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À la une des journaux depuis vingt jours, en Espagne l’affaire Bárcenas a été désormais baptisée « Bárcenasgate ». Il y a un mois l’ex-trésorier et ex-sénateur du Partido Popular n’était encore pas connu du grand public, bien qu’il ait été inculpé lors de l’affaire « Gürtel » en 2009, tandis qu’aujourd’hui il est dans l’œil du cyclone.

Le 16 janvier passé, d’après une commission rogatoire remise par les autorités suisses au juge qui mène l’enquête « Gürtel » Pablo Ruz, la presse espagnole a révélé que Luis Bárcenas était le titulaire d’un compte bancaire à la Dresdner Bank de Genève, dont le solde en 2007 était de 22 millions d’euros. Ensuite, de nombreux médias ont révélé que lors de son inculpation en 2009, Luis Bárcenas aurait déplacé l’argent, transférant 4.5 millions d’euros sur des comptes de HSBC et de UBS Stamford Branch aux États-Unis. Aussi, selon ces mêmes médias, à la même époque il aurait transféré de l’argent de la Dresdner Bank à Lombard Odier, sur un compte de la société Tesedul S.A., domiciliée en Uruguay, dont il est le propriétaire.

L’existence d’un deuxième compte appartenant à Luis Bárcenas en Suisse n’était qu’une hypothèse jusqu’à hier, 5 février, puisqu’à ce jour Lombard Odier a refusé de répondre aux médias espagnols à ce sujet. Une hypothèse qui a été validée hier par le « Sepblac », le Service de prévention du blanchissement de capitaux de la Banque d’Espagne. En effet, à la fin de l’année passée, Luis Bárcenas a voulu rempatrier 19 millions d’euros en Espagne, bénéficiant de l’amnistie fiscale votée par le Partido Popular. C’est pourquoi, le 19 septembre il a transféré 1’235’000 euros, puis le 20 décembre 320’000 euros sur un compte de Bankia, en Espagne. Les deux versements ont été effectués depuis un compte chez Lombard Odier à Genève, confirmant ainsi l’existence de ce dernier aux enquêteurs du « Sepblac ».

L’affaire relative aux comptes bancaires de Luis Bárcenas en Suisse éclaté au grand jour le 16 janvier a déclenché le scandale révélé par El Mundo le 18 janvier, relatif à une comptabilité parallèle au sein du Partido Popular -gérée pendant vingt ans  parl’ex-trésorier – et à des payements de rétributions au noir à des dirigeants du parti. El País s’est emparé de l’enquête et le 31 janvier a publié des extraits d’un cahier comptable attribué à Luis Bárcenas, où est inscrit le nom de Mariano Rajoy et des rétributions non déclarées en sa faveur à hauteur de 25’200 euros par année. Le 2 février le chef du gouvernement espagnol a rejeté publiquement ces soupçons, sans permettre toutefois aux journalistes de poser des questions.

Entre-temps le Parquet anticorruption du tribunal de l’Audience nationale a ouvert une enquête préliminaire. Suite à sa demande, El País a livré une copie du cahier comptable, garantissant l’anonymat de ses sources. Jorge Trías Sagnier, un ex-député du PP, a été entendu le 6 février et a confirmé l’existence d’une comptabilité parallèle et des rétributions opaques au sein du Partido Popular. Au contraire, Luis Bárcenas, entendu le même jour, a nié à la fois l’existence d’une comptabilité cachée et les rétributions non déclarées au sein du Partido Popular.

De la presse à la justice : le véritable « Bárcenasgate », en réalité, ne fait que commencer.

Ils étaient à peu près mille, vendredi soir, lors d’une manifestation contre la corruption devant le siège du Partido Popular, à Calle Génova à Madrid. En fin de soirée les manifestants ont été délogés de manière pacifique, mais le message envoyé pendant quelques heures était fort.
Cette manifestation a été organisée à la suite d’une semaine qui a vu émerger une affaire de détournement de fonds publics et un scandale de corruption liés à Luis Bárcenas, un ancien cadre -ex-trésorier et ex-sénateur- du Partido Popular.

L’affaire Bárcenas a éclaté mercredi passé au sein de l’opinion publique espagnole et a vu le jour suite à l’affaire « Gürtel », une importante enquête relative à la corruption et au détournement de fonds publics qui touche de manière particulière le Partido Popular. Le « Caso Gürtel » a été initié en 2008 par le juge Baltasar Garzón, aujourd’hui écarté de l’enquête puisqu’il a été suspendu de ses fonctions suite à sa condamnation de février 2012 pour un cas d’écoutes téléphoniques relatives à la même affaire. À ce jour, paradoxalement, Baltasar Garzón est le seul a avoir été condamné pour cette affaire dont les ramifications touchent en particulier les régions de Valence, de Madrid et de Galice et qui a forcé Francisco Camps, le président de la région de Valence, a démissionner de son poste bien que, à la stupeur générale, il ait été jugé non-coupable.

L’enquête est aujourd’hui dirigée par le juge instructeur Pablo Ruz qui a ouvert en 2009 une branche investigative supplémentaire. À la fin de l’année passée, après que les autorités suisses ont remis des commissions rogatoires à l’« Audience nationale », le haut tribunal espagnol, Pablo Ruz a découvert que Luis Bárcenas était le titulaire jusqu’en 2009, via une société panaméenne, de quatre comptes à la Dresdner Bank de Genève, dont le solde en 2007 était de 22.1 millions d’euros. Suite à la mise en examen de Luis Bárcenas en 2009, des fonds auraient été transférés depuis les comptes à la Dresdner Bank sur des comptes chez Lombard Odier au nom de la société Tesedul S.A. Ces éléments ont éclaté le mercredi 16 janvier dans la presse espagnole, et le vendredi 18 il y a eu un ultérieur rebondissement. Le quotidien El Mundo a en effet révélé, à l’appui de cinq sources ayant été des cadres du Partido Popular, que Luis Bárcenas aurait géré pendant vingt ans un système de comptabilité parallèle au sein du parti. L’argent, issu d’un système de corruption, aurait été utilisé, entre autres, pour le payement au noir des cadres du Pardido Popular en plus de leurs rémunérations officielles. Des sommes allant de 5000 à 15’000 euros par mois par dirigeant selon la position hiérarchique occupée au sein du parti.

Le dessein paraît clair, puisque s’il devait tomber Luis Bárcenas ne semble  pas disposé à le faire tout seul. Aussi, à l’heure où le gouvernement annonce des coupes budgétaires supplémentaires, son président Mariano Rajoy, le leader du Partido Popular, risque de se faire sérieusement éclabousser par cette affaire qui par ailleurs attise la rage de la société civile espagnole, lourdement touchée par la politique d’austérité menée par le gouvernement espagnol.