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Le football est une matière singulière, mouvante. Il charme avec ses traits les plus superficiels et lorsque la compréhension cherche à le saisir, il montre des facettes qui démontrent sa cruauté et son imprévisibilité. Le seul antidote pour réduire son expansion est le désintérêt. Le mépris, la critique acérée ou le ricanement ne font que nourrir la bête.

Le football est un univers formé par plusieurs strates dont les plus cachés contiennent, dans leurs plis, les facteurs qui peuvent l’expliquer d’une façon inédite; une révélation qui pourrait certainement mettre en branle la foi de millions d’adeptes.

Car une des dimensions de football est immergée en eaux troubles: là où règnent les paris et la corruption; là où d’énormes quantités d’argent échangées masquent des transactions inavouables. Elles ont lieu dans l’ombre des projecteurs aveuglants ou dès que les réflecteurs s’éteignent.

Ses idoles sont hissées dans les cieux à force de millions pour que les fidèles puissent croire que leur valeur est équivalente au prix annoncé par les marchands à la sortie des temples construits avec l’argent de ses croyants.

« une des dimensions de football est immergée en eaux troubles: là où règnent les paris et la corruption; là où les énormes quantités d’argent masquent des transactions inavouables »

Le football participe à la reproduction de ce principe presque éternel qu’est le panem et circences, évoluant dans ces arènes sorties de terre au nom di dieu béton.  À ce stade, il n’y aucun intérêt manifeste pour savoir si le football agrémente le pain insipide distribué à la masse ou s’il est utilisé afin de fabriquer du contentement pour ce pain-là.

De la même manière, le jeu est la seule dimension du football qui continue d’être projetée sur nos écrans. Il a le pouvoir de se connecter aux passions et aux émotions et souvent, pour cette même raison, il obnubile.

Le plaisir esthétique pourrait servir d’issue à la fois pour construire un regard et éviter l’aveuglement. Apprécier la proposition du jeu et la générosité plutôt que le cynisme ou le calcul. Et vice versa, si les conditions sont là. Applaudir l’élan, l’action intrépide ou la beauté du geste indépendamment de la couleur. Reconnaître qu’en football le plus faible n’est pas nécessairement inférieur et n’est pas obligatoirement le perdant; comprendre et accepter que des armes apparemment moins nobles puissent servir ceux qui n’ont pas les moyens de faire autrement. Justifier l’usage de la mesquinerie, l’emploi de méthodes abjectes, le sacrifice du spectacle sur l’autel du résultat est toujours une question de choix. La condition de la faiblesse peut conduire à s’armer sans succomber à l’abject pour autant. Dès lors que le plaisir esthétique est là, il y aura aussi le plaisir pour ce type de questionnement ou de débat.

Restent la victoire et ses esclaves, la victoire et ses élus. La défaite qui punit sévèrement et à double ceux qui espèrent obtenir le salut par l’avarice, la spéculation ou l’opportunisme: si la victoire leur pardonne, la défaite domine la mémoire qui ne pourra alors qu’offrir l’oubli et le néant.

Le jeu offre cet espace, cette opportunité, à qui veut les accueillir. Face au spectacle offert et perçu, le plaisir esthétique invite, malgré la défaite, à se lever pour applaudir l’adversaire.

Malgré cela, au sein du football, il y aura toujours ceux qui l’investissent d’un rôle qui ne lui appartient pas; qui le forcent à exalter le chauvinisme, à nourrir l’orgueil national; à propager la fierté des couleurs, des drapeaux, d’une identité collective quelle qu’elle soit: coûte que coûte, sans principes ni lois. Souvent, ces personnages imposent au football, en fonction non pas de la manière mais du résultat, la destinée d’un peuple, d’un pays ou d’une nation que ce soit pour le bien ou pour le mal. Ils matérialisent ainsi l’un des visages les plus exécrables du football tandis que leurs adeptes révèlent l’imbécillité de son expression.

Le football ne dure qu’un temps et dès lors que le sifflet sonne sa fin, il ne pourra que recommencer, la prochaine fois.

Nous le constatons ces jours: les réflecteurs éteints, le circense a fermé ses portes et démonté son chapiteau. A rien ne sert de prolonger ce qui ne relève pas du football au-delà des tribunes et du terrain, du temps qui est le sien, qui le délimite et qui est le sien.

Quand le temps arrive à sa fin, le public, les passionnés, les supporters et les amateurs se rendent inéluctablement à la sortie. Le rideau fermé, chacun revient à sa vie. Comme le chante Joan Manuel Serrat, à ce moment-là chacun descend les escaliers comme il veut,  « cada uno es como es, cada quién es cada cual« : peu importent la valence, le rôle ou l’importance attribués au football. ♦

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〉Mercredi 1er juin. La montre indique la 97e minute. Nigéria 4, Argentine 0. Le son du sifflet scinde le boucan émis par le National Stadium d’Abuja. L’arbitre indique le point de penalty. Boselli, le numéro 9 argentin, frappe fort au milieu. But. 4 à 1.Le ralenti montre qu’il n’y a pas penalty. Qu’importe : il s’agit d’un match amical et la victoire africaine est acquise. L’arbitre vient de concéder 9 minutes de temps additionnel. Ce n’est pas grave puisque c’est la fête.

Entre-temps, se frottant les mains, une quantité anormale de parieurs encaissent de très bons gains : ils ont misé au dernier moment sur un but en plus marqué après la 90e minute. Ainsi les 9 minutes et le penalty ont été leur manne d’un soir. Sauf que la densité de parieurs est trop haute. Le match est sous enquête.

« il y a quelques jours la Conclave du football mondial s’est conclue avec l’élection de Sepp Blatter, seul papable resté dans la course dans un contexte de corruption »

En 2009 une des plus grandes affaires liées à des matchs truqués avait été révélée par la justice allemande. Près de 200 rencontres suspectes, une enquête qui avait suivi les tentacules des pots-de-vin et de la corruption en Autriche, Hongrie, Croatie avec deux arrestations en Suisse.

Le scandale du « Calcioscommesse » avait secoué l’Italie en 1980 et avait été oublié avec la Coupe du Monde que les Italiens avaient conquise à Madrid. « Calciopoli » avait marqué le retour des matchs truqués en Italie en 2006. Puis les Azzurri avaient battu la France du coup de tête de Zidane. La Coupe exposée pour la joie des tifosi et les squelettes cachés dans l’armoire. Aujourd’hui, un autre scandale lié aux paris et aux parties truquées frappe l’Italie.

Il est temps de dessiner les routes du football qui portent –toutes-  à Zürich. Celles de Rome ont été déjà tracées et quand il s’agit de pédophilie et d’Église catholique, les yeux regardent la fenêtre du Vatican. Or, il y a quelques jours la Conclave du football mondial s’est conclue avec l’élection de Sepp Blatter, seul papable resté dans la course dans un contexte de corruption: une fumée blanche et immaculée qui a dégagé une odeur infecte. ♦