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〉J’écris le français avec mon français parce que ça me plait, parce que ça m’amuse, parce que  j’aime ça. Je me divertis, je trouve ça cool, passionnant, difficile, captivant, compliqué, absorbant bien que je sache qu’il ne faut pas exagérer avec les adjectifs, les adverbes, les incises –qui pourraient par leur longueur polluer le message et confondre le lecteur sur l’objectif visé par un texte perçu comme un amas de mots mis en forme par un type qui parle italien, espagnol et qui ne sait même pas prononcer une phrase correcte en allemand- les allitérations, les formules alambiquées, les poncifs, les idées reçues, la facilité.

Je le fais, car je m’arroge le droit de m’approprier d’un matériau éloigné que je gratte parfois comme une guitare électrique mais qui souvent, je l’admets, devient pédant, ennuyeux et perd l’arôme des premiers billets d’ « un ristretto ! ». Personne ne m’oblige à remplir de mots une page A4, ma tête de notes, mes idées de questions traduites et mélangées dans un mixer multilingue qui ne tourne pas très régulièrement . Il s’agit d’un acte libre, souvent torturé, probablement narcissique et désintéressé avec lequel je ne gagne un centime et qui m’induit à reprendre une clope.

« Je vais continuer à écrire le français avec mon français et si un jour quelqu’un trouve une note funky dans mes mots, j’en serai ravi »

C’est de la désinvolture et très souvent, comme les mots qui se suivent l’un après l’autre ici,  c’est le reflet de ma balourdise, de ma gaucherie. Souvent je doute, voulant tout jeter à la poubelle. Cliquer, supprimer définitivement. Effacer ces billets qui s’empilent dans un tas de vieux papier électronique. Mais je ne le fais pas, parce que je ne possède que ces mots en français et en italien, désormais, ce serait la même chose.

Je le publie puisque c’est mon espace, car quelques lecteurs s’amusent des maladresses stylistiques, linguistiques, de l’exotisme méditerranéen sans s’offusquer du code des bâtards. Je vais continuer à écrire le français avec mon français et si un jour quelqu’un trouve une note funky dans mes mots, j’en serai ravi. Pour le reste, je m’aperçois bien que chercher à malaxer une matière étrangère puisse l’endurcir ou la balafrer. Mais je crois toujours qu’il y ait quelqu’un qui puisse esquisser un sourire parce qu’il est familier avec cette matière-là. ♦

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  Le dernier conseiller fédéral tessinois a été Flavio Cotti, mais il n’est plus évident de se souvenir de quand à quand. 1986-1999 dit le site du Dictionnaire historique de la Suisse, disponible en français, allemand, italien, mais pas en romanche. Dommage. Le site de la Conféderation, lui, propose aussi le romanche, mais les communiqués de presse de cette section linguistique sont en « tudestg *». Il est vrai que d’un point de vue national le romanche a été presque oublié. Sera-t-il bientôt suivi par l’italien ?

Bien entendu, il s’agit d’un scénario catastrophe qui aide toutefois à s’interroger à propos du Tessin, le canton qui avec une partie des Grisons donne lieu à la Suisse italienne et qui aujourd’hui paraît marginalisé au niveau fédéral. Il est probable que le Tessin, avec l’émergence et la consolidation de la « Lega dei Ticinesi », soit coresponsable de sa situation vu que ce parti a toujours mené une politique de rupture avec Berne. Une hypothèse qui n’est pas soutenue par les militants de la « Lega dei Ticinesi » pour qui la création de leur parti a été une conséquence aux décision prises par la Confédération. Aux historiens et aux politologues de résoudre le paradoxe, semblable à celui de l’oeuf et de la poule.

« Aujourd’hui les points de contact entre le Tessin et la Suisse romande paraissent aussi plus fragiles qu’il y a vingt-cinq ans. Pendant les années ’80, par exemple, les résultats des votations fédérales au Tessin ont été souvent semblables à ceux de la Suisse romande »

Aujourd’hui les points de contact entre le Tessin et la Suisse romande paraissent aussi plus fragiles qu’il y a vingt-cinq ans. Pendant les années ’80, par exemple, les résultats des votations fédérales au Tessin ont été souvent semblables à ceux de la Suisse romande, dans un élargissement du « Röstigraben » au sud des Alpes qui alimentait l’idée d’une Suisse latine. La « Lega dei Ticinesi » a vu le jour en janvier 1991 et le 6 décembre 1992, refusant l’adhésion à l’Europe, le Tessin a marqué une espèce de rupture avec la Suisse romande, confirmée par le refus des accords bilatéraux avec l’UE exprimé par les Tessinois lors des votations de mai 2000.

