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« Et alors, à votre avis, est-ce qu’ils vont bombarder la Syrie ou pas ? ».  « Je ne sais pas, franchement, je n’en ai aucune idée ». « Mais vous devez avoir une idée, vous. Dites-moi qu’est ce que vous pensez, vous devez bien avoir une opinion ! »

J’ai été tenté de répondre  – comme je l’ai souvent lu et entendu cette semaine –  que je n’ai pas d’opinion à propos de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Mais le monsieur en question n’est pas du tout inexpérimenté et aurait pu facilement détecter que je n’aurais pas dit la vérité tout en essayant de ne pas mentir. La tentation a été de lui répondre de manière évasive ou par un paradoxe.
La conversation a bien entendu continué et avec elle j’ai amené à la maison bon nombre de questions.

Est-ce que j’ai une opinion à propos d’une éventuelle intervention en Syrie après le temps que j’ai passé à lire cherchant à comprendre ? Après une forte dose d’esprit d’escalier, une voix intérieure me dit que j’aurais pu dire que je cherche à construire mon opinion tout en m’informant, essayant de penser à la question. Et comme celle-ci est très complexe, je n’ai pas encore d’opinion solide.
Aussi, j’aurais pu affirmer que le nombre des victimes, de réfugiés, de blessées est arrivé à un ordre de grandeur qui dépasse l’entendement ; que les actes de Bachar Al-Assad ont été exécrables, que la diplomatie, les discussions, l’issue pacifique n’ont produit aucun résultat et que la guerre en Syrie est si grave qu’une intervention s’impose.

« la peur que les images à propos de l’attaque à l’arme chimique aient été un montage, la peur que Bachar Al-Assad ait vraiment utilisé des armes chimiques et que les rebelles aussi »

Exposer mes peurs aurait-il été utile? La peur que les images à propos de l’attaque à l’arme chimique aient été un montage, comme elles l’avaient été pour le présumé massacre de Timisoara, ou la mort de Ceausescu. La peur que Bachar Al-Assad ait vraiment utilisé des armes chimiques, et que les rebelles –comme l’avait dit Carla del Ponte au mois de mai- aussi. Et bien d’autres peurs encore, comme celles issues de la guerre en Iraq. Ensuite, nous aurions pu égrainer les nouvelles du jours et en discuter.

Cependant, le fort accent espagnol et les rides de mon interlocuteur ont réfléchi des traits d’une histoire commune à celle de ma famille, liée à la guerre civile espagnole.
Dans notre au revoir toute notre impuissance face à une guerre qui se dessine et -surtout- face à une autre qui a lieu depuis trop longtemps.
Mon opinion à propos d’une éventuelle intervention en Syrie peux et pourra donc attendre. A l’opposé de la population civile syrienne meurtrie par la guerre qui -elle- ne le peut pas. ♦