Il est à parier que même les lecteurs de « La Petite Salamandre » auraient produit une avalanche de courriers adressés à leur journal préféré pour contester pareil choix.

Et dire que Roger Köppel, le rédacteur en chef de la Weltwoche, nous avait habitués à des choix rédactionnels nettement plus agressifs. Il y a quelques semaines, il avait par exemple proposé un portrait des Romands sachant pertinemment qu’il allait les piquer à vif. Avec un arsenal de statistiques ad hoc à l’appui, à l’aide de la rengaine « la Weltwoche sait regarder la réalité sans se voiler la face » , Roger Köppel avait traité les Romands de « Grecs de la Suisse ». Alors que des personnalités romandes avaient réagi de manière outrée à la une de l’hebdomadaire zurichois, d’autres avaient préféré une riposte ironique, renvoyant la balle dans le terrain de Roger Köppel. Une réaction mi-amusée, mi-indignée: des Romands avaient décidé de mettre en scène à travers des photos leurs paresseuses vies noyées dans l’océan d’apéros sans fin. Relayé par les réseaux sociaux et internet, le « Welchwoching » a donc servi telle une soupape à l’indignation romande.

Comme tout bon troll agissant dans l’espace virtuel, Roger Köppel avait réussi son coup médiatique. Si le troll s’amuse à provoquer les autres usagers d’internet pour enflammer les échanges et les multiplier, le rédacteur en chef de la Weltwoche applique cette même méthode au monde –en crise- de la presse écrite. Et comme tout bon troll, Roger Köppel est dépendant de la surenchère. Ainsi, la semaine passée, la Weltwoche a publié la photo d’un enfant tenant un revolver. Un faux pistolet, un enfant Rom photographié au Kosovo en 2008 par Livio Mancini et le titre explosif: « Les Roms arrivent : razzia sur la Suisse ». Opération réussie, Roger Köppel a fait parlé de lui, récolté des articles dans la presse et même reçu des plaintes pour incitation à la haine raciale. Dans les méandres d’internet l’indignation très enflammée a été jusqu’à mobiliser le nazisme et le fascisme pour critiquer le choix de la « Weltwoche ». Epilogue bien connu par les trolls et les usagers avertis d’internet, baptisé « point de Godwin » et qui répond à la même loi.

C’est là que réside probablement l’explication à l’optimisme naif exhibé cette semaine par la Weltwoche: ces succès médiatiques doivent conforter Roger Köppel dans ses choix. Car autrement, cherchant une autre explication à propos de la coccinelle et de l’optimisme, rien ne me vient à l’esprit. ♦