La récente décision de la Commission de la santé publique du Conseil des États, qui a refusé d’entrer en matière sur la compensation des primes d’assurance maladie payés en trop par huit cantons, pourrait être une occasion pour que le Tessin et la Suisse romande renforcent leurs relations. En effet, les Tessinois ont payé 192 millions en trop – 576 CHF par habitant- dans une condition qui évoque celle de Genève -880 CHF/hab- et de Vaud avec 955 CHF/hab. C’est pourquoi le canton au sud des Alpes suit avec un vif intérêt les démarches qui se dessinent à ce sujet dans les deux cantons romands. Il y aura-il une alliance entre ces trois cantons relative aux primes maladies excessives? Il sera en tout cas intéressant de suivre les évènements jusqu’au mois de mars, quand le Conseil des États prendra une décision.

A ce moment-là ce sera presque le printemps, et une fois la décision du Conseil des États connue l’idée du Tessin pourra titiller les esprits romands pour une escapade plutôt qu’au sujet des primes maladie, et cela jusqu’à la fin de septembre. Tandis que pour le prochain conseiller fédéral tessinois il faudra encore attendre et personne ne sait jusqu’à quand. Une seule chose est sûre : il y en aura un dans « un certain temps ». ♦

*allemand

Il était bien touchant dimanche soir Jean-Luc Bideau -sur les ondes de la Première- à l’heure d’évaluer de manière positive le mandat de son fils Nicolas à la tête de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture. Il prétendait porter un jugement objectif, dépourvu de parasites relatifs à la relation père-fils. Il aurait été ardu d’inviter le fougueux comédien à une espèce de devoir de réserve motivé par les liens familiaux, tant la tentation d’entendre Jean-Luc Bideau s’enflammer étant alléchante. Ainsi, le comédien n’a pas résisté à l’appel de la muleta, entrando al trapo aurait dit un aficionado de corrida. Il était question de la nomination du prochain directeur artistique du Festival du film de Locarno, avec son lot de papables. Outre Jean-Luc Bideau, Pierre Keller donnait aussi son avis, l’ex-directeur de l’Ecal dont le ton paraissait affaibli et pas seulement à cause de la connexion téléphonique.

Est-ce que Nicolas Bideau pourrait incarner un bon directeur pour le Festival de Locarno ? C’est probable dit le père, tandis que le fils –également invité deux jours plus tôt par Forum, sur la Première- a affirmé vouloir se consacrer pleinement à Présence suisse. En effet, vendredi il était question de l’implication de la Suisse dans le projet de Bertrand Piccard « Solar impulse ». Nicolas Bideau souhaite ainsi insuffler un peu plus de « swissness » (sic) dans les ailes de l’avion propulsé par l’énergie solaire: suissitude ou helvetisme étant certainement des idées tombées en désuétude dans le champ de la promotion et du marketing d’un pays à l’étranger, ou alors au sein de Présence suisse. Et dire que l’intervention de Nicolas Bideau, qui a nié son intérêt pour la direction du Festival de Locarno, avait suivi la question du plurilinguisme en Suisse. Nicolas Bideau préfère mettre en avant la « swissness » contenue par le projet « Solar impulse » plutôt que de se consacrer aux pellicules. Une « swissness » relative à la technologie suisse, à une manière de faire de marque helvétique véhiculée par l’avion. Toutefois, dans sa forme, le mot utilisé par Nicolas Bideau -la « swissness » – fait un pied de nez à ce que la « swissness » contient aussi, c’est-à-dire le plurilinguisme et par conséquent l’italien.

Or l’italien est un facteur qui à ce jour n’a pas été traité à l’heure d’évaluer les papables à la future direction du Festival du film de Locarno. C’est bien dommage, et peut-être aussi une erreur. Bien entendu, la programmation, le rapport avec les acteurs de l’industrie du cinéma, le réseau de réalisateurs, de producteurs ou d’acteurs ont été évoqués à nos latitudes pour évaluer les chances d’un candidat à la direction du festival, mais pas l’italophonie. Et pourant l’identité de ce festival possède –dans sa « swissness » dirait Nicolas Bideau- une dimension qui est aussi liée à l’italien au sens large, et qui comprend aussi l’intégration de ce que signifie le Tessin. Il ne s’agit pas là du facteur principal de choix, mais en son absence l’identité du Festival de Locarno pourrait s’affaiblir. Qu’il soit polyglotte comme Marco Müller, d’origines italiennes comme Frédéric Maire ou d’Italie comme Irene Bignardi, il est à parier (quitte à perdre le pari) que le prochain directeur du Festival de Locarno parlera italien ou ne sera pas.