Archives de nouveauté

poster[1]

Il n’y a pas une seule idée dans ce qui suit qui n’ait pas déjà été formulée puisqu’elle a été déjà formulée; pas un concept qui n’ait pas été discuté, présenté, repris, copié et collé puisque cela a déjà été fait. Il n’y a pas une seule suite de mots qui puisse se distinguer du reste et –il faut l’admettre- la forme n’excelle pas dans la construction d’un contexte qui puisse produire cet effet. Il n’y a rien et absolument rien d’original ici et s’il fallait vraiment lire quelque chose du genre, il vaudrait mieux partir et lire ailleurs : pour avoir l’impression d’être surpris, ou pour l’être vraiment face à une réelle nouveauté. Tout ce qui a été inséré ici a été copié, repris, ingurgité, métabolisé et restitué suite à un plagiat invisible qui est celui du manque d’originalité.

Je ne pense pas qu’il y ait un débat à avoir parce que, même si tout a été copié, je ne m’en suis pas rendu compte. Je n’ai aucunement l’intention de revendiquer un droit quelconque, puisque ça ne vaut pas la peine et le rien n’a pas de propriétaire, si tôt qu’il est pêché dans l’océan des opinions difformes et semblables dont la valeur n’est que celle du temps passé à les suivre, les ingurgiter et les reproduire comme si de rien n’était. Je me rends parfaitement compte qu’il vaudrait mieux que je saupoudre ceci de quelques citations sophistiquées pour remplir le rien autour, pour donner de la consistance à la palabre qui se perd en elle même tandis qu’elle recherche n’importe quel prétexte pour paraître autre que ce qu’elle est.

“il n’y a pas un seul jour dont je puisse me souvenir pendant lequel je n’ai pas imité, singé, copié ou recopié quelque chose”

De toutes manière, il n’y a pas un seul jour dont je puisse me souvenir pendant lequel je n’ai pas imité, singé, copié ou recopié quelque chose : une expression, une manière de faire, de dire ou de paraître qui n’a pas déjà été vue, entendue, faite, écrite -ou que sais-je encore- au moins déjà une fois. Certes, je n’en étais et je n’en suis pas toujours conscient, ou mieux, je le fais malgré moi et cela n’est pas une excuse ni une raison qui allège mon cas. Il aurait été préférable qu’une saveur volée puisse substituer l’insipide présenté, mais il est bien plus facile d’enchaîner les mots qui se targuent de l’origine de la spontanéité, comme si elle était originale, elle, la spontanéité. Ou alors, je pourrais partir à la chasse des semblables pour m’ériger à la hauteur de celui qui veut rétablir la vérité. Parfois, je l’admets, j’ai essayé de prendre cette voie-là. Par contre, même dans une tentative de réflexion autour du plagiat, de ce qui est copié, repris et reformulé il n’y aurait eu -comme il y a  eu- que des ingrédients reproduisant ce qui a déjà été dit, discuté, formulé, dénoncé et réfléchis auparavant. Et je dis ceci histoire de radoter outre que de copier.

À la fin, inéluctablement, le résultat aurait été une pâle tentative d’appropriation de l’originalité, du vrai, par la dénonciation de ce qui n’en a pas l’air. Ou pire, il y aurait eu un discours sans goût ni valeur pour défendre la copie, étayé sur un argument reproduit, rassasié, réitéré et répété jusqu’à la nausée : « vous qui dénoncez la copie, vous n’avez rien compris et vous ignorez tout ». Comme si cela, au fond, n’était pas la même chose que ne dire rien. Et comme dans ce cas-ci, plutôt que cela, il vaudrait mieux ne rien dire du tout. ♦